Repérer, prévenir et agir contre les violences sexuelles faites aux enfants

Repérer, prévenir et agir contre les violences sexuelles faites aux enfants

violences sexuelles faites aux enfants

On estime que 160000 enfants sont victimes d’agressions sexuelles chaque année en France (CIIVISE)

  • 8% seulement des jeunes victimes qui ont osé parler sont protégées (IPSOS pour Mémoire Traumatique et Victimologie)
  • 10% des français déclarent avoir été victime d’inceste (IPSOS 2020 pour Face à l’Inceste)
  • Moins de 4% des viols sur mineurs font l’objet d’une plainte (selon Muriel Salmona 1 ). 70% de celles-ci sont classées sans suite (selon le ministère de la justice).

On peut donc en conclure que la prise en charge des enfants victimes de violences sexuelles est gravement défaillante en France !

Les conséquences des violences sexuelles sont désastreuses sur la
santé


Les psycho traumatismes : souffrances physiques, psychiques, comportements addictifs, mise en danger, troubles alimentaires, dépressions, tentatives de suicide…
Les pathologies somatiques : troubles immunitaires, endocrinien, cardio-vasculaires, digestifs, diabète…
La mémoire traumatique : à cause des Flashbacks, les victimes peuvent revivre sans cesse l’agression passée comme si elle était en train de se reproduire, les obligeant à adopter des conduites d’évitement ou dissociantes, mettant parfois leur entourage ou elles-mêmes en
danger, pour éviter ce nouveau trauma !

Pour en savoir plus : État des lieux des mineurs victimes de violences sexuelles

Signes de maltraitances
Dans 30% des cas, les agressions sexuelles ne laissent pas de traces physiques et n’entraînent pas forcément de changement de comportement (l’enfant peut même montrer des capacités de développement accrues, en matière de langage, à l’école, dans les relations sociales).
Cependant si des signes préoccupants apparaissent ou si un enfant se confie à vous au sujet des agressions qu’il subit, il faudra faire une Information Préoccupante (IP) auprès de la CRIP ou un signalement auprès du procureur de la République, pour démarrer la chaine de protection de l’enfant. Dans le doute, on peut également appeler le 119.

Exemples de manifestations somatiques et comportements inadaptés :

Problèmes de santé :

  • Maladies répétées, fatigue, pâleur, maladie auto-immune,
  • Énurésie, encoprésie,
  • Arrêt du développement physique ou intellectuel,
  • Obésité, maigreur,
  • Contractures musculaires entrainant des douleurs (fibromyalgie, névralgie…)

Problèmes comportementaux :

  • Désordres alimentaires (anorexie, boulimie, vomissements répétés)
  • Manque d’hygiène
  • Marques corporelles (traces de coups, brûlures, fractures, scarifications)
  • Violence ou agressivité envers les autres
  • Violence ou agressivité envers eux-mêmes : automutilation.
  • Désocialisation avec ses pairs
  • Mutisme, inhibition, repli sur soi
  • Mauvaise estime de soi
  • Quête affective systématique
  • Fugues répétitives
  • Peurs inexpliquées
  • Prise de risque (fugue, conduites addictives…)
  • Accidents domestiques à répétition
  • Comportement ou langage sexuel inadaptés à son âge
  • Difficultés scolaires :
  • Absentéisme important
  • Désinvestissement
  • Échec
  • Manque de concentration
  • Évitement de certaines situations scolaires ou sportives
  • Interruptions de la pensée, car l’enfant est littéralement « envahi » psychiquement par son agresseur – cela s’appelle l’identification à l’agresseur ou syndrome de Stockholm)

Dans les conclusions intermédiaires de la CIIVISE de mars 2022, il est dit p59 que « Il n’est pas envisageable de prodiguer utilement des soins à un enfant victime encore contraint de rencontrer son agresseur. » Donc pour que l’enfant victime ne soit plus envahi psychiquement par son agresseur, il
faut bien sûr qu’il en soit séparé physiquement ! D’ailleurs, le juge Durand écrit dans le livre « Défendre les enfants » p75 «…il faut interdire d’imposer à l’enfant d’aller voir son parent agresseur »
Une petite victime d’agression sexuelle sera facilement victime de harcèlement scolaire (habitude à être dominé, à se dissocier) ou même pourra être harceleur (identification à l’agresseur).

Pour plus d’informations :
Maltraitance sexuelle infantile
Article de Evelyne Josse, psychologue

La parole de l’enfant

La parole de l’enfant

D’après le juge pour enfants, coprésident de la CIIVISE, Edouard Durand « Les enfants (victimes) sont des gens sérieux, qui vivent leur vie sérieusement (rencontre paris palais de la femme fev22). Croire l’enfant est un principe de précaution (conclusions intermédiaires de la CIIVISE, mars22 p43). » « Les enfants sont une source d’information fiable » (maltraitancesexuelleinfantille.be). Si un enfant ne dit pas toute la vérité, il aura tendance à minimiser les violences qu’il a subies, voire à se taire, pour ne pas dénoncer la figure parentale ou autre, plutôt qu’à les accentuer et les inventer.

Il existe deux protocoles très efficaces pour interroger les enfants :

NICHD (National Institute of Child Health and Human Development) : l’objectif du protocole NICHD est de diminuer la suggestibilité des intervieweurs et d’adapter leurs questions en fonction des capacités des enfants et d’aider ceux-ci à fournir un récit plus riche et plus détaillé tout en étant exact.

CALLIOPE : Ce projet est soutenu et importé du Canada par le comité Alexis Danan de Bretagne. Calliope est un programme d’accompagnement de la parole de l’enfant, victime ou témoin, dans les procédures judiciaires afin de l’outiller pour lui donner confiance, le rassurer et faciliter son témoignage devant la justice.

Les stratégies de l’agresseur :

D’après le juge Durand, Si on veut lutter contre la violence, il faut la penser. Si on veut lutter contre la stratégie des agresseurs, il faut la connaître, l’identifier. (Défendre les enfants p97)

L’agresseur va effectivement utiliser des ressources qui sont maintenant bien connues :

Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) et Aliénation Parentale

On parle d’aliénation parentale lorsqu’un des parents influence l’enfant afin de favoriser chez lui son rejet ou sa désaffection à l’égard de l’autre parent. C’est un phénomène marginal dans les affaires de violences intrafamiliales, mais cela existe (voir les chiffres dans : https://sousleregarddhestia.fr/syndrome-dalienation-parentale-sap/). 

L’invention du Syndrome d’Aliénation Parentale en revanche, pose problème car il est infondé et est utilisé régulièrement, empêchant la protection des enfants maltraités. Il a été inventé par Gardner, un psychologue américain qui soutenait ouvertement la pédocriminalité, dans ce but.

Le SAP a longtemps été enseigné à l’école de la Haute Magistrature par des psychologues disciples de Gardner, d’où sa large diffusion et son influence dans le monde de la justice et du social.

Le SAP n’est reconnu par aucune instance scientifique sérieuse (ni le DSM5 aux Etats-Unis, ni l’OMS, ni aucun état, ni le monde de la recherche internationale) et n’a jamais été édité dans une revue scientifique sérieuse (uniquement à compte d’auteur). Il est souvent utilisé pour décrédibiliser les parents protecteurs d’enfants incestés, au même titre que le syndrome de Münchhausen, le syndrome des faux souvenirs, le complexe d’Œdipe, le référentiel « Outreau », parents souvent injustement accusés d’être manipulateurs, toxiques, menteurs… 

Il semble qu’il y ait une corrélation très fréquente entre accusation de SAP et les révélations d’inceste ou de violences en général, car sinon, dans les affaires portées à la connaissance des associations de protection des enfants, cette accusation serait utilisée beaucoup plus tôt dans les procédures notamment en matière de violences conjugales.

La Projection

Selon la psychothérapeute et psychanalyste Caroline Bréhat, lorsqu’un homme violent accuse son ex-conjointe « d’aliénation parentale », il importe d’investiguer la situation car les personnalités violentes ont souvent développé des mécanismes de défense archaïques tels que l’identification projective appelée projection. La projection est, selon la psychanalyse, un mécanisme de défense inconscient qui permet de rejeter la faute (craintes ou désirs vécus comme interdits) sur l’autre. Les pères violents, adeptes de ces mécanismes de défense, accusent les femmes d’être fusionnelles et aliénantes parce qu’ils ne peuvent reconnaître consciemment que ce sont eux qui ont un comportement fusionnel et aliénant. Selon   l’American Psychological Association : « Les agresseurs intrafamiliaux projettent très habilement la faute sur leurs victimes. »  (source)

L’emprise :

D’après le juge Durand, Ce que cherche l’agresseur (intrafamilial), c’est le pouvoir sur l’autre, c’est créer une emprise. Il ne supporte pas l’autonomie de sa conjointe ou de ses enfants. (Défendre les enfants p71)

La psychiatre Marie-France Hirigoyen parle de l’emprise en ces termes : 

« L’emprise est un phénomène de violences psychologiques qui s’installent dans le temps… Un brouillage s’opère (car) des choses agréables sont dites, suivies par des choses déplaisantes…La personne sous emprise qui reçoit ces dénigrements va les intégrer, se dire « c’est vrai ». Sur le registre cognitif, ces messages contradictoires ont un effet paralysant sur le cerveau. Ce brouillage entraine la perte de l’esprit critique. Les personnes sous emprise ne savent plus à quel moment réagir. Vulnérables, ça les amène à se laisser soumettre. »
(L’Obs 24/11/2017)

Une stratégie courante de l’agresseur intrafamilial :

D’après le juge Durand : (L’agresseur) recherche sa proie. Il l’isole, il crée un climat de tension et de peur. Il inverse la culpabilité. Il impose le silence. Il recherche des alliés. Et finalement il assure son impunité. (Défendre les enfants p98)

Les agresseurs familiaux font généralement preuve d’une grande habileté à impressionner les administrations, ils sont souvent charmants, et difficiles à démasquer (Faller, 1998)

Le parent maltraitant présumé est (considéré comme) le plus stable et la mère comme la cause des troubles plutôt que comme une femme qui réagit à la détresse de ses enfants. Phyllis Chesler (2013)

Le pouvoir de l’agresseur et la possibilité de passage à l’acte criminel sont accentués par la proximité avec l’enfant (Conclusions Intermédiaires de la CIIVISE de mars 2022, p24). Ce qui explique le fort taux d’inceste.

La formation aux violences sexuelles :

Toute personne réalisant des enquêtes, expertises, entretiens ou auditions d’enfants victimes peut se former au protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development) pour aider à la révélation des violences subies. C’est une technique canadienne, expliquée par l’ONPE ou Mireille Cyr, actuellement enseigné dans la police et la gendarmerie pour qu’il soit utilisé dans les salles Mélanie entre autres. D’après la CIIVISE (CCL CIIVISE mars22 p43), cette technique permet d’obtenir des témoignages particulièrement fiables et de grande qualité car elle évacue le faible risque de fausses allégations.

Toute personne désirant mieux connaître les bases de la connaissance en matière de violence sexuelle peut suivre une formation gratuite sur deux jours avec l’association Stop aux Violences Sexuelles (SVS).  Des formations destinées aux professionnels sont également proposées avec cette association.
–> Formations

Toute personne désirant approfondir ses connaissances en matière de violence au sein du couple, l’impact sur les enfants et les violences sexuelles peut se procurer gratuitement les 4 kits de formation proposés par le gouvernement et réalisés par la MIPROF (mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains).
–> Formations

Beaucoup d’associations proposent des formations en lignes :

La prévention auprès des enfants grâce à des supports gratuits :

  • Lumni : l’audiovisuel public au service de l’éducation pour les élèves (les enfants de 3 à 20 ans) mais aussi les enseignants et les éducateurs (Arte, France Médias Monde, France Télévisions, INA, Radio France et TV5 Monde)

L’aide aux victimes de violences : 

  • Flyer de Mémoire traumatique : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/201806-Brochure_victimologie.pdf
  • La CIIVISE : Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Témoignages possibles aux 0 825 802 804 depuis la métropole et 0 800 100 811 depuis l’outre-mer et l’étranger ou par mail temoignages@ciivise.fr ou par courrier à CIIVISE, 14 av Duquesne, 75007 Paris
    Numéro d’aide aux victimes 116006

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