Lise, victime de violences conjugales, témoigne de sa difficulté à obtenir justice face à l’influence de son mari

témoignage de victime de violences conjugales

Voici un nouveau témoignage d’une victime de violences conjugales qui peine à être entendue. Pourtant, à Limoges, Lise (tous les prénoms ont été changés) a bénéficié d’une ordonnance de protection. Mais quelques années plus tard, ses enfants ont été confiés à leur père, malgré sa condamnation pour violences conjugales, et alors que leur fils venait de dénoncer des maltraitances paternelles ! Le travail à la préfecture du papa n’y est sans doute pour rien…

L’histoire de Lise : témoignage d’une victime de violences conjugales

Lise connait Paulo depuis longtemps, ils ont des proches en commun. Ils se croisent à nouveau à Paris pour la fête d’anniversaire de ses 31 ans (à elle). Il a 11 ans de plus, apparaît cultivé et attentionné. Ils entament une relation à distance et partagent de très beaux week-ends tantôt à Paris, chez lui, tantôt à Lyon, où elle est en poste. Tout semble idyllique et elle se sent en confiance. Ils ont rapidement le projet de s’installer ensemble et de fonder une famille. Ils ont 33 et 44 ans quand ils se marient en 2009. Leur fils William naît en 2010.


Hélas, le comportement de Paulo a commencé à changer avant la naissance de l’enfant. Il s’énerve pour un rien et devient blessant et agressif à l’égard de Lise. Le jour de la naissance de William, il s’agace que l’accouchement prenne autant de temps et explique à Lise, sidérée et choquée, qu’il aurait mieux à faire ! Lise met cela sur le compte des changements liés à l’arrivée de leur enfant, et de son côté vieux garçon.
Paulo ne supporte pas les pleurs de leur fils, il l’arrache brutalement des bras de sa mère pour le « calmer », et accuse Lise de ne pas « savoir y faire, d’être une mauvaise mère ».


Les dénigrements deviennent systématiques. Devant leurs amis et la famille, Paulo change les couches (ce qu’il ne fait jamais le reste du temps), et se présente comme un père attentif et un mari prévenant. Il est très convaincant quand il leur parle longuement des rendez-vous chez le pédiatre, auxquels pourtant il ne vient jamais !
A la maison, il se comporte en tyran.


Quand il va trop loin, il s’excuse, met cela sur le compte de sa fatigue, des transports, du travail…Il laisse passer quelques jours puis relance la roue de la violence verbale et psychologique. D’un commun accord, Lise et Paulo décident de déménager pour aller en province, avoir plus d’espace et un cadre de vie plus agréable. Lise espère que cela va permettre à Paulo de s’apaiser. Elle obtient sa mutation. Paulo ne la rejoindra qu’un an plus tard. Lorsqu’il vient voir sa femme et leur fils le week-end, il s’alcoolise et « fait ses crises ».


Un samedi de janvier 2013, il agresse physiquement Lise en la serrant au cou et menace de la tuer. Cela se passe devant William, qui a 2 ans et demi et qui crie. Le père lâche prise. Lise a eu très peur. William ne cesse de refaire le geste, en disant « papa colère ».


Lise va se réfugier dans sa famille avec son fils. Avant de partir, elle porte plainte au commissariat de Limoges, où elle est reçue plus que fraichement par la police : on lui explique que Paulo « est de la maison » : il est un ancien du secrétariat général d’administration de la police et travaille désormais au Cabinet du Préfet. « C’est embêtant, il ne vous a même pas frappée » lui explique le policier qui enregistre la plainte (certes… il a « juste » tenté d’étrangler Lise et l’a menacée de mort devant leur fils sic !). On n’envoie pas Lise à l’hôpital, où elle aurait pu faire établir un certificat médical pour les traces qu’elle porte au cou. Et elle est tellement choquée qu’elle n’y pense pas ! La brigadière chargée de l’enquête est embarrassée, elle conseille à Lise de retirer sa plainte : arguant que cette plainte va « gâcher la carrière de son mari » et briser une famille, « leur fils a besoin de son père »…

Paulo s’engage à aller voir un psychologue. Devant cette promesse, Lise retire sa plainte et retourne vivre avec son mari. Il s’apaise quelques temps, elle a l’impression d’avoir retrouvé l’homme dont elle était tombée amoureuse, et elle accepte le projet d’un second enfant. Il est difficile d’imaginer qu’on puisse s’être tant trompée sur l’homme qui partage votre vie et qui est le père de votre enfant. La puissance du déni sans doute…
Gisèle naît au printemps 2014. Contrairement à ses promesses, Paulo n’a pas rencontré de psychologue pour travailler sur ses violences. Désormais, quand il rentre du travail le soir, il s’enferme à l’entresol de la maison avec ses bouteilles d’alcool.


Lorsqu’il en remonte, il lance les objets qui lui tombent sous la main et met la maison à sac. Lise doit tout ranger, s’occuper des enfants bien sûr, et les protéger du mieux qu’elle peut de l’impulsivité de leur père et de ses violences qui sont en train de devenir leur quotidien. Elle n’en fait jamais assez aux yeux de Paulo, qui lui cite sans cesse en exemple sa mère « qui, elle, ne s’asseyait jamais ». Lise ne l’a pas connue : lorsqu’elle a commencé à sortir avec Paulo, il venait juste de déménager du domicile de sa mère, morte quelques temps plus tôt.

Un soir d’octobre 2014, alors qu’elle s’est réfugiée sur son balcon avec les enfants pour échapper à une nouvelle crise de violence de Paulo, Lise prend la décision d’alerter ses voisins, qui contactent la police. Elle croise Paulo en partant, il la bouscule alors qu’elle a leur bébé dans les bras, il l’insulte et lui crache au visage, ainsi qu’à leur fils de 4 ans.
Plus tard, lors des procédures judiciaires pour les droits de garde des enfants, les magistrats expliqueront à Lise que les violences « étaient de l’ordre du conjugal » et n’avaient rien à voir avec les enfants, et qu’il n’y a aucune raison de croire que Paulo ne peut pas être un bon père…

Une police complaisante

Le 17 octobre 2014, quand les policiers arrivent, Paulo leur explique qu’il travaille avec le Préfet. Malgré l’état de la maison, l’ébriété de Paulo, le
témoignage des voisins et celui apeuré du petit garçon les policiers disent qu’ils n’ont pas assez de preuves.
Néanmoins, ils contactent un médecin pour calmer Paulo, qu’ils ne souhaitent pas emmener en cellule de dégrisement au regard de ses fonctions ! Et les policiers conseillent à Lise de partir quelques jours avec ses enfants, « le temps que les choses s’apaisent ».


Lise fait rapidement les valises des enfants, et part chez ses parents, à Angoulême. William, qui a 4 ans, et qui n’a pas pu prendre avec lui les jouets que son père a cassés dans sa « crise », dit à sa maman : « Je suis bien triste de quitter ma maison comme ça ».
A Angoulême, Lise dépose une main courante afin de ne pas être accusée d’abandon de domicile. Cette fois-ci des policiers bien formés la prennent en charge, au sein d’une Brigade de la famille, qui travaille en lien avec le centre hospitalier.


On la convainc de rassembler des preuves et de porter plainte. Lise rassemble des enregistrements audio dans lesquels le père de ses enfant la menace de mort et menace également de la priver de leurs enfants. Il y a également les mails d’insulte, que Paulo lui a envoyés de son adresse de messagerie portant la mention du Cabinet du Préfet avec les symboles républicains. L’ancienne compagne de Paulo accepte aussi de témoigner de sa double personnalité et de ses crises de violence, dont elle a elle aussi été victime (c’était avant qu’il sorte avec Lise). Elle atteste qu’il peut devenir dangereux très brusquement, comme lorsqu’il lui a mis une fourche sous la gorge. Elle conclut qu’elle « craint pour la sécurité des enfants s’ils sont laissés seuls avec lui ». Toutes ces preuves sont analysées et authentifiées.

Lise prend conscience qu’elle s’inscrit bien dans la réalité des femmes victimes de violences conjugales. Suite à sa plainte, elle est envoyée au centre hospitalier, qui établit un certificat médical avec un ITT de 10 jours. Parallèlement Lise s’assure que William soit pris en charge par un pédopsychiatre, qui diagnostique un stress post-traumatique. Il écrit le 27 novembre 2014 que William est « très envahi par les souvenirs traumatiques et la violence ». Quelques années après, les magistrats prendront le parti de considérer que c’est Lise qui projette ses propres souvenirs traumatiques des violences sur son fils, ce qui la rendrait « toxique » et « aliénante » pour ses enfants, selon l’approche que le père réussit à imposer dans les procédures liées à la garde.

Au début pourtant, Lise et ses enfants sont protégés par la justice. L’association SOS violence conjugales la soutient dans ses démarches, lui conseille de prendre un avocat et de demander une ordonnance de protection. C’est une mesure d’urgence, mais Lise – et ses enfants – devront attendre 2 mois cette ordonnance : à Limoges son dossier de plainte et l’intégralité des pièces ont disparu ! Le brigadier chargé de l’enquête doit renvoyer le dossier au Parquet. Pendant ce temps, Paulo met la pression sur Lise, alterne les courriels d’excuses et ceux d’intimidation, lui fait du chantage à la garde des enfants. Il téléphone à son travail et menace l’une de ses collègues, qui ne veut pas lui dire où est Lise. Il menace cette collègue, affirmant « qu’il a le bras long et qu’il peut ruiner sa carrière ». La supérieure hiérarchique de Lise atteste de ces pressions.


L’ordonnance de protection est délivrée le 6 janvier 2015, il y est inscrit que William a été témoin des violences. Lors de l’audience, la magistrate se permet cependant de reprocher à Lise d’avoir déscolarisé William (qui a 4 ans), pendant la période où elle s’est réfugiée chez ses parents dans l’attente de l’ordonnance ! En l’absence d’ordonnance de protection, si Lise avait continué à emmener William à l’école, le père pouvait savoir où ils vivaient, aller chercher l’enfant et l’utiliser comme outil de pression ! Tout au long des procédures qui vont suivre, Lise va se rendre compte que les magistrats auxquels elle a affaire ont bien du mal à comprendre les réalités concrètes que vivent les victimes de violences et leurs enfants après la séparation.

Suite à l’ordonnance de protection, Paulo n’a le droit de voir les enfants qu’en lieu neutre, sans autorisation de les sortir.
Le Procureur porte la plainte au pénal. Paulo est condamné à 3 mois de prison avec sursis le 20 août 2015, mais obtient une exclusion de la mention de sa condamnation sur son casier judiciaire, « en raison de ses fonctions » (selon que vous soyez puissant ou misérable…).
Afin de ne pas être suspectée de faire cela pour obtenir de l’argent, Lise n’a demandé, et obtenu, qu’un euro symbolique de dommages et intérêts pour les violences subies.


Pendant 3 ans, Paulo voit les enfants un samedi sur deux pendant 2h. Il n’entreprend aucun travail sur ses violences et continue à en être dans le déni, envoyant à Lise des courriels dans lesquels il continue à lui reprocher « son abandon du domicile conjugal sous des prétextes fallacieux » !
Lise demande le divorce. Pour statuer sur les droits de garde, le Juge aux affaires familiales (JAF) ordonne un bilan psycho-social. C’est à partir de là que la situation va connaître un total revirement, au détriment de Lise, de ses enfants, et de leur protection.

Double peine des victimes de violences conjugales

Le psychologue chargé du bilan psycho-social ne connaît manifestement rien aux violences conjugales et explique à Lise que les violences psychologiques ne sont pas graves, et qu’elle n’a « même pas été battue » (juste insultée, étranglée et menacée de mort devant son enfant de 4 ans !). Il lui dit même que « cela n’était pas si grave puisque vous avez eu un deuxième enfant avec cet homme », sans prendre en compte le fait que dans les violences domestiques les cycles de violence alternent avec des périodes dites « de lune de miel ». Durant ces périodes, l’auteur des violences promet de changer et se montre particulièrement charmant, c’est précisément cette alternance qui permet de déstabiliser psychologiquement leur conjointe voire de la culpabiliser (« il fait des efforts pour changer, je dois l’aider ») et de renforcer leur emprise, surtout quand elle est épuisée, en manque de sommeil, et de plus en plus isolée de sa famille et de ses amis.

D’ailleurs Paulo ne supporte pas la famille de Lise, ne supporte pas qu’elle aille voir ses parents avec les enfants. Il dit régulièrement à Lise qu’elle a « une famille de cons », qu’elle ne « peut rien faire sans ses parents » et menace de « faire la peau » à ces derniers, comme en atteste un enregistrement d’une des crises de violence de Paulo. A l’appui de ces éléments, Paulo a eu interdiction d’approcher de ses beaux-parents dans le cadre de l’ordonnance de protection du 6 janvier 2015.

Pour en revenir au psychologue chargé du bilan pour les droits de garde, il décrète dans son rapport que le père ne présente aucune dangerosité avec les enfants – alors qu’il n’a même pas vu Paulo en présence de ses enfants dans le cadre de ce bilan… Il ne tient compte ni du témoignage de l’ex-compagne de Paulo, qui avait attesté de sa personnalité violente et inquiétante, ni de la condamnation pénale qu’il considère comme « des problèmes de couple » n’ayant rien à voir avec les droits de garde. Pire, en mentionnant les événements liés aux violences conjugales et à la personnalité de Paulo, Lise est accusée de « tenir un discours à charge contre le père » (ce sont là les termes du bilan psycho-social).

C’est un tournant : Lise et ses enfants vont faire les frais de la théorie de la « mère aliénante », qui permet une totale inversion des rôles. Paulo va désormais se présenter comme la victime, victime d’une ex-conjointe et de beaux-parents qui « dénigreraient son image et sa place de père auprès de leurs enfants », et il va réussir à imposer cette version auprès des professionnels judiciaires de Limoges.

Lise est effarée par la violence sexiste qui est à l’œuvre dans ce bilan. Pour les protéger, ses enfants et elle, Lise a quitté le domicile conjugal, porté plainte, demandé et obtenu une ordonnance de protection, rassemblé des preuves des violences subies, affronté un procès pénal. Elle n’imaginait pas que ce n’était là que le début du combat, et que le plus dur l’attendait !

En 2017, à l’appui du rapport du psychologue, le père saisit le Juge des enfants en dénonçant une entreprise d’aliénation de ses enfants par leur mère et leurs grands-parents maternels. Le Juge des enfants ne souhaite pas prendre en compte les éléments liés à la condamnation du père pour violences conjugales, ni le fait qu’il avait menacés de mort Lise et ses parents, et qu’il lui avait fait interdiction de les approcher dans le cadre de l’ordonnance de protection du 6 janvier 2015.

Deux après cette ordonnance de protection et la condamnation pénale du père de ses enfants, Lise va découvrir que les magistrats considèrent que «les violences domestiques, c’est de l’histoire ancienne », « des problèmes de couple, qui n’ont rien à voir avec les enfants ». C’est à elle qu’on reproche de ne pas évoluer dans l’image qu’elle a du père de ses enfants. Lui peut impunément lui écrire, de son adresse de messagerie du Préfet, pour lui reprocher « son abandon du domicile conjugal sous des prétextes fallacieux » ! C’est pourtant la preuve qu’il n’a pas accepté sa condamnation pénale ni travaillé sur ses violences, mais les magistrats ne semblent pas vouloir s’intéresser à ces aspects.


Lise découvre que face au discours du père de ses enfants, sa parole pèse bien peu. Pire même, le fait d’avoir été victime de violences domestiques joue contre elle et contre la protection de ses enfants, puisqu’on va la suspecter d’être trop « imprégnée de ses souvenirs des violences » et « dans un combat contre le père », quand elle va dénoncer les maltraitances dont est victime William, leur fils de 8 ans. La théorie de la mère aliénante va également permettre de disqualifier la parole de l’enfant. Implacable. Pourtant un certificat médical hospitalier atteste des lésions que présente William le 30 octobre 2018, au retour d’un droit de visite des enfants chez leur père : « 9cm x 5cm sur la joue gauche, 3cm x 4 cm au creux susclaviculaire gauche, 4x 1cm au susmamaire droit, 1cm x 0,5 au scapulaire droit et à l’auxiliaire gauche, ainsi que des lésions devant et à l’arrière du cou ».

William et Gisèle ont passé la journée avec leur père. Lorsqu’il les ramène, William a un nouveau T-shirt, il ne parle pas et part directement s’enfermer dans sa chambre. Cela ne lui ressemble pas. Lise est perplexe. Au moment où elle lui demande d’aller se doucher, William s’effondre dans ses bras et lui montre les blessures qu’il a au cou, à la joue et au torse.
L’enfant lui explique que son père a bu des verres d’alcool le midi, qu’après il s’est énervé, l’a poursuivi, empoigné par le T-shirt – qui s’est déchiré, – l’a serré au col, soulevé du sol, fait retomber et giflé. Et tout cela devant la petite sœur, Gisèle (qui a 4 ans). Le père est ensuite aller acheter un nouveau T-shirt à William.


Les blessures que présente son enfant correspondent aux violences qu’il décrit. Lise l’emmène immédiatement aux urgences pédiatriques de l’Hôpital mère-enfant de Limoges. Le médecin établit un certificat médical de 15 lignes avec une ITT de 8 jours, attestant des lésions et de leur envergure.


Dès le lendemain matin, et à l’appui de ce certificat médical, Lise va porter plainte au Commissariat central de Limoges. William est entendu à la Brigade des mineurs. Des photos de ses blessures sont prises.
Ces violences ont eu lieu alors qu’une action éducative, ordonnée par le Juge des enfants, est en cours depuis plusieurs mois, et ce afin de « favoriser les contacts père-enfants ». L’éducatrice chargée de cette mesure a prôné un élargissements des droits de garde du père, qu’elle présente comme structurant envers les enfants. Juste avant les événements du 30 octobre 2018, cette éducatrice écrit dans son rapport que William est « très à l’écoute des consignes de son père et acceptant les limites posées par celui-ci ». Le père lui va reconnaître s’être énervé et avoir empoigné William par le T-shirt ce 30 octobre 2018, « parce qu’il refusait de lui obéir » !

Le père évoquera des « violences involontaires » lorsqu’il a empoigné William par le col et déchiré son T-shirt. C’est la version que retiendront les magistrats. Et la plainte sera classée. Cette plainte va même se retourner contre Lise, qui va être culpabilisée d’avoir osé « dénigrer l’image du père » en dénonçant ses violences. Et on va le lui faire payer très cher ! Jusqu’alors Lise était décrite comme une mère « chaleureuse et investie auprès de ses enfants » dans les rapports du service éducatif, qui va désormais la présenter comme « très engagée dans le conflit et la disqualification du père ».

Lise a informé l’éducatrice des événements du 30 octobre 2018 et de son dépôt de plainte. L’éducatrice les convoque dans les locaux du service éducatif, William et elle. Devant l’enfant, elle explique à Lise que « William s’est sûrement fait cela tout seul » et qu’elle « n’aurait pas dû se précipiter pour aller porter plainte et en parler », qu’elle « aurait dû en parler d’abord avec le père qui a sûrement de bonnes explications » ! William est profondément choqué que l’éducatrice ne le croit pas. L’éducatrice écarte le certificat médical hospitalier qui appuie la parole de William. Lise apprendra que l’éducatrice n’a d’ailleurs pas transmis ce certificat au Juge des enfants. L’éducatrice n’hésite pas à culpabiliser Lise : en emmenant son fils aux urgences et à la Brigade des mineurs, elle contribuerait à le « traumatiser » et à diffuser une image inquiétante de son père !

Lise découvre, sidérée, que l’image paternelle semble compter beaucoup plus pour cette éducatrice que la parole de l’enfant et l’origine des blessures de plusieurs centimètres qu’il présente autour du cou, au torse et à la joue. Le service éducatif, chargé de la sauvegarde de l’enfance, va en réalité œuvrer à la protection des intérêts et de l’image du père violent !
William ne veut plus aller chez son père et supplie Lise de ne pas l’y envoyer dans le cadre des droits de visite qui suivent ces événements. Quel parent aurait continué à confier ses enfants, après avoir vu des blessures de cette envergure sur son fils ? D’autant que, durant cette période où Lise ne présente pas les enfants au père, la pédopsychiatre de William écrit que l’enfant s’apaise et progresse bien.


Le 16 novembre 2018, Lise écrit au Procureur de la République pour l’alerter sur la situation. Elle ne recevra jamais de réponse à ce courrier.
En revanche le Procureur sera présent à l’audience que convoque le Juge des enfants, alerté par l’éducatrice sur la non représentation des enfants à leur père. Il est exceptionnel que le Procureur soit présent à ce type d’audience. Il est là pour tenir un discours de minimisation de la condamnation du père pour violences conjugales, et de leur impact sur les enfants. Il n’hésite pas à affirmer – c’est dans le jugement – que les violences ont eu lieu « hors la présence des enfants » (malgré les témoignages des voisins, le certificat établi par le pédopsychiatre attestant que William est imprégné de souvenirs traumatiques des violences, le courriel que le père lui-même avait envoyé à Lise de son adresse de messagerie du Cabinet du Préfet et dans lequel il reconnaît ses « colères devant William »…).

Quant au certificat médical hospitalier du 30 octobre 2018, le Procureur le fait écarter, considérant que le père est présumé innocent. William est entendu par le Procureur et par le Juge des enfants. La parole de l’enfant, quand il explique que « son père lui a fait mal » n’est pas plus prise en compte que le certificat médical hospitalier.

En revanche, les magistrats considèrent que Lise porte gravement atteinte aux droits et à l’image du père, en dénonçant des violences et en ne lui présentant pas les enfants ! Cela ferait d’elle une mère « toxique » et aliénante ». Dans le jugement, on lui reproche aussi d’avoir « une conception militante de la protection de ses enfants ». On lui reproche même d’avoir « déscolarisé » William pour l’emmener à la Brigade des mineurs, alors que c’était pendant les vacances scolaires d’automne !

Victime du corporatisme de son ex mari violent

Lise fait l’expérience que tous les arguments sont bons pour culpabiliser une mère qui a osé dénoncer des maltraitances paternelles.
William et Gisèle vont être confiés à leur père, et ce malgré sa condamnation pour violences conjugales, malgré le certificat médical attestant des lésions que présentait William au retour d’un droit de visite au domicile paternel, malgré la parole de l’enfant…
La justice opère même une compète inversion des rôles par rapport au temps de l’ordonnance de protection : le Juge des enfants décide que Lise ne pourra voir ses enfants qu’en lieu médiatisé, en présence de l’éducatrice, le temps de bien comprendre que dénoncer les maltraitances du père de ses enfants fait d’elle une mère « toxique et aliénante ».


Peu de cas semble être fait, en revanche, de l’image qui est véhiculée de la mère dans ces décisions judiciaires. Et ni les éducateurs ni les magistrats ne s’intéressent à ce que William et Gisèle ont compris de la situation. Lorsque William voit la campagne d’information sur la lutte contre les violences faites aux enfants, il demande pourquoi les juges ont décidé de les envoyer chez leur père, sa sœur et lui, alors qu’il avait dit ce que son père lui avait fait…
Quelques semaines après avoir été brutalement séparée de sa mère, Gisèle développe un eczéma sévère. A l’école, la dame chargée de surveiller la cantine et les récréations s’inquiète car Gisèle est triste, reste dans son coin, et réclame sa maman. Mais elle refuse d’en témoigner dans une attestation judiciaire, car le père est membre du Cabinet du Préfet, et elle ne veut pas avoir de problème…Dans ses rapports, l’éducatrice affirmera que le transfert de la garde des enfants au père s’est très bien passé.


Dès 2016, le 5ème Plan de lutte contre les violences faites aux femmes soulignait le caractère médicalement infondé de la théorie de l’aliénation parentale, et les graves conséquences de l’utilisation de cette approche. Il était demandé aux professionnels de la proscrire. Mais à Limoges, les professionnels auxquels Lise a affaire lui expliquent que c’est une recommandation trop « militante », qui ne fait pas partie de leurs outils… Cela permet sans doute de comprendre le positionnement qu’ils ont adopté.

Du temps de leur vie commune et au moment où Lise a fuit ses violences, Paulo n’hésitait pas à utiliser les enfants comme moyens de chantage et de pression. Il a désormais obtenu leur garde, et entend « faire payer » à Lise ce qu’il nomme son « abandon du domicile conjugal sous des prétextes fallacieux ». Lorsqu’il lui envoie ses reproches, c’est de son adresse de messagerie du Cabinet du Préfet, et en mettant en copie les éducateurs.

Mais ni les éducateurs ni les magistrats ne souhaitent, semble-t-il, envisager que le père puisse faire de la garde un outil de vengeance et de poursuite de son emprise, après la séparation. Il est apparemment hautement subversif d’imaginer cela de la part d’un père, de surcroît membre du Cabinet du Préfet. Pourtant de nombreux faits attestent que Paulo œuvre à disqualifier Lise auprès des professionnels du service éducatif. Il écrit aux éducateurs pour se plaindre que Lise aurait « fait une scène » à la fin du cours de judo de William, qu’elle se serait « roulée par terre » devant les autres parents et aurait refuser de lui rendre Gisèle. Il ne joint aucune attestation de témoins.

Lise doit demander au moniteur de judo de démentir ces accusations et de rétablir la vérité, ce qu’il fait dans une attestation judiciaire. Qui ne sera jamais citée ni dans les rapports des éducateurs ni dans les jugements. Dans cette attestation, le moniteur de judo souligne que c’est le père qui s’impatientait et supportait mal les marques d’attachement de Gisèle à sa mère… Suite à cet incident, qu’il a donc créé de toutes pièces, le père n’emmènera plus les enfants à leurs activités extra-scolaires.


Il reproche ensuite à Lise la prise en charge thérapeutique de leur fils et affirme sa volonté de « sortir » William de son suivi pédopsychiatrique. Dans un courriel dont les éducateurs sont en copie, il se présente comme celui « qui guide les enfants vers leur liberté »… Il se vante « d’accorder gracieusement » à Lise « le droit de voir leurs enfants » pour la Fête des mères en 2019, et lui refuse – moins gracieusement – en 2021. A l’hiver 2021, les enfants appellent Lise jusqu’à 12 fois par week-end lorsqu’ils sont chez leur père. Ils réclament leur mère, ils lui demandent aussi où elle est et avec qui. Les éducateurs demandent alors au père de ne plus laisser le téléphone aux enfants, en dehors des rendez-vous téléphoniques mère-enfants.


Et les magistrats, à l’appui des rapports du service éducatif, reprochent à Lise d’être « dans un combat contre le père », lorsqu’elle s’inquiète des comportements de contrôle et d’emprise de Paulo. Le psychologue-référent auprès de la protection de l’enfance, que Lise a demandé à rencontrer, atteste qu’elle n’a pas du tout le profil d’une mère aliénante. Ce courrier, en date du 22 mars 2019 est transmis aux éducateurs et aux magistrats ; il n’est pas cité dans les jugements.

En janvier 2020, lors d’un de ses week-ends de garde, Lise voit que William porte un énorme bleu au bras. William lui explique que le mercredi précédent, son père s’est énervé parce qu’il avait vomi dans sa voiture. D’après les dires de l’enfant, son père lui a serré le bras très fort en le traitant de « salaud ». Mais il demande de ne surtout pas en parler, car « papa serait très en colère ».


Lise fait un signalement auprès de la responsable du service éducatif, en insistant sur la peur exprimée par William. L’éducatrice parle de ce bleu avec l’enfant au domicile du père et en présence de celui-ci ! William se sent trahi, il dit à sa mère qu’il ne parlera plus jamais aux éducateurs de ce qui se passe chez son père !
Lise se plaindra de ne pas avoir de retour du service éducatif concernant son signalement. La cheffe du service éducatif lui expliquera alors que l’énorme bleu et les insultes faits à William sont le « signe d’un père en souffrance ». Toujours cette logique d’inversion des rôles : les professionnel s’intéressent à la « souffrance » de l’auteur des violences, pas à celle de l’enfant maltraité ! Le Juge des enfants, lui, reprochera à Lise de s’inquiéter au moindre bleu.


William et Gisèle, entendus par le Juge des enfants le 8 décembre 2020 se plaignent des « cris et des propos rabaissants » auxquels ils sont exposés au domicile paternel, et de ce que le Juge des enfants nomme pudiquement les « réactions excessives » du père.
Les éducateurs n’avaient pas fait état de ces éléments dans le rapport remis au Juge des enfants quelques jours plus tôt. Ils avaient considéré que les enfants étaient « globalement apaisés au domicile du père ». Avant la remise de leur rapport au Juge, le père avait pris soin d’écrire aux éducateurs, pour affirmer que les enfants étaient avec lui « dans une belle dynamique, apaisés et sereins » (Ce courriel est envoyé de son adresse de messagerie du Préfet, avec les symboles républicains).


Les éducateurs expliqueront ensuite à Lise que les « cris, propos rabaissants et réactions excessives » sont « inclus dans le ‘globalement’, lorsqu’ils écrivent que « les enfants sont globalement apaisés au domicile du père » ! Ils lui expliquent également que « cela fait partie du style éducatif paternel ».
Le Juge des enfants considère d’ailleurs que le père progresse, et que cela justifie de renouveler pour une quatrième année la mesure éducative.

La situation d’Lise et de ses enfants relève de TOUT ce qui a été dénoncé dans le rapport des experts du Conseil de l’Europe (GREVIO) concernant la France : le transfert de résidence des enfants au domicile du père condamné pour des violences conjugales, l’absence de prise en compte de la parole des enfants et des raisons de leur non représentation au père, la disqualification de la mère qui se voit restreindre ses droits de garde
au profit de l’auteur des maltraitances.


Ce rapport est paru en 2019, au moment où Lise a fait appel de l’ordonnance judiciaire qui a confié ses enfants à la garde principale du père. Lise vient juste d’avoir la décision de la Cour d’appel de Limoges, en ce début 2022 (au bout de plus de 2 ans d’attente). William a demandé à être entendu par les magistrats de la Cour d’appel et s’est prononcé en faveur d’un changement du système de garde ( c’était le 24 juin dernier, il avait alors presque 11 ans). Mais la Cour d’appel n’a pas souhaité remettre en cause le système de garde et a même condamné Lise à payer des dommages au père, au titre de la multiplication des procédures à son égard ! Quelle idée aussi de dénoncer ses violences et d’oser chercher à les faire protéger, elle et ses enfants ! La jurisprudence ainsi créée est inquiétante, et profondément contraire aux recommandations visant à mieux protéger les femmes et les enfants victimes de violences !


Pour certains magistrats, il semble qu’une « bonne mère » soit une femme qui se tait. En dénonçant des violences, elle peut être accusée de dénigrer l’image du père et d’alimenter le conflit parental, et se voir durablement restreindre l’accès à ses enfants. Ce jugement de la Cour d’appel de Limoges apparaît comme une douloureuse et choquante illustration de ce que le Parlement européen dénonce dans sa résolution du 6 octobre 2021 : des « décisions prises contre la mère », qui ne tiennent pas compte de la « continuation du pouvoir et du contrôle » sur leur ex-conjointe par des pères auteurs de violences.

Entre temps, l’avocate de Lise a tenté de faire rouvrir la plainte concernant les violences qu’avaient subies William le 30 octobre 2018. La plainte étant classée par le Procureur, elle écrit au Procureur général pour lui demander de réexaminer les faits. On est en juillet 2019. Le Procureur général ne répondra qu’en novembre 2020, expliquant que le dossier s’est perdu (comme cela avait le cas de la plainte qu’avait déposée Lise en 2014 pour violences conjugales). L’avocate de Lise a heureusement gardé une copie du dossier qu’elle renvoie aux services du Procureur général. Il répond au début de l’année 2021 qu’il n’entend pas rouvrir la plainte, considérant qu’il s’agit de « violences involontaires ». C’est donc de nouveau et toujours la version du père, qui est retenue. En effet, ce dernier reconnaît seulement avoir poursuivi William, l’avoir empoigné et lui avoir déchiré son T-shirt. Cela n’explique pas les lésions de plusieurs centimètres que l’enfant présentait autour du cou, au torse et à la joue, lésions constatées dans le certificat médical hospitalier, que les magistrats écartent apparemment volontiers de leur approche de la situation.

Lise est épuisée par ce combat, qui dure depuis 7 années et dans lequel elle a également laissé toutes ses économies : depuis son ordonnance de protection, elle a dépensé plus de 23 000€ en factures d’avocat.
Elle envisage de vendre sa voiture pour se pourvoir en cassation.
Cela fait plus de 6 ans qu’elle a demandé le divorce pour faute, suite à la condamnation pénale de son ex-conjoint et père de ses enfants. Pour l’instant elle n’a eu qu’un euro symbolique de dommages et intérêt pour les violences subies.

Parallèlement, elle a constitué un dossier pour saisir le Défenseur des droits de l’enfant, qui a affirmé des engagements forts concernant la lutte contre les violences sur mineurs et la prise en compte de leur parole.

Lise et ses enfants ont besoin de votre aide !

Que faire ?

1. Partagez ce témoignage d’une victime de violences conjugales sur les réseaux sociaux.

2. Utilisez ce visuel si vous en avez besoin pour relayer l’article sur vos réseaux sociaux, Pinterest, Blog…

témoignage d'une victime de violences conjugales

.

3. Faites un don à l’Association Protéger l’enfant pour soutenir notre travail d’information et d’aide aux victimes de violences conjugales.

4. Suivez-nous sur nos différents réseaux sociaux
Instagram
Facebook
Twitter
Pinterest

D’autres témoignages :

Le centre médiatisé, un lieu pas si neutre…

Le centre médiatisé, un lieu pas si neutre...

Les Centres Médiatisés, également désignés comme « Espaces neutres », sont des structures où parents et enfants peuvent se rencontrer, sous le contrôle de médiateurs, qui sont là pour garantir l’application des décisions de justice mais également veiller à la sécurité de tous.

Les personnes accueillies sont principalement des familles dans des situations de conflits conjugaux. Alors le temps que les choses évoluent en mieux, c’est dans ces espaces que les membres de ces familles se croisent et se parlent.

Ces familles y sont dirigées souvent par un Juge aux affaires familiales et leur accueil ne dépasse pas 6 mois, renouvelable une fois. Il s’agit donc d’une médiation temporaire. Nous ne remettons pas en question cet aspect des centres médiatisés, dans ce cadre précis.

En revanche, cet accueil qui est vertueux pour une famille dont les parents sont dans une situation de conflit post séparation ne l’est PAS DU TOUT dans le cadre où il existe de la violence intra-familiale.

Les centres médiatisés apportent de la violence supplémentaire

En effet, quand le juge suspecte un danger potentiel au cours de son enquête, confronter un enfant, même une heure, au parent qu’il accuse de comportements malfaisants est très dommageable psychologiquement et également dangereux, même pour l’autre parent. Or c’est une réalité bien trop courante. Les enfants qui dénoncent un parent violent se voient contraints de revoir ce dernier dans les centres médiatisés. La situation n’est pas réglée, leur peur est toujours très présente… Pourtant on les oblige à recroiser la personne qui les a maltraités.

Jamais on obligerait une victime d’agression ou de viol à aller rencontrer son agresseur toutes les semaines. L’intérêt DE l’enfant doit primer sur le droit A l’enfant !

On le sait, un adulte violent ne peut pas être un bon parent. On aimerait bien que ce soit le cas, mais l’histoire de la violence intra-familiales prouve l’inverse. Et aucune rencontre parent/enfant en centre médiatisé ne changera cela, par magie. Seul un travail psychanalytique long et profond peut briser le cycle de la violence. Les visites imposées par la Justice ne font qu’apporter d’autres traumatismes et rajoutent à la violence déjà subie.

Les enfants ont déjà payé. Continuer de leur demander l’obéissance et le respect envers leur parent toxique, c’est de la maltraitance psychologique, juridique, de l’âgisme, de la discrimination et un manque cruel d’humanité. C’est nourrir un dogme éculé sur le besoin de maintenir un lien parent enfant à n’importe quel prix. Non. Le droit à la parentalité ne peut être supérieur à ses devoirs. Le parent violent “mériterait “ ces visites dont on ne peut pas le priver!!! Ses droits sont inaliénables, inscrits dans le marbre tandis que ses enfants n’ont pas d’échappatoire. Ils doivent subir, subir et re-subir.

Même dans les cas de violence avérée, où la justice a tranché et a mis l’autre parent sous protection, les enfants doivent encore rencontrer le parent violent. Si on protège l’autre parent, alors les enfants doivent également être protégés. Pourquoi on interdirait un parent d’approcher l’autre parent mais on l’autoriserait à voir ses enfants et maintenir son emprise ?

Neutres, vraiment ?

De plus, les centres médiatisés ne sont pas des lieux neutres. Bien au contraire, ils ont du pouvoir car ils font partie des rouages de la justice. Ils peuvent émettre un rapport destiné au Juge aux Affaires Familiales. Dans celui-ci, les médiateurs rédigeront un compte rendu détaillé du déroulement des visites, des éventuels dysfonctionnements, des améliorations constatées… Et c’est à partir de ce rapport que le juge, souvent débordé, rendra son jugement et prendra des décisions cruciales. Ils sont l’oeil du Juge et leurs propos ont un grand pouvoir d’aide à la décision.

Or les médiateurs ne sont pas assez bien formés. Ils manquent d’expertise sur les mécanismes d’emprise, de manipulation ou sur les mécanismes de contrôle coercitif. Pas de chance, c’est justement le point fort des parents violents ou incesteurs.

Nous ne comptons plus les rapports des médiateurs expliquant au juge que le parent toxique semble très gentil, très aimant alors qu’ils dénoncent le parent protecteur comme… surprotecteur. Ce dernier finit par devoir prouver son innocence, gérer ses enfants paniqués qui ne veulent pas venir, éviter de croiser l’autre parent qui les effraie tous, faire comprendre qu’il est le parent qui protège… Mission presque impossible, surtout quand on est déjà bien fragilisé, qu’on a perdu ses repères et sa confiance en soi. Et quand en face, on a des gens manipulés car pas du tout formés à l’emprise.

La France est en retard sur les bonnes pratiques pour protéger l’enfant et le parent victimes notamment dans le cadre de l’appréhension de la violence intra-familiale. Plusieurs pays européens ont ratifié la Convention d’Istanbul depuis des années. Celle-ci exige des juges de prendre en considération tout incident connu de violence domestique lors de la décision des droits de garde ou de visite ET de donner la priorité à la sécurité des victimes de violence. En Espagne, la loi de juin 2021 interdit tout droit de visite à un parent condamné pour violence. Suivons son exemple !

Nous demandons la fin des espaces neutres pour les familles au cœur de violences intrafamiliales, car en matière de protection de l’enfance, la neutralité pénalise toujours les victimes.

Il faut prendre parti et se placer du côté des victimes. Les centres médiatisés doivent devenir des espaces protecteurs, qui prennent en compte la dangerosité physique et psychologique du parent toxique. Les professionnels formés à l’emprise et au contrôle coercitif pourront annuler les visites en cas de souffrance ou d’instrumentalisation de l’enfant.

Protégeons les victimes !

Centres médiatisés, la fausse bonne idée dans le cadre de violences intra-familiales

D’autres lectures :

Visite médiatisée et psychose : une réflexion sur le cadre

Violences familiales , 5 conseils auxquels on ne pense pas souvent et qui peuvent aider

Violences familiales , 5 conseils auxquels on ne pense pas souvent et qui peuvent aider

Quand on porte plainte contre un conjoint ou un parent violent pour violences familiales et que l’on cherche à protéger son enfant, les choses ne se déroulent pas toujours comme on l’imaginait. On espère que la Justice nous aidera mais au final, on se retrouve face à des difficultés supplémentaires.

Des parents protecteurs nous ont fait part de ces quelques pistes, elles ont fonctionné pour eux mais ça ne signifie pas qu’elles seront adaptées pour tout le monde.

Ces actions ne sont donc pas des solutions miracles. Ce sont des pistes, des idées qu’on évoque car elles ont parfois aidé des victimes. Alors on se dit que, peut-être, elles pourraient en aider d’autres qui n’y songent pas.

Violences familiales , 5 conseils auxquels on ne pense pas souvent et qui peuvent aider

1 – Invoquer l’état de nécessité

Selon l’article 122-7 du Code Pénal :

« N’est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s’il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace. »

Dans le cadre de violences familiale et de non représentation d’enfant, il peut être opportun d’invoquer cet article : les règles de droit habituelles paraissent parfois inadaptées à la situation, et le parent protecteur y déroge de façon impérieuse pour protéger son enfant. Quelques parents protecteurs ont été relaxés en invoquant l’état de nécessité, nous espérons que cela finira par faire jurisprudence.

2 – Faire intervenir un huissier pour chaque non représentation d’enfant

Si vous faites de la non représentation d’enfant dans le cadre de violences familiales pour protéger votre enfant d’un parent violent, ou parce que votre adolescent refuse d’aller chez l’autre parent malgré vos tentatives d’accompagnement, n’hésitez pas à faire constater par un huissier ce refus.

C’est une démarche onéreuse mais cet officier ministériel assermenté pourra témoigner de l’état de vos enfants, le refus, la peur, les tremblements, bref le fait qu’ils soient terrorisés ou simplement déterminés à ne pas aller chez son autre parent. Son témoignage fera foi juridiquement et on ne pourra moins facilement vous accuser de manipulation.

3 – Faire intervenir un huissier pour enregistrer la parole de vos enfants

De la même manière, il peut être très efficace de faire recueillir la parole de vos enfants par un constat d’huissier, afin que leurs déclarations aient une valeur incontestable juridiquement.

Vous pouvez aussi demander à ce qu’ils valident l’authenticité des différents éléments que vous apportez comme preuve : vidéos, textos, photos, dessins, audio, etc…

Nous sommes effarés du nombre de preuves dans le cadre de violences familiales confiées à la Justice qui sont « perdues »…

Homologuer les preuves permet qu’elles ne disparaissent pas mystérieusement.

4 – Soulever une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC)

Il peut être très intéressant de soulever une QPC avec l’aide de votre avocat. Celle-ci consiste à contester la conformité à la Constitution d’une loi. Si la Cour de cassation transmet la QPC au Conseil constitutionnel, ce dernier devra se pencher sur la validité de la loi remise en question.

Des QPC ont déjà été soulevées concernant la non représentation d’enfant, une prochaine concernant l’enfant résistant sera soulevée en janvier. Imaginez un monde qui protègerait des violences familiales, où il serait normal de ne pas remettre un enfant à un parent dont l’enfant dénonce la violence…

Des QPC ont déjà été soulevées concernant la non représentation d’enfant.

👉 Déposons des QPC pour réformer le délit de non représentation d’enfant

👉 Le délit de non représentation d’enfant : l’urgence d’une réforme du délit de non représentation d’enfant pour protéger l’enfant et la mère
👉 Une prochaine QPC concernant l’enfant résistant sera soulevée en janvier.

5 – Prendre un avocat pour ses enfants

Tous les mineurs en âge de discernement (à partir de 7/8 ans) peuvent bénéficier gratuitement de l’assistance d’un avocat. Cela permet qu’ils soient mieux représentés mais également, cela limite les risques d’accusations d’aliénation parentale, ou les risques de requalifier des violences intra-familiales en « conflit parental ».

Cela permet de se concentrer sur l’enfant, ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il souhaite.

Le choix de l’avocat est évidemment important.

Connaissez-vous le téléphone Grave Danger ?

téléphone grave danger

Ce qu’on appelle le Téléphone Grave Danger est un dispositif de protection à destination des personnes menacées par leur ancien conjoint ou compagnon — en immense majorité, presque toujours des femmes.

Concrètement, c’est un smartphone géolocalisé en permanence, équipé d’une touche spéciale qui est connectée à un organisme d’assistance à personnes en danger. Grace à un système de captation des voix, la victime n’aura pas forcément à le porter à son oreille pour être entendue.

Une bonne idée qui mériterait plus de moyens pour être réellement efficace.

Le premier téléphone du genre est apparu en 2009 mais c’est la loi de 2014 qui l’a institutionnalisé. En 2020, on comptait 1200 personnes bénéficiant de ce dispositif.

Comment obtenir un Téléphone Grave Danger ?

Seul un procureur de la République peut accorder un téléphone Grave Danger, pour une durée de 6 mois, renouvelable. Avant la loi de 2019, les conditions d’obtention étaient assez restrictives (la victime et l’auteur ne devaient pas cohabiter, ce qui excluait beaucoup de personnes + une interdiction judiciaire pour l’auteur d’entrer en contact avec la victime devait déjà avoir été obtenue).

Depuis 2019, un amendement précise qu’un téléphone peut être attribué en cas de danger avéré et imminent, même si aucune des procédures d’éloignement n’a encore abouti, ou si l’ex-conjoint est en fuite.

Cette attribution n’est toutefois pas automatique, les députés craignant qu’une attribution trop large nuise à l’efficacité du protocole de protection. Divers critères sont donc pris en compte, comme la durée et la répétition des violences dénoncées, l’ancienneté de la menace ou du harcèlement, les antécédents pénaux, le risque de réitération des faits, l’isolement de la victime, etc. Pas si simple.

Ensuite, un filtre administratif supplémentaire se rajoute… Un comité de pilotage départemental se réunit tous les 6 mois pour gérer les dossiers. C’est trop peu. Il faudrait que ces réunions aient lieu tous les 2 mois et que le nombre de téléphones disponible soit augmenté.

Le téléphone grave danger a déjà démontré qu’il pouvait être un outil précieux pour les victimes. Mais il reste trop peu attribué. Pire de réelles inégalités existent dans les différentes régions en France.

téléphone grave danger

On avance dans le bon sens toutefois.

Le gouvernement s’est donné un objectif : déployer d’ici la fin de l’année 3000 téléphones grave danger.

  • 2584 téléphones étaient déployés à la date du 30 septembre 2021, contre un peu plus de 2000 le 1er juillet.
  • 72% d’entre eux, soit 1849 téléphones, sont attribués à des victimes.

Néanmoins, en plus d’augmenter le nombre de Téléphones Grave Danger distribué, d’autres actions pourraient être mises en place en parallèle afin de soutenir l’efficacité de ce dispositif.

  • Les agresseurs devraient être équipés d’un bracelet électronique (voire chaque partie, pour plus d’efficacité). Cette précaution est peu imposée par les juges actuellement, même dans le cas d’une ordonnance de protection. Pourtant le bracelet électronique (ou bracelet anti rapprochement) a fait ses preuves en Espagne où le nombre de féminicides a significativement baissé. Idéalement, il permet de contacter à la fois l’émetteur, la victime et les forces de police.
  • Une prise en charge en amont des personnes violentes serait plus pertinente. Les besoins ne manquent pas. Comme les faire participer à des stages de sensibilisation aux conséquences pénales, relationnelles, et familiales de leurs actes. Rendre obligatoire un recours à l’analyse psychiatrique. Ou imposer un dispositif d’hébergement tiers au compagnon violent pour protéger la victime, etc…
  • Mieux former les policiers à la gestion des violences intra-familiales pour une meilleure évaluation du danger et de fait une meilleure prise en charge.
  • Rendre les fichiers des auteurs de violences conjugales plus accessibles à tous les services publics compétents.

Quelques bémols sur les téléphones Graves Dangers

Le téléphone grave danger devrait être étendu, même si il existe cependant quelques bémols dont les victimes nous ont fait part.

Détenir le téléphone grand danger représente tout à la fois un soulagement d’avoir été entendue par la justice et reconnue comme une victime en grave danger ; mais cela donne une charge mentale en plus à la victime. Celle-ci doit tout le temps surveiller son téléphone, vérifier qu’il est bien chargé, penser à le prendre en permanence avec soi, même lorsque l’on va descendre les poubelles.

Bref il faut véritablement se greffer son téléphone.

Et puis encore faut-il trouver son téléphone face à un danger, on peut perdre ses moyens.

🔸 Enfin il faut bien réaliser que c’est une surveillance en permanence de tous les déplacements, il faut d’ailleurs penser à donner son adresse sur la plateforme téléphonique à chaque fois que l’on part en déplacement (vacances dans la famille par exemple).

Du coup au lieu que ce soit le coupable qui soit tracé et suivi, c’est la victime qui est surveillée. Est-ce bien normal ?

Mais le téléphone grave danger, même si il n’est pas l’idéal, représente un moyen de protection très utile.

🔸 Selon les victimes de violences conjugales l’idéal reste le bracelet anti rapprochement, mais pour cela il faut obtenir l’accord de l’agresseur, ce qui n’est pas normal.

🔸 Précisons qu’au préalable, pour obtenir le téléphone grave danger, il y a une évaluation qui est réalisée soit par Solidarité Femmes, soit par le CIDFF, soit encore par France Victimes, selon les régions, le dispositif est remis à l’une de ces trois associations.

D’autres sources :

Dispositif d’aide aux victimes

Violentomètre un outil d’alerte

Rapport catastrophique du Haut Conseil à l’Égalité

telephone grave danger

N’abandonnons plus les enfants traumatisés par un féminicide

protocole féminicide

Ce qu’on appelle le protocole féminicide est un protocole expérimental qui a fait ses preuves et qui permet de soutenir les enfants après un féminicide. Il n’est hélas pas déployé partout en France alors qu’il devrait être généralisé, c’est urgent !

Les enfants, secondes victimes des féminicides

Lorsqu’un homme tue sa compagne souvent après des années de violences intra-familiales, il laisse parfois derrière lui des enfants abimés, désormais orphelins de maman, voire de parents quand l’homme se suicide dans la foulée. Ces victimes esseulées doivent affronter un traumatisme immense et sont en grande souffrance.
Les protéger et les prendre en charge semble une évidence mais hélas, ce n’est que très récemment qu’un protocole expérimental s’est mis en place dans le département de Seine-Saint-Denis, en 2014.

Différents protagonistes se sont mobilisés pour protéger les enfants victimes, qu’un partenariat salvateur a été initié pour la première fois dans le département de Seine-Saint-Denis, en 2014, entre :

  • le parquet du tribunal de grande instance de Bobigny,
  • le Centre hospitalier intercommunal Robert Ballanger d’Aulnay-sous-Bois,
  • le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis via l’Observatoire des violences envers les femmes,
  • et le service de l’aide sociale à l’enfance.

En quoi consiste ce protocole féminicide ?

Depuis, là-bas, lorsqu’un féminicide laisse des enfants désemparés et traumatisés, un protocole s’enclenche pendant les jours suivants, actif jour et nuit.

  • Le procureur de la république prend en urgence une ordonnance de placement provisoire des enfants. Ils sont alors confiés au service de l’aide sociale à l’enfance pour évaluation et hospitalisation 3 à 8 jours.
  • Une accompagnante « grand-mère » formée est présente 24/24 pour assurer une présence continue et rassurante auprès des enfants.
  • Le service de pédopsychiatrie assure également l’interface avec le tribunal, la police, les professionnels des services de protection de l’enfance, etc.

L’idée est d’aller vite pour mettre à l’abri les enfants qui ont été témoins (ou non) du féminicide. Si tout le monde se félicite que ce protocole existe dans le 93, il demeure un protocole expérimental qui peine à se déployer en France ! Seul le Rhône, depuis avril 2021 seulement, a mis en place à son tour ce protocole féminicide, 24h/24 et 7j/7.

Déployons ce protocole d’aide aux victimes de féminicide

Dans le reste du pays, à la suite d’un féminicide, c’est souvent à un proche que les enfants sont confiés, dans l’urgence, sans accompagnement spécifique. Sans surprise, les professionnels observent ensuite de grandes difficultés chez ces enfants, notamment des troubles comportementaux et anxio-dépressifs.
Sachant que dans 50% des cas, les meurtres se produisent devant les enfants, alors, face à ce traumatisme supplémentaire, une réelle prise en charge ne semble pas absurde.

La prise de conscience des répercussions des féminicides sur les enfants est encore trop lente. Pour preuve, ces derniers ne sont passés d’un statut de « témoin » à celui de « victime » qu’en 2018 !

On s’interroge. Comment ces enfants grandiront-ils ? De quelles prises en charge psychologique et financière bénéficieront ces fratries abimées pour se reconstruire ? Ceux qui sont déjà passés par ce douloureux chemin témoignent de leurs difficultés immenses régulièrement dans les médias, et pourtant rien ne bouge.


🔸 Il est urgent de déployer le protocole féminicide dans toute la France. Il ne réglera pas tout mais sera un accompagnement d’urgence salutaire. Ne laissons plus ces enfants affronter seuls des féminicides dévastateurs, bien trop violents pour une jeune vie.

protocole féminicide

Autres sources :
👉 Observatoire des violences envers les femmes
👉 Vie volée, témoignage d’enfants victimes

Rencontre avec Caroline Bréhat

interview caroline bréhat

Caroline Bréhat est arrivée à pas de chat dans le bistrot parisien où nous avions rendez-vous. Un mélange de douceur et de volonté quand elle vous fixe, des yeux dans le vague le plus souvent, voilà une femme réfléchie et forte de plusieurs vies.

Romancière, psychanalyste et psychothérapeute française, Caroline Bréhat a travaillé quinze ans à l’ONU et dix ans comme journaliste à New York. Son roman autobiographique « J’ai aimé un manipulateur » (Éditions des Arènes), traduit en douze langues et son livre témoignage « Mauvais Père » (Éditions des Arènes) traitent tous deux du sujet des pervers narcissiques et des parents destructeurs.

Car hélas, cette quarantenaire connait bien ces personnes, pour avoir vécu avec un américain, père incestueux au pouvoir d’emprise phénoménal. Elle a dû fuir pour protéger leur fille, lutter longuement avec et parfois contre la justice, faire de la prison, convaincre le FBI de sa bonne foi… Une histoire de violence bien trop ordinaire tant elle ressemble à celle d’innombrables autres victimes (même si peu de femmes font l’objet d’un mandat Interpol heureusement). C’est sans doute cela le plus triste.

Caroline Bréhat a accepté de venir nous parler de son dernier livre « Les mal aimées ». Elle y aborde sous un autre angle la violence familiale transgénérationnelle, ce sujet que cette psychanalyste maitrise si bien à titre personnel et professionnel.

les mal aimées de caroline brehat

Bonjour Caroline Bréhat. Vos trois derniers romans s’attaquent à la thématique de l’emprise conjugale et parentale. Pourquoi ce sujet récurent dans vos œuvres ?

Caroline Bréhat : On dit souvent qu’on essaye de se réparer en aidant ou soignant les autres. J’écris des romans thérapeutiques pour aider les mères et les enfants aux prises avec les maltraitances et l’emprise. C’est ainsi que je les vois.

Quand je ne vais pas bien, j’écris. Je le faisais quand je vivais avec mon ex. Les scènes affolantes, je les écrivais. C’est comme cela que j’ai pu envoyer mon texte à mon éditrice pour mon premier ouvrage.

Écrire permet de se représenter une réalité complexe et difficile à appréhender. Je demande d’ailleurs souvent à mes patientes d’écrire leur vie sur le papier.

Les résultats sont toujours incroyables car ils leur permettent de devenir sujets de leurs expériences, de se revaloriser, de remettre de l’ordre dans le désordre. C’est le premier pas de leur reconstruction. Les patientes reprennent du contrôle. Parce que quand on rencontre le MAL, on a des difficultés à se représenter la chose. Alors si en plus, c’est le père ou la mère de notre enfant, et que l’enfant risque aussi d’être contaminé, c’est vécu comme une expérience apocalyptique. Les capacités élaboratives sont débordées, le psychisme est désorganisé et la personne ne fait plus confiance dans ses perceptions.

L’écriture peut littéralement sauver nos vies, comme l’écrit d’ailleurs Boris Cyrulnik dans son dernier livre « la nuit, j’écrirai des soleils ». L’écriture m’a aidée, d’autres personnes m’ont aidées aussi alors je redonne en retour autant que je peux. Et je parle de ce que je connais car mes récits sont partiellement autobiographiques.

J’ai écrit mes premiers livres pour ma fille. Celui-ci, il est pour les mères qui peuvent s’identifier à moi, ces femmes victimes de violence et d’emprise qui souffrent et dépérissent. Je souhaite que mes romans leur apportent du mieux-être.

Comment un pervers choisit ses victimes ?

Caroline Bréhat : Il choisira souvent quelqu’un qui a été fragilisé pendant son enfance, par un parent maltraitant à la fois sadique et séducteur (au sens clinique).

Sous l’influence du pervers, sa victime va se remettre en question perpétuellement. Elle va interroger constamment sa lecture de la situation, sa santé mentale, ses propres perceptions, ses émotions. Et au final sa capacité à appréhender le réel. Il en découlera une culpabilité et un manque de confiance en soi très mortifères.

La victime, au dernier stade de l’emprise, ne sera plus capable de recul. Elle deviendra comme KO et ne saura plus faire la différence entre le bien et le mal, avec la mise en place d’un système d’inversion des valeurs.

On devrait enseigner la psychopathologie au lycée. Les jeunes devraient avoir les bases et donc les clés pour se méfier. Car l’emprise gagne en puissance avec le temps. En coupant l’herbe sous le pied des pervers, grâce à un enseignement qui permettrait de les identifier dès la rencontre, on pourrait peut-être sauver des gens.

Comment justifiez-vous l’acharnement de certains membres de la police, de la justice face aux personnes qui se présentent comme victime d’un pervers ?

Caroline Bréhat : C’est tout le savoir faire du pervers ou du paranoïaque (car il s’agit souvent d’un des deux) justement. Quand il s’adresse à un individu qui a du pouvoir sur sa vie (un policier, un avocat…), il s’adapte très vite. Son discours est tellement convaincant, tellement puissant que pour son interlocuteur, sauver le pervers devient une mission personnelle. Cette force de persuasion contamine tout le monde. Et ce juge, cette éducatrice, cette directrice d’école se transforment en farouche défenseurs du pervers. Ils s’identifient, se sentent investis et en viennent à détester le parent protecteur.

C’est une capacité propre aux psychotiques et aux pervers. Ils ont des relations d’objets agressives. Ils choisissent des objets d’amour et de haine qui vont être capables de recevoir leurs projections.

Comment peut-on reconnaitre un pervers narcissique pathologique ?

Caroline Bréhat : Le narcissique pathologique, c’est la personne qui souffre d’une déficience empathique. D’ailleurs, c’est un conseil qu’on peut donner aux gens avant de se mettre en couple. Lancez des perches. Si votre amoureux.se n’a aucune réaction empathique sur des sujets auxquels vous l’exposez, s’il ne peut pas se mettre à votre place et ressentir ce que vous vivez, ce n’est pas forcément une bonne chose de continuer.

Un pervers ou un paranoïaque ont subi des choses dans l’enfance qui leur ont appris à lire dans les visages des gens qu’ils avaient face à eux, pour se défendre, pour survivre. Devenus grands, ce sont des fins psychologues, capables de lire les émotions et les failles, pour mieux s’en servir cette fois-ci pour dominer.

Les deux sont dans l’idéalisation d’eux-mêmes, dans l’omnipotence. Les deux sont sur-adaptés au conflit. Et surtout, ils sont dans le contrôle et peuvent vite virer parano et se mettre à tout surveiller. Très souvent ils projettent leur mal-être, leur travers à eux sur l’autre. C’est ce qu’on appelle la projection.

Quant à leur relation avec leurs parents (et leur mère plus particulièrement) elle est problématique. Ils n’ont pas réussi à se décoller psychiquement de leurs parents (leur mère en général)…

Comment revalorise-t-on un enfant victime d’un pervers narcissique ?

Caroline Bréhat : Il ne s’agit pas que de donner de l’amour. On pense instinctivement que l’amour suffira. Mais ce n’est pas si simple, c’est l’attachement le problème. Ces enfants souffrent de l’absence de sécurité qui a marqué leur environnement. C’est donc l’attachement qu’il faut fortifier.

Je pense qu’il faut les deux piliers déjà. L’amour effectivement mais aussi de la discipline. Un cadre cohérent, expliqué, rassurant, car souvent les enfants victimes sont très agressifs, notamment vis-à-vis d’eux-mêmes.

Faire faire des activités à l’enfant, lui faire rencontrer d’autres enfants, avoir des amis, cela lui permettra de lire dans le regard de l’autre une certaine admiration. Il entamera un processus d’amour de soi qui lui fait tant défaut puisqu’il souffre d’une faille narcissique. Et plus l’enfant est dans son adolescence, plus le regard qui lui importe n’est plus celui de ses parents, mais celui de ses pairs.

Le théâtre autant que les sorties avec ses amis peuvent aider en fait.

Faut-il aborder régulièrement le sujet des violences passées avec les enfants victimes ou au contraire passer à autre chose ?

Caroline Bréhat : Je ne sais pas. Dans mon cas, mon enfant vit très mal ces discussions, qu’elles viennent de moi ou de sa psy.

J’en parle en prenant des pincettes.

Les enfants sont très ambivalents à ce sujet parfois. Ils savent le mal qui a eu lieu dans le passé mais en même temps rêvent d’une évolution meilleure dans le futur.

Comment peut-on aider et être un allié pour les victimes ?

Caroline Bréhat : Les victimes ont besoin d’être entendues. Ça demande tellement de force et de courage de parler. Remuer tout cela est très difficile.

Alors croyez-les, ne minimisez-pas, écoutez, aidez à verbaliser sans jugement, avec une sorte de neutralité bienveillante. Ce qui aide, c’est l’empathie. Car les victimes sont dans un chaos total, où plus rien ne fait sens, elles se sentent comme exclues de la société et le monde leur parait froid et dur.

Si le taux de suicide est si important, c’est parce que les victimes ne se sentent plus appartenir à la communauté humaine. Elles sont là sans être là… Comme spectatrice de la vie sans pouvoir y participer.

Si vous voulez aider, soyez un ami inconditionnel.

Merci Caroline Bréhat.

Site de Caroline Bréhat : https://www.carolinebrehat.com

Article de Caroline Bréhat sur note site : Le « Syndrome d’Aliénation Parentale » ou l’instrumentalisation du système judiciaire

On rajoute que pour mieux comprendre ce que vivent les victimes, lisez les livres de cette romancière. Vous appréhenderez plus facilement le désarroi de vos amis.

Le résumé du livre Les mal aimées de Caroline Bréhat :
Ce roman inspiré d’un fait réel traite de l’inceste, du déni sociétal dont il est entouré, et de sa généalogie en lien avec les violences intra-familiales.
Un enfant livré à un père incestueux est une douleur, une malédiction qui se transmet de génération en génération qui, si elle n’est pas traitée, risque de se reproduire dans les générations suivantes.

Notre avis sur Les mal aimées :
C’est un livre puissant qui propose plusieurs niveaux de lectures. Déjà c’est facile à lire, fluide et l’histoire se dévore. On aime l’approche à la fois romanesque et très rationnelle. Ensuite, il y a un niveau thérapeutique qui prend de plus en plus d’ampleur et qu’on a adoré.
Certains paragraphes sont comme dézoomés pour apporter des explications de textes. Mais ça reste au lecteur de conclure selon son propre vécu.
Le livre résonne fort, qu’on soit soi-même passé par ces violences ou qu’on en ait été témoin.
Merci à Caroline Bréhat.

Protéger l’enfant

La méthode Calliope

methode calliope

La méthode calliope est une méthode venue du Québec pour recueillir la parole des enfants victimes de violences sexuelles ou de maltraitance.

methode calliope
methode calliope
methode calliope



La méthode Calliope aide à la fois les enfants victimes afin que ces derniers soient capables d’exprimer leur vérité sans crainte de ne pas être entendus ni protégés ; mais elle forme également les intervenants professionnels (avocats, policiers, travailleurs sociaux, enquêteurs…) qui souhaitent travailler avec l’enfant et pour le protéger au mieux.

Le programme d’accompagnement de la parole de l’enfant proposé par Calliope vise à préparer les mineurs et les intervenants afin que la rencontre soit faite dans des conditions optimales.

Il existe des raisons objectives, des chiffres, qui justifient que l’accompagnement de ces victimes soit mieux pris en charge. Elles ont besoin de raconter ce qui leur est arrivé, besoin d’être écoutées, besoin d’être crues et enfin, elles veulent de l’aide.

🔸 L’association bretonne @alexisdanan35 a adapté la méthode Calliope à la législation française. Elle forme actuellement les gendarmes de Rennes afin qu’ils en expérimentent les bienfaits sur la parole des victimes.

🔸 La France a encore beaucoup de chemin à parcourir pour vaincre le tabou de l’inceste et celui des violences faites aux enfants.

🔸 Les professionnels doivent être mieux formés pour évaluer la situation et diminuer les conséquences des actes criminels subis. Ils sont en 1ère ligne pour apporter leur aide et les ressources adaptées. Leur compétence est capitale !

👉 https://www.20minutes.fr/societe/2957703-20210121-metooinceste-calliope-methode-venue-quebec-recueillir-parole-enfants

Apprenons à protéger nos enfants

violences intra-familiales inceste

On le sait désormais, les violences intra-familiales sont majoritaires. C’est contre-intuitif, mais le danger n’est pas l’inconnu et ses bonbons, mais des figures familiales bien connues.

Les violences sexuelles commises sur les mineurs ont à 80% lieu dans un cadre familial, dans un cercle intime, celui-là même qui devrait garantir la sécurité, l’amour, le respect et l’épanouissement.

Ce sont des crimes non vus, impunis et avec un déni colossal. Pourtant les enfants parlent, émettent des signaux de souffrance, mais nous ne sommes pas capables de les entendre.

Les violences intra-familiales, des chiffres affolants

🔸 Les plaintes pour violences sexuelles sont classées sans suite dans 73% des cas.

Seules 11,8% de ces plaintes classées sans suite le sont pour absence d’infraction… dans l’écrasante majorité des cas ces plaintes sont classées pour « Infraction insuffisamment caractérisée »
(source : http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_infostat_160.pdf).

🔸 S’agissant des viols sur mineurs, seules 4% des victimes portent plainte, seules 10% de ces plaintes aboutissent aux assises, et parmi elles seules 30% d’entre elles sont jugées comme étant criminelles. C’est un constat d’échec total.

🔸 Depuis l’affaire Outreau la parole de l’enfant a été désacralisée, les condamnations pour viols et agressions sexuelles ont chuté de 23% à partir de 2005.

« Le risque réel auquel sont confrontés les professionnels intervenant dans le champ pénal ou celui de la protection de l’enfance n’est pas d’inventer ou de surinterpréter des révélations de violences sexuelles subies, mais au contraire de laisser passer sous leurs yeux des enfants victimes sans les protéger. » (Édouard Durand, juge des enfants, co-président de la commission inceste)

🔴 Il est inacceptable que la justice échoue à protéger les victimes.

protéger des enfants des violences familiales

Le cas horrible de l’inceste

« Il y a pour tout le monde une incorporation de la peur et de la grammaire du silence autour de l’inceste. Le véritable interdit ou tabou de l’inceste, ça n’est pas de le commettre, puisque ça arrive partout, tout le temps, mais c’est d’en parler. » Dorothée Dussy

Dans le cadre des violences intra-familiales, l’inceste fait figure d’effrayant emblème. Il existe en proportion gigantesque mais reste tabou. Le mécanisme du silence de l’inceste est puissant.

🔸 Quand la vérité est exposée, très souvent, les relations familiale avec l’incesteur ne sont pas altérées. Non seulement les victimes ont d’immenses difficultés à être soutenues et entendues. Mais c’est souvent elles qui se retrouvent exclues du cercle familial.
Ce qui pose problème à la famille est moins l’acte que son dévoilement. La réputation passe avant la protection de l’enfant. La victime qui a parlé est jugée pour avoir apporté l’opprobre.

🔸 Qui sont les incesteurs ? 96% des incesteurs sont des hommes. Ils seraient environ 1 million, rien qu’en France.
Portrait robot de l’incesteur :
– C’est une personne dominante
– C’est une personne qui est conflictuelle et ne fait rien pour apaiser le conflit
– La justice fait partie de son pouvoir de nuisance, c’est un nouvel instrument

🔸 Il y a tellement d’incestes perpétrés en France que nous connaissons forcément les auteurs de ces violences. Statistiquement, tout le monde a rencontré un incesteur.

3 enfants sur 30 sont victimes d'inceste

Pour en savoir plus :
👉 Livre « Le voyage dans l’Est » Christine Angot
👉 Livre « Le berceau des dominations : anthropologie de l’inceste », Dorothée Dussy
👉 Livre « Les silences de la loi : une magistrate face à l’inceste » Marie-Pierre Porchy
👉 Podcast Les couilles sur la table « Qui sont les incesteurs ? » : https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/qui-sont-les-incesteurs
👉 https://www.protegerlenfant.fr/2021/05/19/mecanismes-silence-inceste/
👉 https://www.protegerlenfant.fr/2021/05/15/qui-sont-les-incesteurs/

Source : https://facealinceste.fr/blog/dossiers/le-nouveau-chiffre-de-l-inceste-en-france

Témoignage de Julie – Inceste

témoignage inceste

Voici le témoignage de Julie, une maman séparée d’un ex-conjoint manipulateur. En 2019, sa fille Inès se plaint d’inceste. L’inceste est d’abord nié par le tribunal puis reconnu en appel, le droits de visite du père sont alors suspendus. Mais un jugement JAF de 2020 revient sur cette décision. Julie décide alors de ne plus représenter sa fille au père pour la protéger et elle devient hors-la-loi.

Ce témoignage est en deux parties car depuis les choses ont évolué, mais hélas pas en bien. Vous trouverez cette seconde partie plus bas.


🔸 Aujourd’hui Julie est perçue comme une maman aliénante et le juge menace de placer sa fille.

🔸 Pourquoi en France n’applique-t-on pas le principe de précaution ? Pourquoi le parent protecteur se heurte-t-il aussi systématiquement au déni de la justice ?

🔸 Aujourd’hui les médecins ne signalent pas car ils ont peur des sanctions.

🔸 Lorsque l’enfant parle, lorsque le parent protecteur parle, ils ne sont ni écoutés ni crus. La libération de la parole est une chose, mais ne suffit pas.

**********

Seconde partie

🔸 Vous connaissez le début de l’histoire d’Inès, victime d’inceste et de violence de la part de son père, Marc, depuis l’âge de 5 ans.
Sa maman, Julie attend depuis 3 ans que sa fille soit protégée du comportement incestueux de Marc.
Voici la suite de leurs vies malmenées.

🔸 En mars 2021, le Juge pour enfant semble trouver que les éléments à charge concordent, il reconduit l’AEMO, la garde classique et demande au père de « stopper ses pincements » sans évoquer les attouchements..

🔸 Quelques jours plus tard, Marc débarque pendant la récréation de sa fille et insiste pour lui parler. Inès est stressée de cette intrusion dans son école, lieu qu’elle estimait protégé. La maîtresse et le directeur étouffent l’affaire. Inès est terrorisée au point que sa mère finit par faire de la non-représentation d’enfant. Cela rend furieux le juge pour enfant qui déclare :  » Puisque vous ne respectez pas la loi, je vais vous apprendre la moralité et le sens de la justice, à vous et à votre fille « 
Il place aussitôt Inès chez père en accordant à ce dernier les droits principaux de la garde classique. Julie ne comprend plus la Justice.

🔸 Quid du principe de précaution ? Ne s’applique-t-il qu’aux parents soupçonnés d’aliénation ? Et les parents soupçonnés d’inceste alors ?

👉 Pour en savoir plus
https://www.protegerlenfant.fr/2021/02/04/proteger-lenfant-est-puni-de-prison/

Adoptons le protocole NICHD

protocole nichd

Le protocole NICHD est une technique d’audition spécifique pour recueillir la parole des enfants (dès 4 ans), que ces derniers soient des témoins ou des victimes de violences.
Ses objectifs :

  • viser la non-suggestibilité
  • être le plus fiable possible et augmenter la crédibilité du témoignage
  • ne pas contaminer la parole de l’enfant ni l’influencer.

Connaissez-vous le protocole d’audition NICHD ?

600
Protocole NICHD

Améliorer les auditions d’enfants grâce au protocole Nichd

🔸 Le premier facteur clé de la qualité d’une info est la qualité de la question posée !
Pourquoi il est nécessaire de former plus de professionnels à ce protocole :
Quand un enfant est auditionné par une personne utilisant mal son autorité et sa position dominante, il peut fournir des informations qui ne sont pas exactes car issues d’un stress supplémentaire.
Pourtant, les enfants sont parfaitement capables de retranscrire un récit authentique et juste, et cela même très jeunes.

🔸 C’est aux professionnels d’être dans une posture d’écoute et d’alliance bienveillante afin de créer des conditions d’audition idéales. L’objectif est de diminuer la suggestibilité et augmenter la qualité du recueil de la parole pour au final que la Justice ait les bonnes informations.

🔸 Grâce aux questions plus ouvertes, le taux de révélation est plus important, les informations sont considérées plus fiables : Le personnel formé à ce protocole aide la Justice à mieux travailler.

Sources :

https://onpe.gouv.fr/actualite/protocole-nichd

https://www.cairn.info/recueillir-la-parole-de-l-enfant-temoin-ou-victime–9782100713103-page-137.htm

https://www.yvelines-infos.fr/recueillir-la-parole-dun-enfant-victime-de-violences/

https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/que-la-parole-de-lenfant-se-libere-ne-suffit-pas-20210215_NT5PS5S3RRGINMDYFPISUHQEZA/