Juge Édouard Durand : violences conjugales et parentalité

Juge Édouard Durand : violences conjugales et parentalité

Juge Edouard Durand violences conjugales et parentalité

Édouard Durand s’intéresse de près aux violences conjugales, aux violences familiales et à la question du droit de l’enfants dans un cadre de violence familiale. Il considère que la protection de l’enfant passe nécessairement au préalable par la protection de la mère.
Edouard Durand défend le fait qu’il n’est pas nécessairement dans l’intérêt de l’enfant de garder un lien avec un parent violent.


Qui est Edouard Durand ?

Edouard Durand Livre Violences conjugales et parentalité, protéger la mère c'est protéger l'enfant

Edouard Durand est Juge des enfants au tribunal judiciaire de Bobigny. Il est membre du Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE). Il est également membre du conseil scientifique de l’Observatoire national de l’enfance en danger.

Edouard Durand est l’auteur du livre  » Violences conjugales et parentalité : protéger la mère c’est protéger l’enfant  » (Éditions l’Harmattan, 2013) que nous vous conseillons fortement de lire, ce livre permet de mieux cerner les mécanismes qui sous tendent les violences conjugales, les maltraitances sur l’enfant, et la nécessaire évolution de la justice sur ces sujets.


Nous vous invitons à écouter Edouard Durand présenter son livre « Violences conjugales et parentalité » aux Editions L’Harmattan.

Que dit Edouard Durand ?

Les violences conjugales ont de graves conséquences sur le développement des enfants. Selon Edouard Durand, il n’y a pas de protection possible de l’enfant sans protection de la mère ; donc la protection de la mère victime des violences conjugales est le point de départ de la protection de l’enfant.
En fait il considère qu’il revient à la société de protéger la mère ; et ensuite seulement la mère peut protéger son enfant.

D’après Edouard Durand, le parent agresseur, le violent conjugal, présente plusieurs caractéristiques :

  • il est intolérant à la frustration ;
  • il n’a aucune empathie ;
  • il ne distingue pas l’intérêt et les besoins de son enfant de ses besoins et intérêts à lui, il fusionne les deux ;
  • il cherche à garder le contrôle sur l’autre, son conjoint et son enfant, en créant un phénomène d’emprise ;
  • il est imprévisible, il alterne des moments où il peut être très gentil avec des moments de colère et de violence.

Un parent imprévisible peut encourager ou féliciter et puis ensuite humilier, il peut désorganiser des plans au dernier moment, ce qui amène un sentiment de grande insécurité mentale pour l’enfant.

Violences conjugales

Edouard Durand défend le fait qu’il n’est pas nécessairement dans l’intérêt de l’enfant de garder un lien avec un parent violent conjugal, un parent toxique, un parent maltraitant.

« On a tendance à séparer ce qu’il se passe dans le conjugal et dans le parental. Comme si la violence dans le couple n’avait pas d’incidence sur la famille, ce qui est irréaliste. On met l’enfant en danger puisqu’on le confronte à un sujet violent et on permet ainsi à cet homme de maintenir l’emprise sur sa famille. On sait très bien que lorsqu’il est seul avec l’enfant, il va utiliser sa relation pour nuire à la mère, la décrédibiliser, avoir des informations sur elle et faire peur. Mais nous ne voulons pas voir ça. »

Interview Le Monde du 23 novembre 2019
Enfant témoin de violences conjugales

Or malheureusement, selon Edouard Durand, l’enfant n’est pas un témoin passif des violences conjugales, il faut le considérer comme une victime à part entière : 40% à 60% des enfants victimes de violences conjugales sont directement victimes de violences exercées contre eux de la part du parent agresseur. Donc si on maintient des droits de visite et d’hébergement avec le parent violent, on permet au parent agresseur de maintenir l’emprise et la violence sur la famille après la séparation.

Lorsque la justice ou les travailleurs sociaux demandent aux parents de s’entendre pour l’intérêt de leur enfant, et de ce fait de négocier ensemble, de dialoguer ensemble, et que l’on demande au parent protecteur de représenter l’enfant au parent agresseur, on demande l’impossible; et on n’est plus dans la protection de l’enfant. Vous pouvez lire à ce sujet notre article « Pourquoi réformer le délit de non représentation d’enfant ? ».

La justice devrait toujours garder à l’esprit qu’on est en présence d’un agresseur, certes il est le parent de l’enfant mais il est aussi un agresseur, et cet agresseur fonctionne dans un registre de pouvoir et de violence, y compris envers l’enfant.

Enfin Edouard Durand explique que 80% des femmes victimes de violence conjugale sont des mères ; protéger les mères victimes de violences conjugales c’est protéger la société. Ainsi les violences conjugales représentent en fait massivement les violences de l’homme sur la femme ; Edouard Durand s’interroge sur la domination masculine en liaison avec les travaux de Françoise Héritier.

Si l’on revient un peu en arrière dans l’histoire du droit de la famille, on s’aperçoit qu’il a été gouverné selon le principe de la puissance maritale et paternelle ; ça n’est qu’en 1938 que la puissance maritale a été abolie. Et puis en 1970 , donc il n’y a pas si longtemps, la puissance paternelle a été abolie pour faire place à un régime d’autorité parentale.

Violence familiale, violence domestique, violence intra-familiale, violences faites aux femmes, violences faites aux enfants

Il faut absolument faire une distinction entre l’autorité et le pouvoir ; contrairement au pouvoir, l’autorité exclut tout usage de la violence, tout moyen de coercition. La violence dans un couple sont des rapports de domination, le conjoint violent, souvent l’homme, cherche à établir un rapport de force sur sa femme et sur son enfant.

A partir du moment où l’on réalise cela, on comprend pourquoi la justice ne peut pas demander au parent non-violent, protecteur vis-à-vis de son enfant, de s’entendre avec le parent violent. Ce dernier tentera toujours d’exercer ce rapport de force, il utilise d’ailleurs la justice, qu’il instrumentalise, pour maintenir ce rapport de force, même longtemps après la séparation.

« Le principe de coparentalité est très bien lorsque les parents sont capables de se respecter. Mais il faut pouvoir penser des exceptions à ce principe : lorsqu’on a un agresseur qui est dans l’emprise et dans le pouvoir, il ne peut pas y avoir de coparentalité.
Cela ne sert à rien de mettre en place des mesures de protection de l’enfance et un suivi pédopsychiatrique si la protection de l’enfant n’est pas assurée sur le plan de la parentalité, c’est à dire si on laisse le violent conjugal maintenir sur la mère et l’enfant l’emprise par l’exercice de l’autorité parentale.»

Interview le Nouvel Observateur du 26 janvier 2018

Une avancée récente grâce à un arrêt de la Cour d’Appel du 21 septembre 2020

Cour d'appel

Dans cette affaire le père a été condamné à huit ans de réclusion criminelle et cinq ans de suivi socio-judiciaire, en décembre 2019, pour avoir essayé de tuer la mère, sous les yeux de leur fille. De ce fait la mère avait demandé la déchéance des droits parentaux du père, mais la justice le lui a refusé en expliquant qu’il n’était pas dans l’intérêt de l’enfant de rompre le lien avec le père.

Cette mère a fait appel et le 21 septembre 2020 la Cour d’appel de Versailles lui a donné raison et a déchu le père de ses droits parentaux. Les magistrats ont ainsi reconnu qu’un homme qui a essayé de tuer sa compagne sous les yeux de leur fille n’était pas un bon père.

Il faut savoir que malheureusement l’autorité parentale permet souvent aux hommes violents, après la séparation, de continuer à garder une emprise sur leur ex compagne, de les dénigrer, de les persécuter, et l’enfant est instrumentalisé par le parent violent pour essayer d’atteindre et de faire du mal à la mère.

Cet arrêt de la Cour d’Appel de Versailles est donc une bonne nouvelle ! Espérons maintenant qu’il fasse jurisprudence.

Pour connaitre tous les détails de cette affaire nous vous conseillons la lecture de l’article de Vanessa Boy-Landry dans Paris Match le 25 septembre 2020.

Enfin pour aller plus loin et mieux connaitre les idée du juge Edouard Durand nous vous conseillons d’écouter cette interview d’Edouard Durand sur RMC le 16 juin 2020 et de lire cet article dans la Croix du 17 septembre 2020.

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Céline

12 commentaires

Raimbault Publié le6h50 - 25 janvier 2021

J’espère que cette petite lumière que je vois tout au fond du tunnel, va m’amener à pouvoir sauver ma fille et mes deux petits fils.
Heureuse de voir qu’il y a encore des gens qui luttent pour sauver les enfants.

    Céline Publié le7h56 - 25 janvier 2021

    Tout notre soutien à vous et votre fille. Espérons que le juge Edouard Durand, nommé ce dimanche à la présidence de la commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, puisse faire bouger les choses, et mieux protéger les enfants. Maintenant il nous faut attendre les actions concrètes. En tout cas les bonnes personnes sont en place alors espérons.

      Conti Publié le9h43 - 25 janvier 2021

      Comme cet article me fait du bien ! Si seulement il pouvait porter ces fruits ! Je suis maman de deux jeunes filles et, si aujourd’hui je suis en sécurité, mes filles continuent d’être exposées et de vivre l’insoutenable un week-end sur deux, malgré mes alertes. L’une d’elle m’a suppliée un jour de ne pas la mettre dans le train pour retrouver son père, elle pleurait sur le quai, je me suis vue l’obliger à monter, je n’oublierai jamais son regard meurtri à cet instant ! Mon cœur de maman s’est broyé d’ un coup, je me suis effondrée une fois le train parti, avec le sentiment de l’envoyer dans la gueule du loup !
      Alors, quand j’entends que dans certains départements la justice impose désormais depuis quelques années une médiation entre les parents avant toute procédure, je ne comprends pas ! Encore une incohérence du système ! Car, bien évidemment, il n’y a aucune raison que deux parents se mettent subitement à s’entendre et à trouver un accord amiable dans ce type de contexte ! Ce n’est qu’un moyen de rallonger les délais juridiques et ça profite une fois de plus au parent toxique !

        Céline Publié le9h57 - 25 janvier 2021

        Exactement dans ces cas là c’est tout à fait inadapté, on demande à la victime de s’entendre avec son agresseur plutôt que de faire en sorte de protéger les victimes (la mère et l’enfant). Cela souligne le manque de formation de la justice, magistrats, psy, etc. au contrôle coercitif et aux violences post séparation. Il faut comprendre les mécanismes afin de les combattre. La Catalogne a fait inscrire la semaine dernière dans sa loi l’aliénation parentale comme étant une violence institutionnelle. C’est le site du réseau international des mères en lutte qui l’a relevé sur Twitter. Je vous conseille d’ailleurs de regarder leur site, ces chercheurs décrivent le contrôle coercitif : https://reseauiml.wordpress.com/ . La France est très en retard. Bon courage pour vous et vos filles, ce que vous décrivez est poignant.

Ruyter katia Publié le12h30 - 25 janvier 2021

Bonjour,
J’aimerais faire un témoignage.

    Céline Publié le12h35 - 25 janvier 2021

    Bonjour, Oui bien sûr, c’est tout à fait possible, je vous invite à nous contacter par courriel à contact@protegerlenfant.fr

Nathalie Publié le16h08 - 25 janvier 2021

Il y a 15 ans cela n’était pas audible et les services sociaux et la justice ont tout fait pour maintenir mes enfants en lien avec leur père. Je n y étais pas opposée mais il m’était insupportable d’être dénigrée à leurs yeux alors que je m’imposais de ne pas porter de jugement de valeur sur leur père et de ne faire ressortir que ses qualités. Aujourd’hui qu’ils sont adultes, ils sont en capacité de me dire que chez leur père ils ont assisté à de la violence verbale et physique contre sa compagne de l’époque et contre eux-même. Il ne risque plus rien, il est décédé depuis. Moi, je ne me suis jamais tout à fait remise des violencees que j avais vécu avec lui (notamment quand j etais enceinte) et des années où il a fallu que je me batte pour me faire entendre et respecter par la justice.

Catia Castro Publié le20h25 - 25 janvier 2021

Merci de publier et vulgariser simplement la problématique. J’ai essayé de commander votre livre tant en format papier à travers le libraire et en format PDF, j’ai voulu acquitter les frais, puis j’ai été remboursé, car ma requête n’a pu être traitée avec succès. Votre travail pourrait grandement aider et sauver des vies ici au Québec (Canada). Merci de m’informer comment je peux commander votre ouvrage sans obstacle. Bien à vous,

Cassandra Luiciana Publié le6h22 - 26 janvier 2021

Bonjour à tous,

S’il y a bien des mains qui se posent sur nos corps, ce sont nos esprits qui se meurent à tout jamais.. Un jour où l’autre ce vécu vous rattrape et ce silence que vous écrasiez devient de plus en plus lourd que vous n’entendez plus que lui… L’ayant vécu durant des années… Je ne dirais qu’une seule chose’ Mon père m’a tout pris’ C’est comme s’il m’avait tué à la seule différence c’est que je respire encore…Des séquelles à tout jamais, une vie notre vie en parenthèse car ce silence deviendra une voix au fond de vous..Ne restez pas dans vos silences ! Parler, parler et crier le… Cassandra Luiciana auteur du livre ‘Mon père m’a tout pris’ .

    Celine_Administratrice Publié le7h58 - 26 janvier 2021

    Je vous remercie pour votre témoignage, poignant et courageux, et bravo pour votre livre ; oui il faut parler, parler et parler, tout à fait d’accord. Je rajouterai qu’une fois que l’on a parlé, encore faut-il être écouté, il faut d’une part un parent protecteur (ou un proche protecteur) lanceur d’alerte, et il faut d’autre part que celui-ci soit écouté. Notre société reste encore souvent figée dans le déni, lié peut-être à la sidération ; dans ces cas là la justice et les institutions ne fonctionnent pas correctement. On le voit pour le délit de non représentation d’enfant, lorsqu’un parent tente de protéger son enfant contre le parent agresseur il n’est pas cru par la justice, parce que ces agressions se déroulent à huis clos, il n’y a pas de preuve, si ce n’est la parole des uns et des autres, et la parole des enfants ne compte pas encore assez dans le système judiciaire, il faut former les acteurs à écouter les enfants, à écouter leur détresse. Espérons que le phénomène actuel #MeTooInceste permette une avancée, des acteurs de la justice mieux formés, qui auraient plus de moyens avec plus de temps, afin que les enfants soient réellement entendus. Le podcast « ou peut-être une nuit » de Louie Media est intéressant à cet égard, notamment l’épisode 5 « Les poupées russes du silence » : https://louiemedia.com/injustices-2/ou-peut-etre-une-nuit

Juliette Publié le15h37 - 9 février 2021

Je suis complétement en accord avec ce que vous dites! Je vis un peu la même situation … malgré une plainte déposée pour violence conjugale qui n’a pas aboutie « faute de preuves » ( pourtant j’ai fourni des vidéos et des extraits de message reçu montrant la folie de mon ex mari et témoignage de ma fille sur ce qu’elle a pu voir)… lui souhaitait une garde alternée uniquement parce qu ‘il refusait de me verser 1 cts … je ne remercie pas la JAF de ne pas m’avoir entendue car j’ai sonné l ‘alerte à se moment là, terrifiée par la présence de cet être dérangé dans la même pièce que moi et malgré ça mes filles sont en garde alternée… en attendant ma fille me supplie dans son lit à la veille de retourner chez son « père » de rester auprès d’elle et de toujours la protéger … et des événements comme celui ci j’en ai des livres à relater… 8 ans sur sa tête et elle me demande de la protéger … mais comment tenir son engagement quand les mères ne sont plus entendues ? la justice préfère ne pas bouger tant qu’il n’y a pas de preuves irréfutables…. donc des drames ?! Faut il vraiment attendre cela ? faut il vraiment imposer aux mamans de telles souffrances quand elles savent que les enfants ne sont pas heureux et en difficulté loin d’elles ? car je ne sais pas si pour une maman il y a pire souffrance que de voir son enfant mal et de ne rien pouvoir faire à part attendre … que les choses s’aggravent… Je pense aussi, point important, qu’il faut réellement cesser de dire aux mamans d’aller consulter un psy et que ca les aidera. Comment voulez vous qu’une maman aille mieux quand elle sait au plus profond d’elle même que ses enfants encourent un danger en étant auprès d’une personne potentiellement violente ?!
Pour mon cas, actuellement, une enquête sociale est en cours et j’ai dû déposer une plainte suite à de mauvais traitements, au mieux… car je n’ose imaginer que ça ait pu aller plus loin… mais je dois quand même attendre que l’enquête « avance » et laisser mes filles partir la bas ne sachant pas ce qu’elles endurent… c’est à devenir folle. J’ai été dans le déni durant 15 longues années, manipulée par un pur et dur pervers narcissique. Le réveil a été dur, la peur de partir aussi… je n’avais de cesse de dire qu’il était trop fort pour retourner la tête des gens et ma plus grande peur c’était qu’il obtienne la garde alternée car je savais qu’il réussirait à l’ obtenir … et le pire c’est que j’avais vu juste.Je dois laisser mes enfants en sa néfaste présence durant 7 jours… durant lesquels il en va de ses commentaires dégradants à mon égard, pression psychologique sur l’ainée (« dis moi tout ce que tu as à me dire sur ce que tu as fait chez ta mère car je connais la vérité , papy qui est au ciel me répète tout »…) etc…
Pour finir… Les mots du médecin légiste que j’avais rencontré résonnent encore en moi « il faut fuir et maintenant Madame, n’attendez plus, vous êtes plus en zone rouge mais dans le bordeaux et la prochaine phase c’est le noir et je ne suis pas certain de pouvoir parler avec vous la prochaine fois qu’on se verra »…. Partir ce fut relativement facile au final… Mais… Aujourd’hui , je suis complétement épuisée et ma vie est rythmée par l’angoisse de ce qu’elles peuvent vivre quand elles ne sont pas avec moi et la tristesse des jours qui passent trop vites quand elles sont prés de moi et l’horrible idée qu’elles doivent y retourner… j’ai récemment changer d’avocat pour essayer de faire mieux entendre ma voix… mais qui va pouvoir réellement m’aider et entendre l’alerte que je sonne depuis plus d’un an maintenant … 🙁

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