Témoignage de Élise : Et si l’échec de la protection des victimes ne venait PAS d’un manque de preuves ou de moyens, mais du regard biaisé posé dès le départ sur les faits.

Témoignage de Élise

Les témoignages des victimes s’enchainent sans que Justice soit faite, malgré les preuves, les témoignages d’experts, la parole de ceux qui dénoncent…

On peut légitiment se demander ce qui cloche…

Élise, une maman protectrice, témoigne d’un dysfonctionnement plus profond.

Voici son histoire, retranscrite de manière la plus factuelle possible. Élise ne cherche pas à se justifier ni à prouver. Élise expose les faits et vous laisse juge.

  • Une fillette de deux ans et demi révèle à sa mère que son père lui fait des attouchements sexuels.
  • Depuis plusieurs mois, elle présente de lourds troubles du comportement.
  • Sa mère quitte immédiatement le domicile avec sa fille et porte plainte.
  • Les services de protection de l’enfance et la justice sont saisis.
  • Au fil des années, plusieurs signalements sont réalisés.
  • L’enfant renouvelle ses déclarations.

Question : quelle est votre première hypothèse ?

À ce stade, personne ne connaît encore la vérité.

Pourtant, il existe déjà deux façons de regarder cette histoire.

  • Hypothèse A : Et si cette mère manipulait son enfant ?
  • Hypothèse B : Et si cet enfant disait vrai ?

À partir des mêmes faits, deux enquêtes très différentes peuvent commencer.

Hypothèse A

  • On cherche pourquoi la mère accuse.
  • Les troubles sont expliqués par le conflit parental.
  • Chaque démarche de la mère confirme qu’elle est dans l’emprise du conflit.
  • Les paroles de l’enfant deviennent suspectes parce qu’elles persistent.
  • Les visites reprennent.
  • Les symptômes augmentent.

Hypothèse B

  • On cherche ce qui est arrivé à l’enfant.
  • Les troubles sont étudiés comme d’éventuelles conséquences des violences.
  • Chaque nouvelle démarche montre que la mère ne renonce pas à protéger sa fille.
  • Les paroles de l’enfant gagnent en crédibilité parce qu’elles persistent.
  • Les visites sont suspendues le temps des investigations.
  • L’enfant commence à se reconstruire.

Élise connait bien l’hypothèse A, hélas :

  • 10 ans de procédures.
  • Plusieurs signalements de professionnels.
  • Placement de son enfant.
  • Dégradation psychique de l’enfant.
  • Tentatives de suicide.
  • Contacts toujours imposés avec le père.

Élise aurait rêvé de l’hypothèse B :

  • Enquête approfondie dès la première révélation.
  • Protection immédiate.
  • Soins et reconstruction des enfants.

Des faits de départ identiques. Seule l’hypothèse de départ a fait la différence.

Élise ne souhaite pas témoigner uniquement de ce qui est arrivé à sa fille. Elle dénonce la manière dont une institution peut rendre les violences invisibles en les regardant, dès le départ, comme des violences intra-familiales ou comme une manipulation maternelle.

Les professionnels ne partent jamais de rien.

Ils arrivent avec leurs connaissances, leurs expériences… mais aussi avec leurs représentations. Sans même s’en rendre compte, ils formulent souvent une première hypothèse qui guidera ensuite les questions posées, les éléments retenus, les investigations réalisées… et parfois toute la suite de la procédure.

Ce phénomène est connu en psychologie sous le nom de biais de confirmation.

Les biais ne changent pas seulement l’interprétation des faits, ils changent les faits eux-mêmes, parce qu’ils modifient les décisions prises tout au long du parcours.

Les enfants reparlent.

  • A – Ils répètent un discours appris.
  • B – Leur parole persiste malgré le temps.

Les troubles continuent.

  • A – Ils viennent du conflit parental.
  • B – Ils peuvent traduire un traumatisme.

La mère multiplie les démarches.

  • A – Elle s’acharne.
  • B – Elle veut une protection qui n’arrive pas.

Les biais, les fausses croyances, ne sont pas de mauvaises intentions.

Néanmoins, si les personnes en charge d’enquête sur des violences faites aux enfants sont pétris de certitudes, les conséquences peuvent être immenses.

La question est alors qui choisit-on de protéger ?

Suspendre les contacts peut certes léser un parent innocent, mais les maintenir peut surtout exposer un enfant à des violences…

Dans l’histoire d’Élise et dans celle de tant d’autres, le risque a été porté par les enfants.

Aujourd’hui, dix ans après la première révélation de sa fille, les procédures ne sont toujours pas terminées. L’enfant vit avec sa mère, mais les contacts avec son père continuent de réactiver ses angoisses.

« Je ne témoigne pas pour raconter ma vie.
Je témoigne pour que d’autres enfants n’aient pas à la vivre.
Si on trouve si peu de preuves contre les agresseurs, ce n’est pas seulement parce qu’on ne les accepte pas mais parce que le regard de départ est biaisé. On raconte exactement la même histoire à des gens qui y croient… et d’autres qui n’y croient pas, de base, ça change tout. Ils ne posent pas les mêmes questions. Parce qu’à partir du moment où tu pars du principe que la mère fait ça pour avoir la garde, tout est biaisé.”

Élise

Vous pouvez retrouver tous les témoignages de notre site ici : https://www.protegerlenfant.fr/category/articles-temoignages/

Violences contre les mères : l’ONU publie un rapport essentiel

Violences contre les mères : l'ONU publie un rapport essentiel

Ce texte pourrait faire évoluer la protection des mères

De quoi parle-t-on ?

Reem Alsalem, rapporteuse spéciale sur la violence à l’égard des femmes et des filles, vient de présenter un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Les Rapporteurs spéciaux sont des experts indépendants mandatés par l’ONU. Ils ne représentent ni un État, ni un gouvernement.

Leur mission est d’analyser une problématique mondiale, d’entendre les différents acteurs concernés et de formuler des recommandations fondées sur le droit international des droits humains.

Un phénomène mondial

Reem Alsalem et ses équipes, ont été chargées d’examiner la violence exercée contre les mères.

Ce rapport met en évidence les discriminations et les violences subies par les femmes et filles en raison de leur statut de mères.

Le rapport suggère de définir les mères comme une catégorie distincte de titulaires de droits et élaborer des politiques ciblées qui reflètent leurs besoins spécifiques et leurs contributions à la société.

Ces contributions démontrent que les difficultés des mères ne relèvent pas de situations isolées mais d’un phénomène mondial.

Ce que dit le rapport

1. Il y a des formes spécifiques de violences subies par les mères

  • Violences économiques

Devant les tribunaux aux affaires familiales, les enfants sont souvent utilisés par les pères comme moyen de pression dans les négociations, les mères devant renoncer à leurs droits financiers pour obtenir la garde ou assurer la sécurité de leurs enfants.

  • Violence physique et sexuelle

Les partenaires intimes commettent également des violences sexuelles contre les mères qui refusent d’avoir des relations sexuelles avant ou après l’accouchement.

  • Violences psychologique

La violence contre les mères s’exerce souvent par de la violence infligée à leurs enfants.

La conscience de la souffrance de leurs enfants, la séparation prolongée ou le fait d’être privées d’informations sur leur sort font subir aux mères une souffrance qui peut s’apparenter à de la torture et à des traitements inhumains et dégradants.

  • Lien entre la violence contre les mères et la violence contre les enfants

Les violences sur enfants ou les attaques délibérées contre le lien mère-enfant, s’inscrivent souvent dans le prolongement du contrôle coercitif exercé par un partenaire intime.

Les tribunaux aux affaires familiales peuvent également exercer une forme de violence en minimisant ou en écartant les allégations de violence conjugale, et en imposant aux enfants des contacts avec des partenaires violents.

2. Pour lutter contre ces violences, il faut les rendre visibles.

La Rapporteuse suggère de définir les mères comme une catégorie distincte ayant droit à une protection spécifique.

Elle recommande de prendre les mesures suivantes :

Traiter la violence contre les mères dans les cadres juridiques et politiques comme une forme distincte de violence à l’égard des femmes et des filles nécessitant des mesures ciblées ;

Veiller à ce que les tribunaux aux affaires familiales donnent la priorité à la sécurité et à la stabilité économique des mères, en tenant compte des responsabilités de soins et des expériences de maltraitance lors de l’adoption des décisions relatives à la garde et aux droits de visite ;

Le contrôle coercitif est la clé de compréhension

Le contrôle coercitif correspond à une stratégie globale destinée à dominer la victime, limiter son autonomie, contrôler ses choix… Intimidation, menace, isolement, contrôle économique, harcèlement judiciaire… les méthodes oppressives ne manquent pas.

Après la séparation, ce contrôle passe également par les enfants.

Le rapport estime qu’il faut reconnaitre cette dimension de contrôle coercitif. Cette notion reste largement méconnue des systèmes judiciaires.

  • Le rapport propose de reconnaître l’instrumentalisation du lien mère-enfant comme un mécanisme central de contrôle coercitif et de violence post-séparation constituant une forme de violence à l’égard des mères et de leurs enfants.
  • Il suggère de reconnaître également les abus de procédure et la précarisation économique induite par les procédures judiciaires comme des formes de violence économique à l’égard des mères .

Quelle influence peut avoir ce rapport ?

Cela va dépendre de sa réception. L’impact d’un tel rapport dépend de plusieurs facteurs :

  • sa diffusion auprès des professionnels,
  • la manière dont il sera cité par les juridictions et les chercheurs,
  • les prises de position du gouvernement français,
  • les futures recommandations d’autres organes internationaux.

Tous les rapports de Rapporteurs spéciaux n’ont pas la même influence.

Certains restent relativement confidentiels, tandis que d’autres deviennent des références durables.

Et en France ?

Si ce rapport est largement repris, on pourrait espérer définir les mères dans le droit national comme une catégorie distincte ayant droit à une protection spécifique ; et par là même instaurer un statut spécifique pour les mères.

Ce rapport représente l’espoir d’un changement de regard, accompagné d’une meilleure compréhension des violences subies par les mères.

Son influence dépendra de la manière dont les États, les juridictions et les professionnels s’en saisiront.

A nous de le faire rayonner.


Vous pouvez consulter ici nos articles sur les textes législatifs ici.

L’ONU dénonce la silenciation des victimes en France

10 livres sur les violences intrafamiliales à lire absolument cet été

10 livres sur les violences intrafamiliales à lire cet été

La dernière allumette

Marie Vareille

Genre : Roman contemporain

Ce récit aborde le thème des violences intrafamiliales à travers le regard de ses victimes. Abigaelle recluse et muette dans un couvent veille sur son frère Gabriel qu’elle semble aimer autant qu’en avoir peur. Les statistiques sont sans appel : 3 enfants sur 4 victimes de violence deviendront soit bourreaux soit victimes.

C’est très bien écrit et terriblement bien vu, jusqu’au retournement de situation.

BASTA ! Guide d’autodéfense féministe pour ados

Maria Kronsky, Marion Le Muzic

Genre : Guide pour les ados

Basta! est un livre très important pour les ados et jeunes gens. Il donne plein de ressources de défenses verbales face à un grand éventail de violence.

Cette deuxième version est encore plus complète en type de situations et sortira le 21 août 2026.

Enfantisme

Claire Bourdille

Genre : Essai

Enfantisme est un livre passionnant, intelligent, facile d’accès pour une thématique tellement importante pour celles et ceux qui rêvent de vivre dans un monde meilleur, un monde où l’enfant ne serait plus un être inférieur qui ne subirait plus les violences adultistes. Ce livre nous fait comprendre pourquoi autant d’affaires de violence sur enfants sortent en ce moment ! Ne passez pas à côté !

Ces enfants qu’on maltraite

Dr Eugénie Izard

Genre : Essai

Dr Eugénie Izard fait partie de ces médecins courageux qui signalent pour protéger les enfants en danger. Après un signalement, elle a subi des menaces et représailles de la part du conseil de l’Ordre des médecins, qui a voulu la faire taire. Elle a décidé de briser le silence et de dévoiler le système organisationnel qui protège les agresseurs, en laissant les professionnels impuissants devant les enfants maltraités et victimes d’inceste. Ce livre indispensable est une ode à la résistance, un combat pour que cessent les violences intrafamiliales et que change le système en apportant aussi une série de solutions concrètes.

TES DROITS et TES BESOINS comptent

Edouard Durand, Mai Lan Chapiron

Genre : Livre illustré jeunesse

Dans cet ouvrage qui évoque 12 des droits fondamentaux des enfants tels qu’ils sont inscrits dans la Convention relative aux droits de l’enfant (CIDE), les textes incarnés du Juge Edouard Durand accompagnés des illustrations tendres et drôles de Mai Lan Chapiron sensibilisent les jeunes lecteurs à leurs droits et leurs besoins. Ce livre vise à inculquer une compréhension globale des droits fondamentaux des enfants et à encourager leur défense. Cela inclut également l’encouragement à l’expression personnelle et à la participation active à la société, renforçant ainsi la confiance en soi des enfants et leur capacité à faire entendre leurs voix.

Inceste d’Etat

Genre : Essai

Romane Brisard

Inceste d’Etat est un livre à lire absolument, il fait un pendant très pertinent au livre Enfantisme car on y comprend les conséquences de l’adultisme au niveau politique et juridique : les enfants qui dénoncent l’inceste (ou les violences intrafamiliales) ne sont absolument pas protégés en France. Les mères protectrices sont d’ailleurs criminalisées. “Document d’utilité publique, il rend aussi hommage à ces femmes qui, refusant l’inacceptable, sont devenues à leur corps défendant des résistantes.

Une ENFANCE en NORD

Marion Cuerq

Genre : Educatif

Marion Cuerq, spécialiste de la Suède, vous propose de regarder du côté du pays qui a entamé sa révolution éducative dès 1979 en abolissant les punitions corporelles et les humiliations, tandis que la France, elle, n’a interdit les violences éducatives ordinaires qu’en 2019.

Elle vous invite à adopter la hauteur-d’enfant pour percevoir le monde à travers les yeux des petits. En changeant votre regard sur vos enfants, en établissant avec eux un nouveau rapport, horizontal, vous pourrez enfin vous frayer un chemin vers une relation apaisée.

Je suis moi et personne d’autre

Baptiste Beaulieu, illustration Qin Leng

Genre : Livre illustré jeunesse

Un livre, plein de finesse, indispensable pour les enfants et même les adultes ! Respecter son identité, ne pas s’effacer pour satisfaire les autres, est l’apprentissage d’une vie entière. Ce livre raconte à quel point il est important de savoir dire non, pour être soi et personne d’autre.

Le contrôle coercitif

Andreea Gruev-Vintila

Genre : Essai

Deuxième édition complétée et actualisée sur le contrôle coercitif : concept central d’une approche globale des violences conjugales et des violences intrafamiliales comme atteinte aux droits humains. Il est le répertoire des comportements oppressifs basés sur le privilège donné par le sexe.

Comment les agresseurs familiaux attaquent-ils, avant et après la séparation, les droits, la liberté, la santé des victimes ? Pourquoi les effets du contrôle coercitif sont-ils durablement dévastateurs ? Comment appréhender ce précurseur majeur de la quasi-totalité des féminicides qui est aussi le contexte prévalent des violences envers les enfants ? Un livre indispensable pour comprendre et travailler avec pertinence dans la protection des enfants victimes de violences intrafamiliales.

Protéger son enfant des violences sexuelles

Joanna Smith

Genre : Essai

Livre incontournable pour les parents. Il nous apprend les bons outils pour protéger nos enfants des violences et particulièrement des violences sexuelles. Que ce soit dans l’éducation positive, dans le respect du corps (pas d’obligation au bisou !), la complicité que l’on doit entretenir avec nos enfants pour éviter les secrets malaisants, dans le repérage des comportements à risque des personnes mal intentionnées. Connaître et repérer les stratégies des agresseurs est un bon moyen pour les repousser ! Toujours également avoir en tête le « Nommer-Recadrer », très utile dans toutes les situations gênantes. En revanche, l’auteur ne parle pas des difficultés de protéger son enfant s’il a été agressé par l’autre parent.


Vous pouvez retrouver d’autres conseils de lecture sur notre site :

Maltraitance : les 10 livres qui ont aidé Plume, ancienne enfant victime

9 livres pour mieux comprendre les mécanismes des violences intrafamiliales

LE PRIX DE LA PROTECTION Ce que raconte le documentaire de Fanny Lesbros « Le combat des mères protectrices »

LE PRIX DE LA PROTECTION Ce que raconte le documentaire de Fanny Lesbros « Le combat des mères protectrices »

Fanny Lesbros est une journaliste, reporter d’images et réalisatrice de documentaires.

Fanny Lesbros vient d’utiliser à nouveau ses compétences en journalisme de terrain pour réaliser un document essentiel intitulé Le Combat des mères protectrices”.

Fanny Lesbros y choisit de documenter très sérieusement un sujet très peu traité : la situation des mères qui alertent sur des violences sexuelles incestueuses et qui se retrouvent elles-mêmes confrontées à des procédures judiciaires, à la perte de leurs enfants ou à des poursuites pour non-représentation d’enfant.

Le documentaire suit principalement trois femmes :

  • Adelaïde, qui ne peut plus voir sa fille que dans un espace de rencontre médiatisé après avoir porté plainte contre le père.
  • Sophie, qui n’a plus qu’un appel téléphonique hebdomadaire avec ses quatre enfants.
  • Caroline, qui, après des années de procédures, est finalement parvenue à protéger son enfant.

Le documentaire de Fanny Lesbros met en lumière les mécanismes que connaissent bien les associations de protection de l’enfant comme la nôtre, lorsqu’une mère révèle des violences sexuelles présumées.

Il ne s’intéresse pas tant aux violences sexuelles, mais surtout au traitement judiciaire et institutionnel des alertes. Il aborde un angle encore peu traité à la télévision : le coût de la protection, et ses successions de pertes très concrètes que subissent les mères qui choisissent de croire leur enfant et d’agir.

Les aléas et les coûts de la protection

Ils sont protéiformes :

  • L’aléas le plus paradoxal : vouloir protéger son enfant peut conduire à le perdre…
  • L’aléas judiciaire : porter plainte ne garantit pas que la procédure aboutira à la protection de l’enfant.

Quant aux coûts, ils sont immenses :

  • Le coût économique (frais médicaux, frais d’expertise, frais judiciaires dont les frais d’avocat, astreintes financières voire dommages et intérêts, frais de garde, perte de revenus, frais de déménagement…)
  • Le coût professionnel (absentéisme, besoin d’aménagements horaires, perte de confiance et d’efficacité, dégradation des rapports hiérarchiques, perte d’emploi…)
  • Le coût familial (séparation conjugale, gestion du temps de l’enfant, suspicion voire accusation de manipulation, rupture des relations, perte de soutien…)
  • Le coût social (stigmatisation, perte du réseau amical, isolement, repli sur soi…)
  • Le coût institutionnel (longueur et complexité des procédures, répétition des expertises et interrogatoires face à des intervenants multiples, sentiment de révolte face à certaines accusations, injonctions paradoxales, anxiété consécutive aux décisions défavorables et à leurs conséquences pour l’enfant…)
  • Le coût médical (fatigue, hypervigilance, troubles du sommeil, irritabilité, somatisation, dépression…)
  • Le coût psychologique (désarroi face au sentiment de culpabilité et d’impuissance, stress, traumatismes, résistance à l’emprise et au contrôle coercitif du parent agresseur, devoir de soutien permanent de l’enfant en toutes circonstances …)

Fanny Lesbros ne cherche pas à faire un documentaire à “charge » contre une institution en particulier. Elle met plutôt en lumière les conséquences humaines des dysfonctionnements de la justice, ceux que dénoncent les personnes qu’elle filme.

Le documentaire « Le combat des mères protectrices » de Fanny Lesbros est disponible à la demande sur M6+ TEVA


Vous pouvez retrouver beaucoup de témoignages de mères protectrices sur notre site, ils corroborent tous le documentaire de Fanny Lesbros :

Témoignage de Farah, mère protectrice qui ne peut plus voir sa fille

Témoignage de Corinne, mère de 5 enfants, victime de violences conjugales, parentales et institutionnelles

Ils l’ont torturée. Elle a survécu. Aujourd’hui, Joy témoigne.

Témoignage de Laura : « J’ai porté plainte, il a souri ». L’impunité des prédateurs en 2025

Des violences coercitives aux violences institutionnelles, Liza témoigne

Mariette, mère en lutte pour sauver sa fille d’un père incestueux

[Témoignage Vidéo] Dysfonctionnements judiciaires. Pour avoir tenté de protéger sa fille victime d’inceste, May a perdu la garde de son enfant.

[Témoignage Vidéo] Julie nous parle des dysfonctionnements rencontrés dans le combat pour protéger son enfant victime d’inceste

Témoignage de Tamara, maman en fuite depuis 5 ans pour protéger sa fille victime d’inceste

Témoignage de Julie, mère protectrice à qui on a retiré la garde de sa fille

Sophie, mère protectrice privée de ses enfants

Témoignage d’Anne dont la fille est victime de violences intrafamiliales et d’inceste

Témoignage d’Heidi qui risque la prison pour protéger sa fille de son père incestueux

Je veux protéger mon garçon de son père violent et la Justice m’empêche

du viol et des agressions sexuelles qu’il a subis par son géniteur

Cynthia, victime de violences intrafamiliales, mère protectrice d’un enfant actuellement placé

Inceste, l’impossible combat de Virginie

Témoignage de Lise, qui a perdu la garde de ses enfants au profit de son mari violent et très influent

Témoignage de Tamara, maman en cavale depuis 3 ans et demi pour protéger sa fille victime d’inceste

Pour protéger ses filles, victimes d’inceste paternel, Léonie refuse qu’elles retournent chez leur père. Elle risque la prison.

Voici l’histoire d’Adèle, mère en lutte…

Lise, victime de violences conjugales, témoigne de sa difficulté à obtenir justice face à l’influence de son mari

Témoignage de Julie – Inceste

Témoignage de Khatidja : violences conjugales et familiales

L’exception culturelle française face à la pédocriminalité

L’exception culturelle française face à la pédocriminalité

Les belles lettres, la musique, la haute couture, la photographie… Plus qu’ailleurs, la France a produit des œuvres accusées de banaliser ou d’esthétiser la sexualisation des mineurs. Cette indulgence n’aurait-elle pas contribué à retarder la reconnaissance sociale et juridique de la pédocriminalité ?

Gabriel Mazneff, Alain Robbe-Grillet, Tony Duvert, Serge Gainsbourg, David Hamilton, Yves Saint Laurent… Tous ces « grands » artistes, souvent considérés comme des maîtres absolus dans leur art, ont été mis en cause pour des œuvres liées à la pédocriminalité.

La littérature


En 1990, sur le plateau d’Apostrophe, la romancière québécoise Denise Bombardier s’étonne que l’écrivain Gabriel Maztneff qui décrit dans le détail ses passions pédocriminelles ne soit pas immédiatement mis au banc des cercles littéraires et de la société françaises. Dans l’atmosphère hilare du plateau de Bernard Pivot, l’écrivaine québécoise s’insurge courageusement contre Matzneff : « Je ne comprends pas que dans ce pays, la littérature serve d’alibi à ce genre de confidences […]. M. Mazneff nous raconte qu’il sodomise des petites filles de 14 ans, 15 ans ». Prix Renaudot, deux prix de l’Académie française, peu importe l’ignominie de ses écrits, Matzneff est à l’époque encensé par la critique française.
Matzneff n’est pas le seul écrivain accusé de faire l’apologie de la pédocriminalité dont l’œuvre a été célébrée au pays des belles lettres. Surnommé « le pape du Nouveau Roman français », l’écrivain Alain Robbe-Grillet ne faisait pas mystère de son goût pour les petites filles et les adolescentes[1] ». Il est pourtant élu à l’Académie française. Dans un article de l’Express paru en 2007, un journaliste décrit son dernier roman « Un roman sentimental » : « C’est un conte de fée pour adultes insoutenable qui enchaine de manière crue et décomplexée les scènes de pédophilie sadomasochistes, d’innombrables sévices sexuels sur mineurs avec un ton chic et badin… un étalage de perversité extrême allant jusqu’à la description sans état d’âme de morts d’enfants après des viols [2]». Moins connu, mais néanmoins publié par Juliard, Tony Duvert se définit lui-même comme « écrivain pédophile ». En 1973, il obtient le prix Médicis pour Paysage de fantaisie, roman qui se passe dans une maison de campagne où des enfants sont dressés à la prostitution.  Roland Barthes le défend même pour le prix Médicis.


La chanson


Dans son clip Lemon Incest, interprété en 1983, Serge Gainsbourg est étendu sur un grand lit, penché sur sa fille de 12 ans, Charlotte, allongée à ses côtés, en chemise et culotte, susurre : « L’amour que nous ne ferons jamais ensemble est le plus beau, le plus pur, le plus violent, le plus enivrant ». Non content du scandale provoqué par Lemon Incest, Gainsbourg récidive en 1986 avec Charlotte forever, qu’il interprète avec Charlotte, alors âgé de 15 ans. L’atmosphère romantico-érotique y est encore plus insalubre. La voix de Charlotte s’étrangle : « Papa, j’ai peur de goûter ta saveur… ». Nouveau haut-le-cœur à la remise du César du meilleur espoir féminin en 1986, attribué à Charlotte Gainsbourg qui se lève pour aller récupérer son César, mais son père l’intercepte et l’embrasse à pleine bouche, elle proteste, se libère de son étreinte, mais il l’embrasse de nouveau. Tout est manifeste, « exhibé » même[3]. Tout est manifeste, exhibé, mais le déni collectif opère comme un charme.


La haute-couture


En 2002, le « prince de la mode », Yves Saint Laurent, publie la Vilaine Lulu publié aux Editions Tchou puis en 2010 aux Editions de La Martinière. La Vilaine Lulu met en scène une petite fille dans des situations de transgression sexuelle, d’exhibition et de provocation érotique revendiquée comme une « satire noire ». Lorsqu’un journaliste d’Arte qui présente sur un ton léger une animation de la BD de YSL dans les années 80 lui demande « Il n’y a rien que le vilaine Lulu fait que tu désapprouves ? », il répond « Non, absolument pas, je suis tout à fait d’accord avec elle. »


La photographie


Installé en France dès les années 1950, David Hamilton se fait connaître par ses photos qui mettent principalement en scène de très jeunes adolescentes dénudées dans des poses érotiques. Dans les années 70 et 80, son travail est très largement diffusé. Loin d’y voir une esthétisation de la sexualisation des mineurs, comme ce fut le cas au Royaume-Uni, la France le porte aux nues. Rêves de jeunes filles, qui présente des filles dénudées de 12 à 16 ans, se vend à 100 000 exemplaires dans le monde. Le texte de son livre, pour le moins ambigu, est écrit par Alain Robbe-Grillet. Accusé de viols par Flavie Flament et d’autres femmes, Hamilton se suicide en 2016 sans avoir été jugé.


La réprobation du monde anglo-saxon


Si en France, le génie d’un artiste semblait à cette époque empêcher de penser l’enfant comme un sujet vulnérable, les médias britanniques et américains qualifient explicitement ces comportements d’abus sexuels sur enfants.  De fait, Matzneff et Duvert sont des auteurs confidentiels dans les pays anglo-saxons. Les films Charlotte Forever et Lemon Incest sont très peu diffusés aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui considèrent qu’il franchit une limite éthique importante. Au Royaume-Uni, certaines des publications de Hamilton sont saisies ou interdites. Il faudra attendre la publication en 2020 du Consentement de Vanessa Springora pour que la parole des victimes occupe enfin une place centrale dans le débat public.


Légitimisation symbolique


Comment ne pas imaginer que lorsque des personnalités « sacralisées » présentent une certaine vision du monde ou certains comportements comme acceptables, romantiques ou même souhaitables, cela ne créé pas une normalisation culturelle qui tend à influencer les perceptions et à en modifier les normes ?  Une légitimisation symbolique qui empêche de penser les conséquences traumatiques des violences sexuelles contre les enfants. D’où peut-être les pétitions demandant une réforme du droit pénal concernant les relations sexuelles entre adultes et mineurs signées par certains des plus grands intellectuels français entre 1977 et 1979.
Faut-il faire le lien avec les législations tardives en matière de pédocriminalité ? Ce n’est qu’en 2021 que la France a reconnu qu’un enfant de moins de 15 ans ne pouvait, en principe, consentir à une relation sexuelle avec un adulte, plus tardivement que plusieurs pays européens. En 2021, la loi a également consacré le principe selon lequel un mineur ne peut être considéré comme consentant à un acte sexuel commis par un ascendant. Là encore, de nombreux pays avaient déjà des dispositions spécifiques.
Comment nier que, pendant plusieurs décennies, le prestige artistique a contribué à reléguer au second plan la parole des enfants ? Lorsqu’une société admire ceux qui transgressent les interdits les plus fondamentaux, elle rend plus difficile l’écoute de ceux qui en subissent les conséquences. Peut-être cela explique-t-il également aujourd’hui les résistances des juges aux affaires familiales à protéger les enfants qui ont dénoncé les violences sexuelles commises contre eux par des adultes, a fortiori leurs pères ?

Caroline Bréhat
Psychothérapeute, autrice

[1] https://www.lorientlejour.com/article/352695/Robbe-Grillet_et_les_adolescentes_puberes.html
[2] https://archive.wikiwix.com/cache/?url=https%3A%2F%2Fwww.lexpress.fr%2Fculture%2Flivre%2Fun-roman-sentimental_813054.html
[3] Ce long extrait est repris de mon article paru dans l’Huma en 2002 https://www.carolinebrehat.com/gainsbourg-lemon-incest-et-lincestuel/

Cet article a également été publié dans l’Humanité le 24 juillet 2024


Vous trouverez sur ce site d’autres articles de Caroline BREHAT.

Pédocriminalité Pédocriminalité Pédocriminalité Pédocriminalité Pédocriminalité Pédocriminalité Pédocriminalité Pédocriminalité

Imprescriptibilité aux crimes commis sur des mineurs

Imprescriptibilité aux crimes commis sur des mineurs

Une avancée majeure votée le 16 juillet et confirmée par le vote solennel du 21 juillet : l’Assemblée nationale a adopté l’imprescriptibilité aux crimes commis sur des mineurs.

Aujourd’hui, une victime de viol subi dans l’enfance ne peut porter plainte que jusqu’à ses 48 ans.

Cette limite ignore une réalité bien documentée : l’amnésie traumatique peut retarder de plusieurs décennies la capacité d’une victime à parler et à se reconnaître comme telle.

Avec l’imprescriptibilité, ce délai disparaît : la parole d’une victime ne sera plus jamais forclose par le temps.

Nous saluons ce vote transpartisan ainsi que le travail du député Arnaud Bonnet, à l’origine de cet amendement sur l’imprescriptibilité, ainsi que le soutien du gouvernement, qui s’est engagé à sécuriser juridiquement cette mesure face au risque d’inconstitutionnalité qui pèse encore sur elle.

Le texte poursuit désormais son parcours parlementaire. il faut bien souligner que le texte devra ensuite passer au Sénat – ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !

Nous resterons mobilisés pour que cette avancée essentielle puisse devenir une réalité durable pour toutes les victimes.

Il ne devrait pas exister de date de péremption pour les violences subies par un enfant.

Le temps ne doit plus empêcher une victime de demander justice.


Vous trouverez l’ensemble de nos articles sur les textes législatifs ici, notamment :

Droits de visite et d’hébergement : la sécurité de l’enfant doit toujours primer

Droits de visite et d'hébergement

L’Assemblée nationale a renforcé les dispositions relatives aux droits de visite et d’hébergement lorsque des violences intrafamiliales ou sexuelles sont suspectées.

Pendant trop longtemps, des enfants ont continué à être contraints de rencontrer un parent mis en cause, alors même que des procédures étaient en cours.

Le texte adopté affirme un principe essentiel : lorsque la sécurité d’un enfant est en jeu, les modalités d’exercice de l’autorité parentale et des droits de visite doivent pouvoir être adaptées rapidement pour assurer sa protection. En cas de suspicion de violences sexuelles incestueuses ou de violences intrafamiliales, la parole de l’enfant doit être correctement recueillie et prise en compte, et le juge doit spécialement motiver sa décision.

Ces évolutions traduisent une conviction que nous défendons depuis longtemps : protéger un enfant ne consiste pas seulement à l’éloigner d’un danger, mais aussi à empêcher que ce danger puisse continuer à s’imposer à lui.

Nous saluons ces dispositions importantes, attendues par de nombreuses familles et associations, qui renforcent la capacité des magistrats à agir rapidement dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Merci aux parlementaires qui ont porté ce sujet, et en particulier à Maud Petit dont les amendements ont été adoptés, mais aussi à Philippe Fait et Virginie Duby-Muller pour leur travail sur ce sujet.

Il faut bien souligner que le texte devra ensuite passer au Sénat – ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !

Nous resterons attentifs à la rédaction définitive du texte et à son application concrète, afin que ces nouvelles dispositions permettent une protection effective des enfants dans toutes les situations de danger.

L’intérêt supérieur de l’enfant ne peut jamais être relégué au second plan.

Les droits de visite et d’hébergements sont un enjeu majeur dans la protection des enfants, y compris les droits de visite médiatisés qui sont une fausse bonne idée lorsqu’il y a eu violence.


Vous trouverez l’ensemble de nos articles sur les textes législatifs ici, notamment :

Délit de non représentation d’enfant : un pas important pour les parents protecteurs

Délit de non représentation d’enfant

Depuis des années, nous alertons sur une injustice : des parents (le plus souvent des mères) sont poursuivis pour non représentation d’enfant alors même qu’ils cherchent à protéger leur enfant de violences.

Ce délit, conçu pour sanctionner les refus abusifs, est trop souvent devenu une arme entre les mains du parent mis en cause.

Le texte adopté aujourd’hui à l’assemblée nationale apporte une réponse concrète : désormais, un parent ne pourra plus être poursuivi pour non représentation d’enfant entre le dépôt d’une demande d’ordonnance de sûreté et la notification de la décision du juge.

Ce texte permet de mieux protéger les parents qui agissent dans l’intérêt de leur enfant, et nous l’accueillons avec beaucoup d’espoir.

Merci aux parlementaires qui ont porté ce sujet, et en particulier à Philippe Fait, Virginie Duby-Muller et Maud Petit pour leur engagement constant sur ce thème.

Il faut bien souligner que le texte devra ensuite passer au Sénat – ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !

Nous poursuivrons notre mobilisation afin qu’aucun parent protecteur ne soit contraint de choisir entre protéger son enfant et risquer des poursuites pénales.


Pour en savoir plus sur le projet de loi adopté par l’assemblée nationale, vos pouvez lire nos articles :


Pour en savoir plus sur le délit de non représentation d’enfant, vous pouvez lire nos articles :

Ordonnance de sûreté de l’enfant

Ordonnance de sûreté de l'enfant

L’ordonnance de sûreté => En matière de violences faites aux enfants, protéger d’abord n’est pas une option : c’est une responsabilité

C’est une victoire attendue depuis 2021. L’Assemblée nationale a adopté la création d’une « ordonnance de sûreté de l’enfant », appelée « ordonnance de protection provisoire de l’enfant ».

Concrètement, lorsqu’un enfant est susceptible d’être victime d’inceste ou de violence, le juge pourra désormais prendre rapidement des mesures de protection, sans attendre l’issue, souvent très longue, de l’enquête pénale :

  • Interdiction de contact avec le parent mis en cause
  • Suspension des droits de visite et d’hébergement
  • Attribution provisoire du logement
  • Autres mesures indispensables à la sécurité de l’enfant

Cette mesure reprend un combat porté depuis 2021 par le Collectif pour l’enfance, qui rassemble près de 50 associations (dont la nôtre) et qui n’a cessé d’alerter sur le temps judiciaire trop long face à l’urgence de protéger un enfant.

Nous saluons le travail de la présidente et des rapporteures de la commission spéciale, Perrine Goulet, Nathalie Colin-Oesterlé et Marianne Maximi, ainsi que de tous les députés qui ont soutenu cette avancée, en particulier Monsieur Philippe Fait, Madame Virginie Duby-Muller et Madame Maud Petit dont les amendements nécessaires, ont amélioré le dispositif.

Cette victoire est importante.

Mais elle devra maintenant être concrétisée.

Le texte poursuit désormais son parcours parlementaire. Il devra passer au Sénat cet automne. Ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive.

Nous resterons vigilants sur les conditions concrètes de mise en œuvre (rôle du procureur, critère de vraisemblance des violences, délais de décision) afin que cette ordonnance protège réellement les enfants, et pas seulement en théorie.


Vous trouverez d’autres ressources législatives sur notre site, par exemple :

Pourquoi ce rapport parlementaire est peut-être le plus important publié sur l’inceste depuis la CIIVISE ?

rapport parlementaire

Le Parlement français vient de reconnaître ce que les familles dénoncent depuis des années !

Le 1er juillet 2026, la Commission d’enquête parlementaire sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales a adopté, à l’unanimité, son rapport final, de 49 recommandations.

Ce rapport parlementaire pourrait profondément transformer la protection des enfants… à condition qu’il ne reste pas lettre morte.

Maud Petit, présidente, Christian Baptiste, rapporteur, et leur équipe, ont conduit pendant six mois les travaux de la commission et ont auditionné magistrats, policiers, gendarmes, médecins, chercheurs, associations (dont la nôtre), parents protecteurs, victimes…

Au total :

  • 132 personnes entendues
  • près de 200 contributions écrites
  • plus de 100 heures d’auditions

Les dysfonctionnements de la justice face à l’inceste ne relèvent pas d’erreurs isolées, mais d’un problème systémique. Ce rapport vise ainsi à documenter ces défaillances et à proposer une réforme d’ensemble de la protection des enfants victimes et des parents protecteurs.

Depuis des années, les associations décrivent les mêmes mécanismes :

  • Des enfants qui ne sont pas protégés malgré leurs révélations
  • Des enquêtes insuffisantes
  • Des expertises contestables
  • Des mères protectrices poursuivies
  • Le maintien du lien avec le parent mis en cause

Pour la première fois, ces constats sont formulés officiellement par une commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale.

Et ces constats sont sévères.

Le rapport parlementaire parle d’une véritable « loterie judiciaire ».

Les victimes entendent encore trop souvent

❌ « C’est parole contre parole. »

❌ « La mère manipule l’enfant. »

❌ « S’il y a eu classement sans suite, c’est qu’il est innocent. »

❌ « Couper le lien parent – enfant serait plus néfaste pour l’enfant.”

❌ « Si l’enfant change de discours, c’est qu’il ment.“

❌ « La mère dénonce des violences inexistantes pour se venger du père.“

❌ « Si l’enfant n’est pas traumatisé, c’est que ce n’est pas grave.“

❌ « Ce ne sont pas des violences, ce n’est qu’un conflit parental.“

La commission rappelle que ces affirmations sont très souvent fausses ou très simplificatrices et qu’elles conduisent hélas à mettre des enfants en danger.

Qui protège les parents protecteurs ?

Certains parents sont poursuivis pour non-représentation d’enfant lorsqu’ils refusent de remettre leur enfant au parent qu’ils estiment dangereux.

La commission considère que cette situation est profondément problématique.

Elle recommande notamment :

  • La dépénalisation de la non-représentation d’enfant
  • Une meilleure protection des parents protecteurs
  • Une réflexion sur la création d’un véritable statut de parent protecteur

Au total, 49 recommandations

Le rapport parlementaire propose notamment :

✓ Une ordonnance de protection de l’enfant

✓ Des enquêtes plus approfondies

✓ Une meilleure formation des magistrats

✓ La généralisation du protocole NICHD

✓ Une réforme des expertises judiciaires

✓ La dépénalisation de la non-représentation d’enfant

✓ Une réflexion sur la création d’un véritable statut de parent protecteur

✓ La création d’une juridiction familiale plus cohérente

✓ Une réflexion sur le contrôle coercitif

Ces propositions dessinent une réforme d’ensemble plutôt qu’une succession de mesures isolées.

Ce rapport parlementaire est une étape, pas une victoire.

Si on peut se réjouir de son existence, il faut savoir qu’une commission d’enquête ne change pas la loi. Ses recommandations devront maintenant être reprises par le Gouvernement et le Parlement.

L’enjeu est donc désormais politique.

Il faut transformer ces constats en réformes concrètes.

Parce qu’aucun rapport, aussi juste soit-il, ne protège un enfant tant qu’il reste sur une étagère.


Nous vous invitons également à découvrir les propositions de la coalition loi intégrale et de la proposition de loi intégrale qui devrait être débattue en automne 206.

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