Le Monde à l’endroit : APRÈS LES VIOLENCES,QUE SE PASSE-T-IL DANS LA TÊTE ET LE CORPS DES VICTIMES ?

Le monde à l'endroit

“ Les blessures de l’enfance ne s’effacent pas, elles se réparent “

C’est par cette phrase que se présente Le Monde à l’endroit, le nouveau documentaire de Sylvie Meyer, qui sort au cinéma le 30 septembre 2026.

Dans celui-ci, la réalisatrice s’intéresse à l’après des violences intrafamiliales.

Elle avait déjà consacré “Enfance volée, chronique d’un déni “aux violences sexuelles faites aux enfants et à leur déni collectif. Sylvie pose ici une autre question :

Que deviennent les victimes après les violences ? Et comment peut-on les aider à se réparer ?

À travers plusieurs situations psychothérapeutiques, reconstituées ou filmées avec des patients, « Le Monde à l’endroit » donne à voir l’analyse et le décryptage des mécanismes et des symptômes psychotraumatiques.

Pendant 1 h 28, la réalisatrice nous emmène au plus près du travail thérapeutique de Muriel Salmona, psychiatre spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences.

Mais plutôt que de montrer les violences, « le film »Le Monde à l’endroit » choisit de montrer leurs traces et ce que l’on peut faire de ces traces.

On suit alors principalement 4 personnes, 4 histoires, 4 traumatismes.

  • Franck a été élevé par un journaliste pédophile auquel il était attaché.
  • Mélissa, ancienne footballeuse, se débat avec une sexualité violente qu’elle ne parvient pas à s’expliquer.
  • Ella s’est retrouvée, dans un jeu vidéo, sous l’emprise d’un avatar qui lui a fait subir des sévices.
  • Cassandra est reçue par Muriel Salmona. Toutes deux tiennent leur propre rôle.

« Le Monde à l’endroit » part de ce qu’ils vivent aujourd’hui pour remonter le fil de leur enfance, raconté en image par le biais de roman-photos.

Et ils creusent pour savoir ce qui, dans leur passé, continue d’agir dans leur présent.

Pour montrer ce travail thérapeutique autrement qu’en posant une caméra dans le cabinet, Sylvie Meyer a fait rejouer certaines séances par les véritables patients mais également des acteurs.

Muriel Salmona est incarnée successivement par trois actrices : Sandrine Bonnaire, Marianne Denicourt et Isild Le Besco.

La réalisatrice assume ainsi la reconstitution : ces séances ont existé, ont été enregistrées pendant plusieurs mois, puis retravaillées pour le film.

Finalement, Muriel Salmona elle-même entre dans le film, face à une jeune femme venue témoigner et qu’elle rencontre pour la première fois devant la caméra.

On passe de la représentation du soin au soin lui-même.

Parce qu’on le sait, les conséquences des violences ne sont pas uniquement psychologiques.

Les études montrent des associations entre traumatismes, notamment lorsqu’ils sont répétés dans l’enfance, et augmentation du risque de nombreux problèmes de santé physique et mentale au cours du reste de la vie.

Le système d’alerte peut rester durablement sensibilisé. Le corps continue alors parfois à réagir comme si le danger pouvait revenir à tout moment.

Comprendre cela permet de sortir d’une lecture morale des symptômes.

Mais alors, peut-on se réparer ?

On ne peut PAS effacer ce qui s’est passé, néanmoins, un traumatisme n’est pas nécessairement une condamnation à vie. Des prises en charge adaptées peuvent permettre de réduire les symptômes post-traumatiques, retrouver un sentiment de sécurité, intégrer les souvenirs traumatiques à son histoire et reprendre progressivement du pouvoir sur sa vie.

Les victimes ne sont PAS leurs traumatismes.

Et c’est précisément le message du film « Le Monde à l’endroit ».

Pour réparer, il faut remettre le monde à l’endroit. Et cela signifie notamment :

  • Nommer la violence pour ce qu’elle est.
  • Remettre la responsabilité sur celui qui l’a commise.
  • Sortir la victime de la culpabilité.
  • La mettre réellement en sécurité.
  • Lui permettre d’être entendue.
  • Et lui proposer des soins adaptés au psychotraumatisme.

On ne peut pas demander à quelqu’un de se reconstruire tout en le maintenant dans le danger.

Les victimes ne sont ni « folles » ni incapables de vivre : elles sont traumatisées et peuvent être soignées.

Muriel Salmona

Nous vous conseillons également le documentaire de Fanny Lesbros : https://www.protegerlenfant.fr/2026/07/31/fanny-lesbros/

Inceste, l’impossible combat de Virginie

Inceste, l'impossible combat de Virginie

Virginie a 17 ans quand elle rencontre Marcel pour la première fois.

Elle est encore loin de son futur combat contre l’inceste.

Elle garde en mémoire son attirance pour ce jeune homme un peu mystérieux, qui raconte des tas d’histoires très étonnantes qui lui arrivent.

Quand elle retombe sur lui à 23 ans, elle est en confiance et prête à tenter l’aventure avec lui. Mais elle n’apprécie pas son insistance pour avoir des rapports sexuels. Marcel veut avoir des relations avec elle sans s’engager affectivement. Virginie est sensée accepter la situation jusqu’à ce qu’il change d’avis. C’est d’ailleurs ce qui arrive un mois plus tard, le jour où les relations de Marcel se dégradent une nouvelle fois avec sa famille. Celui-ci a des relations conflictuelles avec sa mère et sa sœur, pleines de non-dits et hélas, aux relents incestuels.

Soudainement, Virginie est « la femme de sa vie » et il s’installe avec elle. Parallèlement, il lui annonce que son nouveau travail comprend de nombreux déplacements. Quand sa sœur accouche, alors qu’il revendiquait ne pas vouloir d’enfant, Marcel devient insistant auprès de Virginie pour qu’ils fondent une famille.

A cette époque, Virginie ne va pas bien, elle développe des troubles anxieux depuis ses 20 ans.

Suite à une crise, elle demande à être hospitalisée en maison de santé. C’est là-bas, à l’aide d’un travail avec un psychiatre, que le souvenir d’un viol à l’âge de 19 ans ressurgit. Très choquée, elle porte plainte. Mais entre la plainte classée sans suite et le désintérêt de Marcel pour son traumatisme, la santé mentale de Virginie ne s’améliore pas.

Virginie tombe enceinte très rapidement.

Heureuse de cette bonne nouvelle, elle l’annonce à Marcel qui, lui, balaye le test du revers de la main, signifiant son absence d’intérêt. Suite à ce malaise réalisé devant témoin, il tente de faire un peu illusion. Mais en vain. Virginie se retrouve seule toute sa grossesse. Marcel ne s’investit pas.

Lily vient au monde en septembre 2018, mais l’accouchement est compliqué. Virginie frôlera la mort dans les jours et semaines suivantes. En effet, elle fait de l’atonie utérine qui déclenchera 3 dangereuses hémorragies. En plus des opérations et des grosses souffrances, les séquelles sont importantes : aménorrhée, perte de sommeil, vertiges, incohérence cardiaque, sans parler des séquelles neurologiques.

Mais Marcel ne se sent pas concerné et lui dit « qu’elle fait chier ». Son attitude est si choquante que la mère de Virginie commence à prendre des notes sur son comportement. C’est elle qui observe la première fois des gestes déplacés de Marcel sur sa fille.

L’enfant a moins d’un an et il lui masse les tétons, il l’embrasse étrangement, il la sexualise.

Virginie est trop exténuée pour intervenir. Il faut dire qu’il la manipule jour et nuit, il l’empêche de dormir, lui parle mal, la pousse à bout… Ces violences psychologiques sont relatées par des spécialistes que Virginie consulte. Elle décide de stopper leur relation. C’est alors que les choses s’aggravent.

Un mois après leur séparation, Virginie récupère sa fille avec une vulvite. Quand elle en informe le père, il répond : « je n’ai rien fait »…

Un jour, la petite fille revient tellement crispée qu’elle hurle dès que sa mère cherche à la soigner. Cette nouvelle vulvite suinte et l’enfant déclare à 16 mois : « papa bobo kiki ».

Virginie ne doute plus. Il s’agit d’inceste et c’est grave.

Virginie consulte immédiatement en PMI qui constate un sexe malmené et prévient Enfance en danger. Marcel refuse de se rendre au rdv, il crie et menace de mort Virginie. Une semaine plus tard, leur fille se fait réexaminer et on constate en plus une fissure anale. Marcel est furieux de ce nouvel examen. Le lendemain, il appelle Virginie pour lui demander de vivre ensemble à nouveau. Elle refuse et il passe aussitôt aux menaces. Le jour même, preuve de son anticipation, elle reçoit un courrier qui                    l’assigne et l’accuse d’être une mère droguée. Elle porte aussitôt plainte pour diffamation.

Virginie porte également plainte pour faux et usage de faux, même si elle a très peur de la violence de la réaction de Marcel. Celui-ci est auditionné, il reconnait les faits ainsi que la diffamation. Les plaintes sont pourtant classées sans suite !

Pendant le confinement, c’est Virginie qui garde leur fille. Celle-ci guérit, s’apaise et retrouve le sommeil.

Mais dès que son père la récupère, les vulvites recommencent ainsi que des anites. A Noël 2020, elle baisse sa culotte devant tout le monde et déclare que son père lui fait des trucs au sexe et à l’anus. L’inceste est indéniable.

Le pédiatre fait un signalement de violence sexuelle.

En revanche, l’assistante sociale qui connait le père refuse de recevoir Virginie. L’enfant finit par se confier à l’école qui fait un signalement.

Marcel est furieux. Il est convoqué par l’Unité hospitalière de l’enfance en danger (UHED) qui lui demande de se calmer. Pourtant malgré toutes ces éléments, et la forte probabilité d’inceste, le JAF lui accorde une garde classique. Leur petit fille change de comportement, elle se désinhibe, elle explique à sa maman que son  » papa en a besoin pour dormir, tu comprends, il faut fermer les yeux, c’est tout « .

En aout 2020, Virginie demande de l’aide dans sa coparentalité et la juge des enfants intime à Marcel de s’éduquer.

Pourtant, un an plus tard, cette même juge change totalement d’attitude. Alors que Virginie insiste sur le mal-être de sa fille et sur ses soupçons, dès que la juge entend parler de pédocriminalité, elle incrimine la mère : trop angoissée, qui fait de l’acharnement médical…

La juge n’écoute pas l’éducatrice de l’AEMO (Assistance éducative en milieu ouvert) qui pourtant témoigne en faveur de la mère et ordonne des expertises médicales des parents.

Pendant ce temps, la petite fille continue ses dénonciations, elle accuse à la fois son père et aussi le fils de sa nouvelle compagne. La mère porte plainte à nouveau. L’état de sidération de l’enfant est confirmé par un pédopsy et un médecin légiste observe à nouveau une vulvite et un hymen perforé. Les gendarmes conseillent à Virginie de ne pas remettre sa fille au papa. 

Quand la juge apprend que Virginie fait de la non représentation d’enfant, elle s’énerve et fait accélérer les expertises, qui sans surprise, sont du côté du père.

Virginie est accusée d’avoir le Syndrome de Münchhausen…

Dans la foulée, la petite fille est désormais confiée à son père. Le 8 mars, elle est directement récupérée à l’école sans que la mère soit prévenue. La mamans ne reverra sa fille que trois mois plus tard. Une expertise psy est ordonnée sur la mère pour savoir si il faut maintenir le lien mère/enfant !

Depuis mars 2022, Virginie n’a pu revoir sa fille que 3 fois une heure ! Non seulement elle vit dans la peur pour son enfant, non seulement elle dépérit de ne plus la voir, mais des menaces sont faites sur la garde de son second enfant né d’une autre relation !

Voilà où le combat de Virginie contre l’inceste l’a menée.

Cette situation cruelle, dangereuse, ubuesque, incompréhensible, grotesque plonge Virginie dans un désarroi sans nom.


A propos de l’inceste nous vous conseillons la lecture des articles « Qui sont les incesteurs« , « Inceste, les mécanismes du silences » et « Inceste, le profil des agresseurs«