Archives dans 10 septembre 2026

Témoignage de Élise : Et si l’échec de la protection des victimes ne venait PAS d’un manque de preuves ou de moyens, mais du regard biaisé posé dès le départ sur les faits.

Témoignage de Élise

Les témoignages des victimes s’enchainent sans que Justice soit faite, malgré les preuves, les témoignages d’experts, la parole de ceux qui dénoncent…

On peut légitiment se demander ce qui cloche…

Élise, une maman protectrice, témoigne d’un dysfonctionnement plus profond.

Voici son histoire, retranscrite de manière la plus factuelle possible. Élise ne cherche pas à se justifier ni à prouver. Élise expose les faits et vous laisse juge.

  • Une fillette de deux ans et demi révèle à sa mère que son père lui fait des attouchements sexuels.
  • Depuis plusieurs mois, elle présente de lourds troubles du comportement.
  • Sa mère quitte immédiatement le domicile avec sa fille et porte plainte.
  • Les services de protection de l’enfance et la justice sont saisis.
  • Au fil des années, plusieurs signalements sont réalisés.
  • L’enfant renouvelle ses déclarations.

Question : quelle est votre première hypothèse ?

À ce stade, personne ne connaît encore la vérité.

Pourtant, il existe déjà deux façons de regarder cette histoire.

  • Hypothèse A : Et si cette mère manipulait son enfant ?
  • Hypothèse B : Et si cet enfant disait vrai ?

À partir des mêmes faits, deux enquêtes très différentes peuvent commencer.

Hypothèse A

  • On cherche pourquoi la mère accuse.
  • Les troubles sont expliqués par le conflit parental.
  • Chaque démarche de la mère confirme qu’elle est dans l’emprise du conflit.
  • Les paroles de l’enfant deviennent suspectes parce qu’elles persistent.
  • Les visites reprennent.
  • Les symptômes augmentent.

Hypothèse B

  • On cherche ce qui est arrivé à l’enfant.
  • Les troubles sont étudiés comme d’éventuelles conséquences des violences.
  • Chaque nouvelle démarche montre que la mère ne renonce pas à protéger sa fille.
  • Les paroles de l’enfant gagnent en crédibilité parce qu’elles persistent.
  • Les visites sont suspendues le temps des investigations.
  • L’enfant commence à se reconstruire.

Élise connait bien l’hypothèse A, hélas :

  • 10 ans de procédures.
  • Plusieurs signalements de professionnels.
  • Placement de son enfant.
  • Dégradation psychique de l’enfant.
  • Tentatives de suicide.
  • Contacts toujours imposés avec le père.

Élise aurait rêvé de l’hypothèse B :

  • Enquête approfondie dès la première révélation.
  • Protection immédiate.
  • Soins et reconstruction des enfants.

Des faits de départ identiques. Seule l’hypothèse de départ a fait la différence.

Élise ne souhaite pas témoigner uniquement de ce qui est arrivé à sa fille. Elle dénonce la manière dont une institution peut rendre les violences invisibles en les regardant, dès le départ, comme des violences intra-familiales ou comme une manipulation maternelle.

Les professionnels ne partent jamais de rien.

Ils arrivent avec leurs connaissances, leurs expériences… mais aussi avec leurs représentations. Sans même s’en rendre compte, ils formulent souvent une première hypothèse qui guidera ensuite les questions posées, les éléments retenus, les investigations réalisées… et parfois toute la suite de la procédure.

Ce phénomène est connu en psychologie sous le nom de biais de confirmation.

Les biais ne changent pas seulement l’interprétation des faits, ils changent les faits eux-mêmes, parce qu’ils modifient les décisions prises tout au long du parcours.

Les enfants reparlent.

  • A – Ils répètent un discours appris.
  • B – Leur parole persiste malgré le temps.

Les troubles continuent.

  • A – Ils viennent du conflit parental.
  • B – Ils peuvent traduire un traumatisme.

La mère multiplie les démarches.

  • A – Elle s’acharne.
  • B – Elle veut une protection qui n’arrive pas.

Les biais, les fausses croyances, ne sont pas de mauvaises intentions.

Néanmoins, si les personnes en charge d’enquête sur des violences faites aux enfants sont pétris de certitudes, les conséquences peuvent être immenses.

La question est alors qui choisit-on de protéger ?

Suspendre les contacts peut certes léser un parent innocent, mais les maintenir peut surtout exposer un enfant à des violences…

Dans l’histoire d’Élise et dans celle de tant d’autres, le risque a été porté par les enfants.

Aujourd’hui, dix ans après la première révélation de sa fille, les procédures ne sont toujours pas terminées. L’enfant vit avec sa mère, mais les contacts avec son père continuent de réactiver ses angoisses.

« Je ne témoigne pas pour raconter ma vie.
Je témoigne pour que d’autres enfants n’aient pas à la vivre.
Si on trouve si peu de preuves contre les agresseurs, ce n’est pas seulement parce qu’on ne les accepte pas mais parce que le regard de départ est biaisé. On raconte exactement la même histoire à des gens qui y croient… et d’autres qui n’y croient pas, de base, ça change tout. Ils ne posent pas les mêmes questions. Parce qu’à partir du moment où tu pars du principe que la mère fait ça pour avoir la garde, tout est biaisé.”

Élise

Vous pouvez retrouver tous les témoignages de notre site ici : https://www.protegerlenfant.fr/category/articles-temoignages/