LE PRIX DE LA PROTECTION Ce que raconte le documentaire de Fanny Lesbros « Le combat des mères protectrices »

LE PRIX DE LA PROTECTION Ce que raconte le documentaire de Fanny Lesbros « Le combat des mères protectrices »

Fanny Lesbros est une journaliste, reporter d’images et réalisatrice de documentaires.

Fanny Lesbros vient d’utiliser à nouveau ses compétences en journalisme de terrain pour réaliser un document essentiel intitulé Le Combat des mères protectrices”.

Fanny Lesbros y choisit de documenter très sérieusement un sujet très peu traité : la situation des mères qui alertent sur des violences sexuelles incestueuses et qui se retrouvent elles-mêmes confrontées à des procédures judiciaires, à la perte de leurs enfants ou à des poursuites pour non-représentation d’enfant.

Le documentaire suit principalement trois femmes :

  • Adelaïde, qui ne peut plus voir sa fille que dans un espace de rencontre médiatisé après avoir porté plainte contre le père.
  • Sophie, qui n’a plus qu’un appel téléphonique hebdomadaire avec ses quatre enfants.
  • Caroline, qui, après des années de procédures, est finalement parvenue à protéger son enfant.

Le documentaire de Fanny Lesbros met en lumière les mécanismes que connaissent bien les associations de protection de l’enfant comme la nôtre, lorsqu’une mère révèle des violences sexuelles présumées.

Il ne s’intéresse pas tant aux violences sexuelles, mais surtout au traitement judiciaire et institutionnel des alertes. Il aborde un angle encore peu traité à la télévision : le coût de la protection, et ses successions de pertes très concrètes que subissent les mères qui choisissent de croire leur enfant et d’agir.

Les aléas et les coûts de la protection

Ils sont protéiformes :

  • L’aléas le plus paradoxal : vouloir protéger son enfant peut conduire à le perdre…
  • L’aléas judiciaire : porter plainte ne garantit pas que la procédure aboutira à la protection de l’enfant.

Quant aux coûts, ils sont immenses :

  • Le coût économique (frais médicaux, frais d’expertise, frais judiciaires dont les frais d’avocat, astreintes financières voire dommages et intérêts, frais de garde, perte de revenus, frais de déménagement…)
  • Le coût professionnel (absentéisme, besoin d’aménagements horaires, perte de confiance et d’efficacité, dégradation des rapports hiérarchiques, perte d’emploi…)
  • Le coût familial (séparation conjugale, gestion du temps de l’enfant, suspicion voire accusation de manipulation, rupture des relations, perte de soutien…)
  • Le coût social (stigmatisation, perte du réseau amical, isolement, repli sur soi…)
  • Le coût institutionnel (longueur et complexité des procédures, répétition des expertises et interrogatoires face à des intervenants multiples, sentiment de révolte face à certaines accusations, injonctions paradoxales, anxiété consécutive aux décisions défavorables et à leurs conséquences pour l’enfant…)
  • Le coût médical (fatigue, hypervigilance, troubles du sommeil, irritabilité, somatisation, dépression…)
  • Le coût psychologique (désarroi face au sentiment de culpabilité et d’impuissance, stress, traumatismes, résistance à l’emprise et au contrôle coercitif du parent agresseur, devoir de soutien permanent de l’enfant en toutes circonstances …)

Fanny Lesbros ne cherche pas à faire un documentaire à “charge » contre une institution en particulier. Elle met plutôt en lumière les conséquences humaines des dysfonctionnements de la justice, ceux que dénoncent les personnes qu’elle filme.

Le documentaire « Le combat des mères protectrices » de Fanny Lesbros est disponible à la demande sur M6+ TEVA


Vous pouvez retrouver beaucoup de témoignages de mères protectrices sur notre site, ils corroborent tous le documentaire de Fanny Lesbros :

Témoignage de Farah, mère protectrice qui ne peut plus voir sa fille

Témoignage de Corinne, mère de 5 enfants, victime de violences conjugales, parentales et institutionnelles

Ils l’ont torturée. Elle a survécu. Aujourd’hui, Joy témoigne.

Témoignage de Laura : « J’ai porté plainte, il a souri ». L’impunité des prédateurs en 2025

Des violences coercitives aux violences institutionnelles, Liza témoigne

Mariette, mère en lutte pour sauver sa fille d’un père incestueux

[Témoignage Vidéo] Dysfonctionnements judiciaires. Pour avoir tenté de protéger sa fille victime d’inceste, May a perdu la garde de son enfant.

[Témoignage Vidéo] Julie nous parle des dysfonctionnements rencontrés dans le combat pour protéger son enfant victime d’inceste

Témoignage de Tamara, maman en fuite depuis 5 ans pour protéger sa fille victime d’inceste

Témoignage de Julie, mère protectrice à qui on a retiré la garde de sa fille

Sophie, mère protectrice privée de ses enfants

Témoignage d’Anne dont la fille est victime de violences intrafamiliales et d’inceste

Témoignage d’Heidi qui risque la prison pour protéger sa fille de son père incestueux

Je veux protéger mon garçon de son père violent et la Justice m’empêche

du viol et des agressions sexuelles qu’il a subis par son géniteur

Cynthia, victime de violences intrafamiliales, mère protectrice d’un enfant actuellement placé

Inceste, l’impossible combat de Virginie

Témoignage de Lise, qui a perdu la garde de ses enfants au profit de son mari violent et très influent

Témoignage de Tamara, maman en cavale depuis 3 ans et demi pour protéger sa fille victime d’inceste

Pour protéger ses filles, victimes d’inceste paternel, Léonie refuse qu’elles retournent chez leur père. Elle risque la prison.

Voici l’histoire d’Adèle, mère en lutte…

Lise, victime de violences conjugales, témoigne de sa difficulté à obtenir justice face à l’influence de son mari

Témoignage de Julie – Inceste

Témoignage de Khatidja : violences conjugales et familiales

L’exception culturelle française face à la pédocriminalité

L’exception culturelle française face à la pédocriminalité

Les belles lettres, la musique, la haute couture, la photographie… Plus qu’ailleurs, la France a produit des œuvres accusées de banaliser ou d’esthétiser la sexualisation des mineurs. Cette indulgence n’aurait-elle pas contribué à retarder la reconnaissance sociale et juridique de la pédocriminalité ?

Gabriel Mazneff, Alain Robbe-Grillet, Tony Duvert, Serge Gainsbourg, David Hamilton, Yves Saint Laurent… Tous ces « grands » artistes, souvent considérés comme des maîtres absolus dans leur art, ont été mis en cause pour des œuvres liées à la pédocriminalité.

La littérature


En 1990, sur le plateau d’Apostrophe, la romancière québécoise Denise Bombardier s’étonne que l’écrivain Gabriel Maztneff qui décrit dans le détail ses passions pédocriminelles ne soit pas immédiatement mis au banc des cercles littéraires et de la société françaises. Dans l’atmosphère hilare du plateau de Bernard Pivot, l’écrivaine québécoise s’insurge courageusement contre Matzneff : « Je ne comprends pas que dans ce pays, la littérature serve d’alibi à ce genre de confidences […]. M. Mazneff nous raconte qu’il sodomise des petites filles de 14 ans, 15 ans ». Prix Renaudot, deux prix de l’Académie française, peu importe l’ignominie de ses écrits, Matzneff est à l’époque encensé par la critique française.
Matzneff n’est pas le seul écrivain accusé de faire l’apologie de la pédocriminalité dont l’œuvre a été célébrée au pays des belles lettres. Surnommé « le pape du Nouveau Roman français », l’écrivain Alain Robbe-Grillet ne faisait pas mystère de son goût pour les petites filles et les adolescentes[1] ». Il est pourtant élu à l’Académie française. Dans un article de l’Express paru en 2007, un journaliste décrit son dernier roman « Un roman sentimental » : « C’est un conte de fée pour adultes insoutenable qui enchaine de manière crue et décomplexée les scènes de pédophilie sadomasochistes, d’innombrables sévices sexuels sur mineurs avec un ton chic et badin… un étalage de perversité extrême allant jusqu’à la description sans état d’âme de morts d’enfants après des viols [2]». Moins connu, mais néanmoins publié par Juliard, Tony Duvert se définit lui-même comme « écrivain pédophile ». En 1973, il obtient le prix Médicis pour Paysage de fantaisie, roman qui se passe dans une maison de campagne où des enfants sont dressés à la prostitution.  Roland Barthes le défend même pour le prix Médicis.


La chanson


Dans son clip Lemon Incest, interprété en 1983, Serge Gainsbourg est étendu sur un grand lit, penché sur sa fille de 12 ans, Charlotte, allongée à ses côtés, en chemise et culotte, susurre : « L’amour que nous ne ferons jamais ensemble est le plus beau, le plus pur, le plus violent, le plus enivrant ». Non content du scandale provoqué par Lemon Incest, Gainsbourg récidive en 1986 avec Charlotte forever, qu’il interprète avec Charlotte, alors âgé de 15 ans. L’atmosphère romantico-érotique y est encore plus insalubre. La voix de Charlotte s’étrangle : « Papa, j’ai peur de goûter ta saveur… ». Nouveau haut-le-cœur à la remise du César du meilleur espoir féminin en 1986, attribué à Charlotte Gainsbourg qui se lève pour aller récupérer son César, mais son père l’intercepte et l’embrasse à pleine bouche, elle proteste, se libère de son étreinte, mais il l’embrasse de nouveau. Tout est manifeste, « exhibé » même[3]. Tout est manifeste, exhibé, mais le déni collectif opère comme un charme.


La haute-couture


En 2002, le « prince de la mode », Yves Saint Laurent, publie la Vilaine Lulu publié aux Editions Tchou puis en 2010 aux Editions de La Martinière. La Vilaine Lulu met en scène une petite fille dans des situations de transgression sexuelle, d’exhibition et de provocation érotique revendiquée comme une « satire noire ». Lorsqu’un journaliste d’Arte qui présente sur un ton léger une animation de la BD de YSL dans les années 80 lui demande « Il n’y a rien que le vilaine Lulu fait que tu désapprouves ? », il répond « Non, absolument pas, je suis tout à fait d’accord avec elle. »


La photographie


Installé en France dès les années 1950, David Hamilton se fait connaître par ses photos qui mettent principalement en scène de très jeunes adolescentes dénudées dans des poses érotiques. Dans les années 70 et 80, son travail est très largement diffusé. Loin d’y voir une esthétisation de la sexualisation des mineurs, comme ce fut le cas au Royaume-Uni, la France le porte aux nues. Rêves de jeunes filles, qui présente des filles dénudées de 12 à 16 ans, se vend à 100 000 exemplaires dans le monde. Le texte de son livre, pour le moins ambigu, est écrit par Alain Robbe-Grillet. Accusé de viols par Flavie Flament et d’autres femmes, Hamilton se suicide en 2016 sans avoir été jugé.


La réprobation du monde anglo-saxon


Si en France, le génie d’un artiste semblait à cette époque empêcher de penser l’enfant comme un sujet vulnérable, les médias britanniques et américains qualifient explicitement ces comportements d’abus sexuels sur enfants.  De fait, Matzneff et Duvert sont des auteurs confidentiels dans les pays anglo-saxons. Les films Charlotte Forever et Lemon Incest sont très peu diffusés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui considèrent qu’il franchit une limite éthique importante. Au Royaume-Uni, certaines des publications de Hamilton sont saisies ou interdites. Il faudra attendre la publication en 2020 du Consentement de Vanessa Springora pour que la parole des victimes occupe enfin une place centrale dans le débat public.


Légitimisation symbolique


Comment ne pas imaginer que lorsque des personnalités « sacralisées » présentent une certaine vision du monde ou certains comportements comme acceptables, romantiques ou même souhaitables, cela ne créé pas une normalisation culturelle qui tend à influencer les perceptions et à en modifier les normes ?  Une légitimisation symbolique qui empêche de penser les conséquences traumatiques des violences sexuelles contre les enfants. D’où peut-être les pétitions demandant une réforme du droit pénal concernant les relations sexuelles entre adultes et mineurs signées par certains des plus grands intellectuels français entre 1977 et 1979.
Faut-il faire le lien avec les législations tardives en matière de pédocriminalité ? Ce n’est qu’en 2021 que la France a reconnu qu’un enfant de moins de 15 ans ne pouvait, en principe, consentir à une relation sexuelle avec un adulte, plus tardivement que plusieurs pays européens. En 2021, la loi a également consacré le principe selon lequel un mineur ne peut être considéré comme consentant à un acte sexuel commis par un ascendant. Là encore, de nombreux pays avaient déjà des dispositions spécifiques.
Comment nier que, pendant plusieurs décennies, le prestige artistique a contribué à reléguer au second plan la parole des enfants ? Lorsqu’une société admire ceux qui transgressent les interdits les plus fondamentaux, elle rend plus difficile l’écoute de ceux qui en subissent les conséquences. Peut-être cela explique-t-il également aujourd’hui les résistances des juges aux affaires familiales à protéger les enfants qui ont dénoncé les violences sexuelles commises contre eux par des adultes, a fortiori leurs pères ?

Caroline Bréhat
Psychothérapeute, autrice

[1] https://www.lorientlejour.com/article/352695/Robbe-Grillet_et_les_adolescentes_puberes.html
[2] https://archive.wikiwix.com/cache/?url=https%3A%2F%2Fwww.lexpress.fr%2Fculture%2Flivre%2Fun-roman-sentimental_813054.html
[3] Ce long extrait est repris de mon article paru dans l’Huma en 2002 https://www.carolinebrehat.com/gainsbourg-lemon-incest-et-lincestuel/

Cet article a également été publié dans l’Humanité le 24 juillet 2024


Vous trouverez sur ce site d’autres articles de Caroline BREHAT.

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Imprescriptibilité aux crimes commis sur des mineurs

Imprescriptibilité aux crimes commis sur des mineurs

Une avancée majeure votée le 16 juillet et confirmée par le vote solennel du 21 juillet : l’Assemblée nationale a adopté l’imprescriptibilité aux crimes commis sur des mineurs.

Aujourd’hui, une victime de viol subi dans l’enfance ne peut porter plainte que jusqu’à ses 48 ans.

Cette limite ignore une réalité bien documentée : l’amnésie traumatique peut retarder de plusieurs décennies la capacité d’une victime à parler et à se reconnaître comme telle.

Avec l’imprescriptibilité, ce délai disparaît : la parole d’une victime ne sera plus jamais forclose par le temps.

Nous saluons ce vote transpartisan ainsi que le travail du député Arnaud Bonnet, à l’origine de cet amendement sur l’imprescriptibilité, ainsi que le soutien du gouvernement, qui s’est engagé à sécuriser juridiquement cette mesure face au risque d’inconstitutionnalité qui pèse encore sur elle.

Le texte poursuit désormais son parcours parlementaire. il faut bien souligner que le texte devra ensuite passer au Sénat – ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !

Nous resterons mobilisés pour que cette avancée essentielle puisse devenir une réalité durable pour toutes les victimes.

Il ne devrait pas exister de date de péremption pour les violences subies par un enfant.

Le temps ne doit plus empêcher une victime de demander justice.


Vous trouverez l’ensemble de nos articles sur les textes législatifs ici, notamment :

Ordonnance de sûreté de l’enfant

Ordonnance de sûreté de l'enfant

L’ordonnance de sûreté => En matière de violences faites aux enfants, protéger d’abord n’est pas une option : c’est une responsabilité

C’est une victoire attendue depuis 2021. L’Assemblée nationale a adopté la création d’une « ordonnance de sûreté de l’enfant », appelée « ordonnance de protection provisoire de l’enfant ».

Concrètement, lorsqu’un enfant est susceptible d’être victime d’inceste ou de violence, le juge pourra désormais prendre rapidement des mesures de protection, sans attendre l’issue, souvent très longue, de l’enquête pénale :

  • Interdiction de contact avec le parent mis en cause
  • Suspension des droits de visite et d’hébergement
  • Attribution provisoire du logement
  • Autres mesures indispensables à la sécurité de l’enfant

Cette mesure reprend un combat porté depuis 2021 par le Collectif pour l’enfance, qui rassemble près de 50 associations (dont la nôtre) et qui n’a cessé d’alerter sur le temps judiciaire trop long face à l’urgence de protéger un enfant.

Nous saluons le travail de la présidente et des rapporteures de la commission spéciale, Perrine Goulet, Nathalie Colin-Oesterlé et Marianne Maximi, ainsi que de tous les députés qui ont soutenu cette avancée, en particulier Monsieur Philippe Fait, Madame Virginie Duby-Muller et Madame Maud Petit dont les amendements nécessaires, ont amélioré le dispositif.

Cette victoire est importante.

Mais elle devra maintenant être concrétisée.

Le texte poursuit désormais son parcours parlementaire. Il devra passer au Sénat cet automne. Ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive.

Nous resterons vigilants sur les conditions concrètes de mise en œuvre (rôle du procureur, critère de vraisemblance des violences, délais de décision) afin que cette ordonnance protège réellement les enfants, et pas seulement en théorie.


Vous trouverez d’autres ressources législatives sur notre site, par exemple :

Protection des victimes de violences intrafamiliales : une étape décisive vient d’être franchie

loi protection enfants

L’Assemblée nationale vient d’adopter en première lecture le projet de loi relatif à la protection des enfants.

Né des graves dysfonctionnements révélés dans l’Aide Sociale à l’Enfance et considérablement renforcé après l’affaire Lyhanna et le scandale des violences en milieu périscolaire, ce texte comporte plusieurs avancées majeures pour la protection des enfants :

  • Création d’une ordonnance de sûreté de l’enfant
  • Imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs
  • Meilleur encadrement des placements
  • Renforcement du contrôle des structures accueillant des mineurs

Ces avancées sont le fruit de plusieurs années de mobilisation des associations, des familles, des professionnels et de nombreux parlementaires engagés.

Nous saluons l’ensemble des députés qui, au-delà des clivages politiques, ont permis ces progrès.

Protection des enfants Vote loi

Mais ce vote n’est pas l’aboutissement de notre combat.

Le texte doit désormais être examiné par le Sénat, ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !

Nous demeurons pleinement mobilisé.es pour que l’intérêt supérieur de l’enfant reste au cœur des débats et que ces avancées soient préservées, voire renforcées.


Vous trouverez d’autres ressources législatives sur notre site, par exemple :

Nos vœux pour 2026 : qu’on vous croit et plus encore !

on vous croit

La question des vœux

Chaque mois de janvier revient la même injonction, la même rêverie, le même espoir : souhaiter le meilleur aux humains qui nous entourent.

Mais quels vœux envoie-t-on à celles et ceux qui ont subi des violences intrafamiliales ?
Que peut-on souhaiter à des victimes, quand on sait ce qu’elles ont traversé, tout ce qu’elles endurent encore et ce que la société continue de leur imposer ?

Nous croyons que le premier vœu à formuler est simple, fondamental, et pourtant encore trop rarement exaucé : dire aux victimes « on vous croit ».

Être cru·e. Sans condition. Sans soupçon. Sans mise à l’épreuve.
Être cru·e quand on parle. Quand on dénonce. Quand on alerte.
Être cru·e par la Justice, par les institutions, par les professionnel·les, par l’entourage, par la société toute entière.

Il est important de prononcer ces mots « je te crois »….

Mais croire ne suffit pas.

Une fois la parole reconnue, il faut une prise en charge à 360 degrés.
Une protection réelle.
Un traitement juridique sérieux, rapide, cohérent.
Un accompagnement psychologique à la hauteur des traumatismes subis.
Une attention portée aux enfants, aux parents protecteurs, aux liens brisés, aux corps ET aux esprits abîmés, aux vies mises entre parenthèses.

Il faut aussi cesser d’invisibiliser les violences.
Cesser de minimiser.
Cesser de déplacer la responsabilité.
Et surtout : nommer les agresseurs, les incriminer en premier, plutôt que de continuer à scruter, juger, soupçonner celles et ceux qui survivent.

Car une société qui maltraite les victimes de violences intrafamiliales est une société malade.

Ce qui se joue derrière les portes closes, ce que l’on subit dans l’intimité des foyers façonne le lien social, la confiance collective, la manière dont on traite l’humain partout ailleurs.

Lutter contre les violences intrafamiliales, protéger les victimes, réparer les traumatismes, ce n’est pas un combat marginal.
C’est un projet de société, un enjeu de santé publique.
C’est une condition indispensable pour construire un monde plus juste, plus sain, plus humain.

Alors pour cette nouvelle année, nos vœux sont clairs : que les victimes soient crues, protégées, accompagnées, respectées.
Et que la société fasse enfin le choix de se soigner et réparer, en cessant de détourner le regard.

Nous serons là, encore et toujours, pour porter cette exigence.

on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit !


Si vous cherchez des ressources sur les violences intra-familiales, tous nos articles se trouvent ici.

Et voici d’autres ressources :

LIVRES POUR ADULTES

APERS Sandrine – Signaux d’alerte et phrases assassines – Les violences sexuelles sur les mineurs

AUBRY Isabelle et LOPEZ Gérard – L’inceste, 38 questions-réponses incontournables

BENOIT Laelia – Infantisme

BON Adélaïde, ROUDAUT Sandrine et ROUSSEAU Sandrine – Par-delà l’androcène et

La Petite fille sur la banquise

BONNET Catherine – L’enfant cassé, l’inceste et la pédophilie

BONNET Catherine et DURAND Edouard – Faut-il retirer l’autorité parentale aux auteurs de violences conjugales ?

BRÉHAT Caroline – Rester parent avec un ex toxique, – Échapper au piège de l’escalade et protéger son enfant et – Mauvais père

CEE Cécile – Ce que Cécile sait – Journal de sortie d’inceste

CERRADA Christine – Placements abusifs d’enfants – Une Justice sous influences

CHAUVEAU Sophie – La Fabrique des pervers

CRÉPON Marc – Le Consentement meurtrier

DE HAAS Caroline – En finir avec les violences sexistes et sexuelles – Manuel d’action

DELAUNAY Delphine – Après l’abîme… Le pouvoir de la mémoire traumatique

DURAND Edouard – 160000 enfants – Violences sexuelles et déni social

Défendre les enfants

DUSSY Dorothée – Le Berceau des dominations : anthropologie de l’inceste

FRAISSE Nora – Stop au harcèlement – Le guide pour combattre les violences à l’école et sur les réseaux sociaux

GALLAIS Arnaud – J’étais un enfant

GRUEV-VINTILA Andreea – Le Contrôle coercitif, au coeur de la violence conjugale

HALIMI Gisèle – La Cause des femmes

HOOKS Bell – La Volonté de changer – Les hommes, la masculinité et l’amour

JEAN Patric – La Loi des pères

JOLY Marc – La Perversion narcissique – Etude sociologique

JOLY- COZ Gwenola – “Elle l’a bien cherché” : la Justice et la lutte contre les violences faites aux femmes

KOUCHNER Camille – La Familia grande

LAMY Rose – Préparez-vous pour la bagarre – En bons pères de famille

LECOQ Titiou – Les Grandes oubliées – Pourquoi l’Histoire a effacé les femmes

LEPORT Edouard – Les papas en danger ? Des pères à l’assaut des droits des femmes

LEVY-SOUSSAN Pierre – L’enfant devant la violence parentale : emprise et dé-filiation

MILLER Alice – La Connaissance interdite – Affronter les blessures de l’enfance dans la thérapie

MORO Marie Rose et AMBLARD Odile – Abus sexuel, la parole est aux enfants

NGOZI ADICHIE Chimamanda – Chère Ijeawele, ou un manifeste pour une éducation féministe

NOUVEL Jean-Louis – Les besoins de l’enfant en Protection de l’Enfance

PALAIN Mathieu – Nos pères, nos frères, nos amis – Dans la tête des hommes violents

PIQUES Céline – Déviriliser le monde – Demain sera féministe ou ne sera pas

PIQUET Emmanuelle – Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l’école

PUDLOWSKI Charlotte – Ou peut-être une nuit. Inceste : la guerre du silence

Sous la direction de SADLIER Karen – L’enfant face à la violence dans le couple

SALMONA Muriel – Le Livre noir des violences sexuelles

SINNO Neige – Triste tigre

SMITH Joanna – Protéger son enfant des violences sexuelles

SPRINGORA Vanessa – Le Consentement

VAN DER KOLK Bessel – Le Corps n’oublie rien – Le cerveau, l’esprit, le corps dans la guérison du traumatisme

PODCASTS

BIENAIME Charlotte – Un podcast à soi (numéro 23, 24, 30, 34, 41, 42, 43, 44, 51)

France Culture – Esprit de Justice : Qu’est-ce que le contrôle coercitif ?

– – LSD, La Série Documentaire : les fantômes de l’hystérie – Histoire d’une parole confisquée

Être et savoir : une question chaude ! L’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle

Le Cours de l’histoire – Série “Crime, tabou, péché, juger l’intime” – Episode 1/5 : Juger l’inceste, histoire d’un crime au coeur de la famille

PUDLOWSKI Charlotte – Ou peut-être une nuit

ROMANO Hélène – Parenthème, l’école des parents – Accompagner un enfant en justice : comprendre, expliquer et protéger

SMITH Joanna – Protéger son enfant des violences sexuelles

LIVRES POUR ENFANTS

ASSOCIATION UNE VIE – J’apprends à me protéger des abus sexuels (pour les 6-12 ans)

ASSOCIATION FACE A L’INCESTE – Mon cahier de prévention – Inceste et violences sexuelles (6-10 ans)

BAUDY Mathilde et DIEUMEGARDE Tiphaine – Le Petit illustré de l’intimité (en 4 tomes)

BELLIER Sophie – Une maman, ça sert à quoi ?

BESCOND Andréa et TUCKER Mathieu – Et si on se parlait ? (3 volumes : pour les 3-6 ans, les 7-10 ans et les 11 ans et plus)

BLITMAN Sophie et DABOS Jeanne – L’histoire, c’est pas sorcier – Droit des femmes, une lutte pour l’égalité

BOURDEVERRE-VEYSSIERE Soline et FRUY Chloé – Je peux te faire un bisou ?

CHAPIRON Mai Lan – Le Loup, et – C’est mon corps

CLERC Olivier et BORDICCHIA Gaia – Tu es le jardinier de ton coeur ou le secret du bonheur

COLLECTIF FEMINISTE CONTRE LE VIOL – Victimes de viols ou d’agressions sexuelles – Connaître ses droits

COLLET Margaux, REMY-LELEU Raphaelle et Diglee – Beyoncé est-elle féministe ?… et autres questions pour comprendre le féminisme

DE KINDER Jan – Rouge – Histoire racontée – Harcèlement scolaire

DESBORDES Astrid et MARTIN Pauline – Mon amour

DIERE Coralie et DEBRE CHAPUIS Marie – Une bulle dans l’océan

DOLTO Catherine, FAURE-POIREE Colline et ROBIN – Respecte mon corps

DUBOIS-ARDYNS Emilie et CARIOU-MARCEN Anaïs – Pas touche !

DUTRUC-ROSSET Florence et ROUVIERE Julie – La princesse sans bouche

FILLIOZAT Isabelle, FILLIOZAT-FRIED Margot et MAROGER Isabelle – Mon corps m’appartient ! Respect, intimité, consentement, parlons-en !

FILLIOZAT Isabelle, PERREAULT France-Marie et ZONK Zelda – Les droits de l’enfant – les cahiers Filliozat

FILLIOZAT Isabelle, RIEFOLO Violène et ROJZMAN Chantal – Stop au harcèlement ! (dès 7 ans)

JOLIBOIS Christian et LE GOFF Hervé – Quand j’habitais chez ma mère

LE MAGUET Charline – Le secret de Soro

LE MUZIC Marion et KRONSKY Maria – Basta ! Guide d’autodéfense féministe pour ados (et pas que…)

Les petits citoyens – « Et si on s’parlait de la justice » – N°25

LIMOUZIN Mélanie et RELIER Joèl – Les Bisous interdits

LOUART Carina et BOUTIN Anne-Lise – Harcèlement, comment dire stop ?

MAKYO – Manipulator, la première BD qui décrypte toutes les formes de manipulation

NGOZI ADICHIE Chimamanda – Nous sommes tous des féministes

PIQUET Emmanuelle, MARMION Jean-François et BLANDIN Camille – Manuel de survie face aux harceleurs – Et autres brutes de la cour d’école

PIQUET Emmanuelle et MANDEL Lisa – Je me défends du sexisme

ROSENSTIEHL Agnès – Faut savoir dire non !

SALMONA Muriel, FALL Sokhna et PONTI Claude – Quand on te fait du mal – Informations sur les violences et leurs conséquences

SALMONA Muriel – Informations sur les violences et leurs conséquences sur la santé – Brochure à destination des jeunes

SERRANO Lucia – Ton corps t’appartient !

VERMONT Charline – Corps, amour et sexualité : les 100 questions que vos enfants vont vous poser

WABBES Marie – Petit doux n’a pas peur

YOUNG Jessica et Rafael LOPEZ – Je te retrouverai dans tes rêves

On vous croit !

On vous croit !

Le film On vous croit , de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys montre la difficulté pour une mère de protéger ses enfants en Justice.

On vous croit met en scène Alice qui se retrouve devant un juge. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu’il ne soit trop tard ?

Pour nous, il était crucial de montrer à quel point la longueur, la répétition et la multiplication des procédures judiciaires peuvent amplifier les traumatismes. Dans notre histoire, comme souvent dans la réalité, les enfants qui sont contraints de revivre sans cesse ce qu’ils ont subi, tout en voyant leur parole mise en doute, finissent par se dire qu’on ne les protège pas.

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

On vous croit met en lumière les conséquences des violences sexuelles sur les enfants :

  • Conséquences psycho traumatiques
  • Violence envers soi
  • Mauvaise estime de soi
  • Problème de santé physique et mentale…

Et les conséquences sur leurs parents protecteurs (ici la mère, comme dans la majorité des cas de violences intrafamiliales).

Nous voulions rendre compte qu’en plus d’être traumatisées par les agressions sexuelles, de nombreuses victimes le sont aussi par le fait de ne pas être crue ou protégée lors des procédures judiciaires.

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

La Justice n’est pas adaptée aux problématiques des victimes :

  • Les enfants et leur mère sont obligés de croiser le père agresseur dans la salle d’attente.
  • Les enfants doivent encore et encore raconter leur histoire devant la juge aux affaires familiales.
  • Et une épée de Damoclès pèse sur ces enfants qui vont peut-être devoir aller chez le père qu’ils dénoncent, si la justice le décide, alors qu’ils vivent dans un état de peur et de stress intense à son contact et qu’ils subissent encore les conséquences psycho traumatiques des violences paternelles antérieurement subies.

On vous croit met aussi en lumière les tactiques et stratégies des agresseurs intrafamiliaux

  • La séduction. Alice raconte avec le sourire le temps où elle était amoureuse et fière de cet homme charmant et plein d’affection. D’ailleurs il est plutôt sympathique, il présente bien.
  • Le père se victimise. Il ne comprend pas pourquoi il en est là. Il ne comprend pas pourquoi ses enfants ne veulent plus le voir. On a presque envie de le croire.
  • Avec l’appui de son conseil, le père isole la victime en essayant de la dénigrer auprès des professionnels. Il la dévalorise : madame est fragile, souvent malade. Il y a même une allusion au syndrome de Munchhausen par procuration, sans citer le nom. Ce syndrome est un jackpot assez efficace avec le syndrome d’aliénation parentale pour décrédibiliser le parent protecteur auprès de la justice.

La mère protectrice est souvent la première à faire face à la violence du système, tout en portant la souffrance de l’enfant.

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

On pense que les mères mentent, manipulent. Mais on perd de vue que d’abord, elles doivent recevoir la parole des enfants, révélation qui peut être extrêmement violente. Ensuite, elles doivent l’expliquer, et elles ont tellement envie d’être crues, qu’elles ont un discours fort et engagé qui peut les faire passer pour folles. Et puis on peut devenir folle, à penser qu’on ne nous croit pas. L’agresseur utilise ça en justice.

Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys

Ce qui est frappant dans la scène majeure de ce film, ce sont les qualités humaine et professionnelle de la juge qui mène l’audition des parents et de leurs conseils. On vous croit nous montre une juge très respectueuse des parties, qui n’est jamais dans le jugement, toujours à l’écoute, qui laisse la place pour s’exprimer de manière bienveillante. Cela est suffisamment rare pour être souligné.

On vous croit mériterait d’être visionné dans toutes les écoles de formation des professionnels voués à traiter d’affaires familiales (magistrats, avocats, travailleurs sociaux, policiers, gendarmes, psys,…).

Ce cas présenté n’est malheureusement pas un cas à part. Ce que vit cette femme et ses enfants, des milliers de familles le vivent encore aujourd’hui. Des milliers d’enfants ne sont pas protégés. 

Que cette juge inspire tous les professionnels de l’enfance qui pourront ainsi (ré)apprendre que le premier pas pour protéger des enfants est de les croire.

On vous croit !


Le film sortira en salle le 19 novembre 2025.

FAMILIA

Familia

Film Familia d’après le livre de Luigi Celeste

Non sarà sempre così

(Il n’en sera pas toujours ainsi)

Familia, c’est l’histoire de deux enfants qui ont vécu leur enfance dans la peur de leur père qui frappait leur mère et les rabaissait.

Familia, c’est l’histoire d’une maman qui a voulu dire stop aux violences, qui a les a dénoncés mais qui a perdu la garde de ses enfants.

Familia, c’est l’histoire d’un papa violent qui voulait tout contrôler et dominer femme et enfants en les insultant et en les rabaissant.

Familia est inspiré de faits réels, basé sur le témoignage écrit de Luigi Celeste, l’un des fils victimes de son père violent.

Récit de la violence, en particulier de la violence psychologique, il montre les blessures les plus profondes qui marquent à jamais une enfance. Par exemple, comment s’instaure une routine du « faire semblant » pour ne pas énerver le père violent…

Le film Familia dénonce également les violences post-séparation auxquelles les victimes peuvent être confrontées et qui sont souvent invisibilisées.

« Le film Familia est aussi un réquisitoire, un appel à l’écoute et à l’action au moindre signe, à chaque demande d’aide ; car les plaintes et les dénonciations finissent souvent sur les étagères de la bureaucratie.

Et l’histoire de la famille Celeste ne fait pas défaut à ce phénomène : une famille abandonnée par les institutions, qui finit par imploser sur elle-même avec les conséquences les plus tragiques. »

Francesco Costabile

Les violences domestiques ne s’arrêtent pas à la séparation. Les victimes vivent souvent dans la peur, leur parole reste minimisée quand elles dénoncent des faits de violences après la séparation.

« Après la sortie du livre puis du film Familia, j’ai été submergé par un nombre incalculable de femmes désespérées qui m’ont contacté via les réseaux sociaux, cherchant de l’aide. Et ce qui m’a le plus choqué, c’est l’incapacité flagrante des institutions à agir, encore aujourd’hui, alors que ce sujet commence enfin à être considéré. La sensibilisation ne suffit pas. Parler ne suffit pas. Nous avons besoin d’actions concrètes. »

Luigi Celeste

Comment pourrait-on protéger les victimes de ces violences post-séparation ?

En cessant de considérer que les violences font partie du passé.

Elles font partie de l’histoire de la famille et souvent inhérentes à son fonctionnement. Elles permettent de comprendre le présent. Chercher à les occulter ne permet pas une réelle protection des victimes.

« Il existe encore une stigmatisation sociale très forte qui empêche tant de personnes de dénoncer les abus dont elles ont été victimes. »

« C’est la raison pour laquelle Licia (une femme qui tente de réagir à la violence qu’elle a subie) finit par retomber dans la même spirale, accablée par la culpabilité, trahie par l’État et les institutions vers lesquelles elle s’est tournée pour obtenir de l’aide. Il existe une violence institutionnelle spécifique qui abandonne ces femmes à leur sort, jusqu’aux conséquences les plus tragiques. »

Francesco Costabile

En permettant aux mères de dire à leurs enfants que le comportement des pères violents n’est pas acceptable. Elles doivent être soutenues dans cette démarche.

Actuellement si un enfant dit que sa maman lui a expliqué que ce n’est pas bien de faire ce que son papa a fait, c’est encore considéré comme du dénigrement par bon nombre de professionnels. Il est primordial de laisser les mères victimes mettre des mots sur ces violences pour réduire le risque de violences transgénérationnelles.

Les enfants ont souvent une image très négative des femmes, à cause de leurs pères (dont la parole est impunie), il faut que les enfants comprennent que leurs mères doivent être respectées.

Licia, la mère de Luigi, se voit retirer la garde de ses enfants après avoir révélé les violences. Ce n’est plus acceptable. Il faut cesser de considérer les mères coupables des violences des pères alors que les mesures de protection sont minimes.

« Le cœur du problème réside dans l’éducation et les valeurs. Nous devons éduquer des hommes meilleurs, des hommes qui apprennent dès leur plus jeune âge à respecter les femmes comme leurs égales, comme la source de la vie, comme ils respecteraient leur propre mère. »

Luigi Celeste

En assurant un vrai suivi psychologique des victimes.

Les violences domestiques ont des répercussions sur l’état psychologique des victimes. Il est donc primordial qu’elles aient un suivi psychologique.

Actuellement les enfants sont contraints de fréquenter leur père agresseur comme si les violences n’avaient jamais existé. Ces rencontres se font généralement dans des espaces de rencontre ou centres médiatisés sans présence constante d’un professionnel. Cela ne permet pas aux enfants d’être protégés et sécurisés, d’autant plus quand leur parole est discréditée. Et cela ravive les traumatismes, sans permettre de cicatriser.

Ils ont donc besoin a minima d’un soutien psychologique par des professionnels formés.

L’Etat finance des espaces de rencontre qui amènent souvent plus de problèmes psychologiques pour les enfants. Cette capacité de financement devrait être attribuée en priorité au financement de suivi psychologique. Ce n’est pas normal que ces frais soient assurés principalement par les mères. Il est urgent de remettre le monde à l’endroit.

« Dans ma propre expérience, les institutions ont ignoré nos innombrables appels à l’aide, y compris quelques jours seulement avant que l’irréparable ne se produise. La plupart du temps, nos supplications ont été balayées d’un revers de main. »

Luigi Celeste

En remettant en question le système de suivi des auteurs de violences, qui reste très hétérogène en France. Certains auteurs en ressortent persuadés qu’ils sont en fait victimes de leurs victimes…

Lorsque les auteurs ont une obligation de soin, les professionnels n’ont pas connaissance de tout le passif et donc peuvent être facilement manipulés sans qu’un vrai travail soit effectué.

Ce suivi ne doit plus permettre de fonctionner comme un permis de repartir à zéro.

« Certains programmes se limitent à une approche plus médicalisée et d’autres peuvent même représenter un espace de socialisation masculine renforçant les stéréotypes de genre. »

1er rapport d’évaluation du GREVIO – 2025

Laissons une chance à ces enfants d’aller mieux en arrêtant de croire que pour bien grandir, ils ont besoin de voir leur père violent.

Laissons les professionnels mettre des mots sur les violences que les enfant ont subies, et poser clairement des interdits sur les violences.

Les contraindre, c’est normaliser les violences.

Les contraindre, c’est culpabiliser les enfants qui finissent par penser qu’ils sont méchants s’ils ne laissent pas une énième chance à leur père (alors que les violences perdurent).

Les contraindre, c’est les forcer à s’adapter à la situation au lieu de les en protéger.

Et si un enfant insiste pour voir son père violent, voire le défend, il faut en discuter avec lui pour qu’il ne grandisse pas en normalisant les violences. Il doit aussi être protégé.

Connaissez-vous l’anonymat dissociatif ? Pourquoi on ose tout dire (ou presque) sur Internet ?

Connaissez-vous l’anonymat dissociatif ?

L’anonymat dissociatif est une notion développée par le psychologue John Suler (2004) dans son article fondateur The Online Disinhibition Effect.

En clair, c’est un des mécanismes qui expliquent pourquoi certaines personnes se permettent, en ligne, des comportements qu’elles n’auraient pas dans la “vraie vie” : insultes, harcèlement, confidences très intimes, propos violents ou au contraire très vulnérables.

Derrière un pseudo ou un avatar, on ne se perçoit plus comme une personne entière.

On devient une voix détachée, sans nom, sans visage. Et cela change notre rapport aux autres… et à nous-mêmes.

Les six facteurs de désinhibition de Suler :

  1. Anonymat dissociatif
  2. Invisibilité (on ne se voit pas)
  3. Asynchronie (on répond plus tard)
  4. Introjection solipsiste (on se fait une image mentale de l’autre)
  5. Imagination dissociative (Internet comme un jeu)
  6. Minimisation de l’autorité sociale (pas de profs, pas de parents, pas de police visibles)

D’autres effets aggravants existent : désengagement moral (on se sent moins responsable), effet de groupe (dilution de la responsabilité), normalisation de la violence, surenchère, contagion émotionnelle (la haine circule vite…)

Concrètement :

  • On peut s’autoriser à dire des choses qu’on n’oserait pas exprimer en face.
  • L’absence de lien direct avec sa véritable identité civile fait croire que les actes ou paroles en ligne ne “rejailliront pas” sur la vraie vie.
  • Cela peut mener à deux formes de désinhibition :
    • désinhibition toxique : insultes, propos haineux, comportements violents.
    • désinhibition bénigne : confidences personnelles, auto-révélations, entraide plus libre.

Effet psychologique

Quand on croit que nos paroles n’ont pas de conséquences dans la vraie vie, on se permet des comportements inhabituels.

L’anonymat est un des ingrédients à ce comportement, mais il n’est pas seul

S’ajoutent :

– l’invisibilité (on ne se voit pas en face).

– l’asynchronie (on peut répondre plus tard, sans pression).

– l’imagination (on projette ce qu’on veut sur l’autre).

– la minimisation des règles sociales (on se croit hors cadre).

Résultat : insultes massives, fake news, cyberharcèlement…

Des chercheurs parlent d’ensauvagement du web (The Conversation, 2018).

Un espace où la civilité recule et où la brutalité gagne du terrain.

Mais attention : “ensauvagement” ne signifie pas que tout est mauvais. La désinhibition peut aussi être un moteur de solidarité et de libération.

Internet permet à des victimes ou à des personnes isolées de parler, souvent pour la première fois.

L’anonymat peut protéger des stigmates et ouvrir un espace d’expression salutaire. Un ado qui n’oserait pas parler à ses parents peut demander de l’aide et recevoir parfois des réponses salvatrices.

L’anonymat devient alors un outil de survie.

À l’inverse, et c’est hélas bien plus fréquent, un internaute peut insulter ou menacer sans scrupule, en toute impunité souvent.

Persuadé que son pseudo le protège, il se croit hors de portée de toute conséquence.

L’anonymat devient alors un bouclier pour la violence.

Comme dans les violences intrafamiliales, l’agresseur profite du secret, du silence, du manque de réactivité de la Justice voire de l’absence de témoins.

En ligne, l’anonymat dissociatif masque, protège, encourage la répétition des violences.

En 2023, Lindsay, une jeune adolescente de 13 ans, s’est suicidée après des mois de harcèlement en ligne. Ce geste tragique aurait pu être la fin de son calvaire.

Hélas, même après sa mort, les attaques ont continué. De nombreux internautes ont craché leur venin, commentant son geste de manière malaisante et déplacée.

De la violence supplémentaire rendue possible par la dissociation et l’absence d’empathie.

Ce cas illustre un phénomène bien connu par les victimes : les violences vécues dans la sphère privée (moqueries, isolement, brimades) ne s’arrêtent pas avec Internet. Elles s’y prolongent, s’y amplifient, et deviennent insoutenables.

Protéger les enfants et les victimes de violences, c’est aussi repenser nos usages numériques.

Comment préserver l’espace d’expression des victime tout en reconnaissant et régulant les agressions, les harcèlements et les discours haineux ?

Comment garder l’équilibre entre la dangerosité de l’anonymat dissociatif dans le cyberharcèlement (et son lien avec les violences intrafamiliales), tout en rappelant qu’il reste une porte de sortie précieuse pour les victimes ?

  • Quelques pistes :
  • En renforçant la modération et la responsabilité des plateformes.
  • En éduquant les jeunes (et les adultes) à un usage respectueux du numérique.
  • En offrant des espaces d’anonymat protégés pour les victimes, encadrés par des professionnels.
  • En soutenant les parents protecteurs et les associations qui agissent sur ces terrains.

L’anonymat dissociatif ne doit pas être un permis de nuire, mais un outil de protection.


Vous pouvez lire également notre article sur le grooming qui aborde les problématiques de cybercriminalité.

Connaissez-vous le Grooming ?

Connaissez-vous le Grooming ?

Nom masculin, d’origine anglaise

Le grooming désigne une stratégie de manipulation utilisée par des agresseurs pour gagner la confiance d’un enfant (ou parfois d’un adulte vulnérable) en vue de l’exploiter, notamment sexuellement.

Grooming : ce que la loi française refuse encore de nommer

Dans les affaires de violences sexuelles intrafamiliales, la France continue de peiner à appréhender certaines formes d’agression pourtant bien connues des cliniciens, des victimes… et des agresseurs. L’un des angles morts les plus criants reste la notion de grooming.

Ce mot n’a toujours aucun équivalent juridique en droit français alors qu’il est pourtant central dans les législations anglo-saxonnes.

Une absence aux conséquences lourdes.

Le grooming, qu’est-ce que c’est ?

Dans les pays anglo-saxons, le grooming est défini comme un processus intentionnel de manipulation mentale, affective et parfois logistique, mis en place par un agresseur pour obtenir la soumission ou le silence de sa victime, souvent un mineur.

Il précède généralement les actes d’agression sexuelle et en constitue le terreau psychologique. Le mot signifie littéralement “faire la toilette”, “soigner l’apparence”. Un euphémisme cruel qui rappelle la manière feutrée et insidieuse dont ces agressions s’introduisent dans la vie des victimes.

Au Royaume-Uni, la loi sur les infractions sexuelles définit clairement le grooming comme une infraction distincte, passible de jusqu’à 10 ans de prison, dès lors qu’un adulte engage un échange intentionnel avec un mineur en vue d’un acte sexuel.

Aux États-Unis, de nombreux États criminalisent explicitement le child grooming, y compris dans ses formes numériques (cyber-grooming), et les forces de l’ordre sont formées à repérer ces pratiques.

En France, rien de tel. Le code pénal continue d’aborder les violences sexuelles presque exclusivement sous l’angle de la violence physique, de la contrainte, de la menace ou de la surprise.

Le grooming se déroule souvent en plusieurs étapes :

  1. Création d’un lien de confiance : l’agresseur se montre bienveillant, offre une attention particulière, se positionne comme une figure de soutien ou d’amitié.
  2. Isolement : Il tente d’éloigner la victime de ses proches, de la rendre dépendante émotionnellement.
  3. Introduction de la sexualisation : Par des discussions, des images, des sous-entendus, l’agresseur banalise des comportements inappropriés.
  4. Contrôle et silence : Il utilise la culpabilisation, la peur ou le chantage pour maintenir la victime sous emprise et l’empêcher de parler.

Le souci est que tout ce “travail préparatoire”, cette installation d’un climat de domination psychique, d’isolement ou de confusion, ne sont pas reconnus comme une méthode d’agression à part entière.

Cette lacune a des effets très concrets sur les affaires judiciaires. Lorsqu’il y a violence physique manifeste, la question du consentement ne se pose pas : les faits parlent d’eux-mêmes. Mais dans les cas où l’agression s’inscrit dans un processus lent et dissimulé, que ce soit dans une famille, une école, un club sportif ou un cadre religieux, la justice française interroge la victime plutôt que l’agresseur. A-t-elle dit non ? Pourquoi n’est-elle pas partie ? A-t-elle envoyé des messages ambigus ?

Exemples concrets :

  • Un adulte qui discute avec un enfant sur un jeu en ligne et l’amène progressivement à partager des photos inappropriées.
  • Un proche de la famille qui devient “l’ami” privilégié d’un enfant en lui offrant des cadeaux et en cultivant une relation exclusive avant d’introduire des comportements abusifs.
  • Un enseignant, coach, ou toute autre figure d’autorité qui utilise sa position pour manipuler un enfant et obtenir des faveurs sexuelles sous couvert d’affection.

Pourquoi le Grooming est un problème majeur ?

Le grooming est particulièrement pernicieux car la victime peut ne pas réaliser qu’elle est manipulée et croire qu’il s’agit d’une relation normale. Cela rend la dénonciation et la prise de conscience encore plus difficiles. Le cyber-grooming est aussi une menace croissante. Les prédateurs contactent des enfants via les réseaux sociaux, les jeux en ligne, etc, et se font passer pour des amis.

L’agresseur peut s’en prendre à plusieurs enfants en même temps mais selon des modalités ou des moments différents. Parfois, ces derniers ignorent que leurs frères ou sœurs sont aussi victimes.

Ce qu’apporterait une reconnaissance du grooming

Inscrire le grooming dans la loi, c’est reconnaître l’existence de stratégies prédatrices spécifiques, qui exploitent la confiance, la dépendance, l’admiration, la peur ou la solitude des enfants. C’est aussi former les magistrats, les avocats, les enquêteurs, les cliniciens à repérer ces schémas.

Cela permettrait de poser d’autres types de questions lors des procédures judiciaires. Au lieu de scruter la victime, on pourrait viser l’agresseur et ses actes : Pourquoi avez-vous demandé le silence sur vos échanges ? Comment avez-vous gagné sa confiance et organisé son isolement ? Pourquoi tous ces cadeaux ?

En refusant de nommer le grooming, la loi française refuse de voir ce que les victimes, les cliniciens et même les agresseurs savent depuis longtemps : la violence sexuelle ne commence pas au moment de l’acte. Elle prend racine bien avant, par des gestes d’approche, des phrases banales, des attitudes faussement bienveillantes. Elle commence là où l’intention prédatrice se dissimule sous un masque d’innocence.

C’est cette dissimulation qui doit être mise en lumière, non seulement dans les textes, mais aussi dans les pratiques judiciaires, les formations professionnelles, l’écoute clinique.

Reconnaître le grooming, c’est se doter d’outils pour mieux protéger les enfants, mieux juger les crimes, mieux réparer les victimes.