L’enfant a besoin de 2 types de nourriture celle qui provient des aliments et celle qui provient de l’attachement.
Le premier groupe de besoins fondamentaux d’un enfant est logiquement de se nourrir, de s’hydrater et de dormir. Le second, consécutif, est de s’attacher à un adulte de référence. On connait bien le premier pourtant le second est tout aussi fondamental.

Lors d’un entretien, Jeanne Roy nous a expliqué que l’attachement est un méta-besoin à la base du développement.
Il s’apparente à de la survie pour le bébé humain. Dès sa naissance, l’enfant dépend physiquement et psychologiquement de son parent principal (très souvent la mère).
Sans possibilité encore de s’exprimer avec des mots, les pleurs, les cris, les regards ou les sourires sont autant de moyens par lesquels ils cherchent à obtenir une réponse.

Jeanne Roy souligne que ces émotions et comportements sont innés et visent à établir une proximité avec la figure d’attachement. Face à des situations stressantes, l’enfant sollicite naturellement ses parents.
La qualité de cet attachement ainsi que le bon développement psychologique des bébés humains reposent sur une réponse appropriée à leurs réactions et particulièrement à leur détresse.
La manière dont les parents répondent (ou non) aux sollicitations détermine la formation d’un attachement sécurisant (ou non…). Si cette détresse est ignorée, l’enfant risque de subir des traumatismes qui affecteront durablement son développement émotionnel et cognitif.

Les 2 fonctions principales de l’attachement sont :
- L’apaisement : Permettre à l’enfant de se sentir en sécurité et détendu pour grandir sereinement.
- L’exploration : Favoriser la confiance pour être en capacité de s’éloigner et de revenir vers la figure d’attachement, renforçant l’autonomie naturelle.
Les styles d’attachement : du sécurisant au désorganisé
Dans nos sociétés, beaucoup d’adultes ont vécu des expériences négatives durant l’enfance qui marquent encore leur façon d’entrer en relation. Leurs parents les dénigraient ou ignoraient leurs besoins et leurs émotions. Alors, ils ont appris à composer avec et ont développé une insécurité dans d’attachement.

Leurs styles de comportement abimé se déclinent en plusieurs catégories :
- L’attachement évitant
- L’attachement ambivalent/résistant
- L’attachement désorganisé
L’attachement évitant
Les parents dénigrent ou ignorent les émotions de l’enfant.
L’enfant apprend à cacher ses émotions pour éviter le rejet.
Quand l’adulte minimise ou rejette les émotions de l’enfant (colère, tristesse, peur…), il envoie un message : “Tes émotions sont gênantes, exagérées, inacceptables.”
Résultat : l’enfant apprend à ne plus les montrer. Il devient “sage”, “facile”, mais profondément déconnecté de ses ressentis. Ce n’est pas de l’autonomie. C’est un renoncement à la relation.
Impact : L’enfant développe une distance émotionnelle et une difficulté à créer des liens profonds.
L’attachement ambivalent/résistant
- Les parents réagissent de manière imprévisible à la détresse de l’enfant.
- L’enfant multiplie les sollicitations dans l’espoir d’obtenir une réponse.
Face à des parents imprévisibles, anxieux, à l’attitude “on/off”, l’enfant vit dans l’incertitude. Parfois sa détresse est ignorée, parfois elle est prise en compte. C’est aléatoire.
Résultat : il répète ses appels à l’aide encore et encore, variant l’intensité dans l’espoir d’obtenir une bonne réaction.
Il déborde, s’accroche et a peur qu’on l’abandonne à chaque instant.
Impact : Une hyper-dépendance émotionnelle et une peur constante de l’abandon.
L’attachement désorganisé
- Concerne souvent les enfants exposés à la violence ou à des environnements dysfonctionnels.
- L’enfant vit dans une peur constante, développant une vigilance extrême ou des comportements violents
Quand le parent est lui-même violent, dangereux ou imprévisible, l’enfant vit dans une confusion extrême : “Celui qui est censé me protéger me fait peur.” Il entre alors dans un mode de survie, se fige, se rend invisible, devient agressif, incontrôlable. On les voit “difficiles”, mais ils sont surtout en danger.
Impact : Une difficulté à explorer et une vision du monde comme dangereux et imprévisible.
La reconstruction après la violence
Un enfant vivant dans un environnement violent peut ressentir des émotions ambivalentes envers son agresseur : l’aimer et craindre cette personne simultanément. C’est normal.
Pour accompagner cet enfant :

- Reconnaître l’ambivalence de l’enfant : Certains enfants gardent des souvenirs positifs du parent violent, d’autres non. Il est important de partir de ce que l’enfant ressent réellement, sans lui imposer une vision de son histoire. Si l’enfant évoque spontanément des souvenirs heureux avec ce parent, ils peuvent coexister avec les violences subies. S’il n’en existe pas, il ne faut pas chercher à en créer.
- Reconnecter aux sensations : Les enfants se coupent souvent de leurs émotions mais aussi de leurs sensations corporelles. Plutôt que de leur demander de raconter encore et encore les violences, un adulte fiable peut partir d’un souvenir ou d’une image évoquée par l’enfant, puis l’aider à reconnaître ce qui se passe dans son corps : « Où sens-tu cette peur ? », « Que ressens-tu ici ? ». Retrouver ce lien entre le corps, les émotions et les pensées participe à la reconstruction. Surtout que beaucoup d’enfants pensent être responsables des violences qu’ils subissent. L’enjeu n’est pas de les contredire immédiatement mais d’accueillir leur vécu, afin qu’ils puissent progressivement reconstruire une perception plus juste d’eux-mêmes.
Selon Jeanne Roy, le cerveau humain se divise en trois parties principales, qui interagissent dans la régulation des émotions et des comportements :
- Le cerveau reptilien (partie basse) : Responsable des instincts de survie et des réactions corporelles.
- Le cerveau limbique (partie centrale) : Centre des émotions.
- Le cortex cérébral (partie supérieure) : Siège des fonctions cognitives comme la réflexion et la planification.
Lorsqu’un enfant est victime de violence, les parties basse et centrale du cerveau prennent le dessus, limitant sa capacité à réfléchir et à analyser. L’aider à rétablir ce lien entre ses sensations (cerveau reptilien), ses émotions (limbique) et ses pensées (cortex) est la base de la reconstruction.
Le rôle du parent protecteur
Le parent protecteur peut faire face à la colère de l’enfant quand celui-ci ne se sent pas protégé complètement de l’agresseur.
Pour maintenir un lien solide :

- Reconnaître et valider la colère de l’enfant.
- Exprimer ses propres émotions et son engagement continu à chercher des solutions.
- Introduire des figures adultes positives pour renforcer la confiance et le sentiment de sécurité de l’enfant.
Il est essentiel de parler des faits de manière factuelle, sans diffamation, mais en reconnaissant la réalité : les actes violents, leur impact et la douleur qu’ils provoquent.
L’équidignité : l’équilibre dans les relations adulte-enfant
Notre société est marquée par une domination (non reconnue) des adultes sur les enfants. Les enfants sont contraints de s’adapter à des rythmes et des attentes d’adultes, au lieu d’être respectés dans leur individualité et leur rythme propre.
Jeanne Roy propose une posture différente : l’équidignité, un respect mutuel où adultes et enfants sont considérés comme égaux en dignité. Cela implique de :
- Reconnaître le stress des enfants et leur offrir des espaces sécurisés.
- Adapter les interactions en fonction de leurs capacités.
- Lutter contre l’idée d’enfants rois qui masque la problématique des adultes rois.
Pendant que nous dénonçons les « enfants rois », nous parlons très peu des adultes qui utilisent leur pouvoir contre eux. Pourtant, un enfant n’a pas les moyens de dominer un adulte. En revanche, un adulte peut profondément marquer le développement d’un enfant.
L’enjeu n’est donc pas de remettre les enfants « à leur place », mais de rappeler aux adultes leurs responsabilités.

Quand on trouve un enfant « capricieux », “difficile”, “sage”, “colérique”, on plaque des mots inadaptés au lieu de changer le regard qu’on porte sur leurs émotions.
Les comportements des enfants sont des stratégies d’adaptation.
Sauver les agresseurs : une approche délicate
Jeanne Roy n’oublie pas les agresseurs, au comportement souvent profondément dysfonctionnel. Selon elle, les critères pour envisager un travail de réparation doivent inclure des préalables incontournables :

- La capacité à ressentir l’impulsivité de leurs actes.
- La reconnaissance des faits violents.
- Une capacité à admettre leurs torts.
Ce processus est long, rare et souvent limité par le degré d’anesthésie émotionnelle de ces individus.
Couper le contact avec un agresseur peut être nécessaire pour guérir
Maintenir le contact avec l’agresseur est une des premières sources du maintien du traumatisme. Dans l’immense majorité des situations de violence, la mise à distance de l’agresseur est la voie la plus protectrice pour permettre à l’enfant de se reconstruire. On pourra maintenir plus tard un lien symbolique avec les souvenirs positifs liés au parent, s’il en existe.

Le lien n’est PAS une excuse.
Il ne donne pas le droit au pardon automatique.
C’est un chemin personnel, qui appartient à l’enfant.
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