Analyse de la fin du mythe de la famille comme espace de sécurité à priori…

mythe de la famille comme lieu de sécurité

….et de la loi comme preuve de l’institutionnalisation de la violence et des rapports de domination

Par Edith.


Ah ce mythe de la famille comme lieu chaleureux, bienveillant et protecteur… Et si on en parlait ?

« L’ordre public ne s’arrête pas aux portes de la maison » dit le Juge Edouard Durand (interview de C.Kouchner par Brut). Il ajoute que le tiers est indispensable dans ces situations car c’est « celui qui nomme l’écart entre la loi et le réel ». Cela peut être l’école, le/la médecin, l’éducateur-trice, le/la psychologue avec l’école comme lieu de repérage  important. Pourquoi pas la mère ? Pourquoi n’est-elle pas un tiers comme les autres ? 

Le langage, tout autant que la loi nous montrent aujourd’hui que nous sommes encore loin d’une culture de la protection. Cependant, à l’échelle du temps des droits humains, nous vivons en matière de prise en considération et protection de l’enfant, une évolution fondamentale de l’humanité, vers une humanité encore grandie, une humanité plus réelle. 

« Lire » le langage et lire la loi comme expression du vivre ensemble nous permet de mesurer les avancées parcourues mais aussi toutes celles qu’il reste à obtenir et que nous avons la possibilité de faire advenir ici et maintenant.  Nous avons tous les moyens de continuer à avancer vers cette humanité qui demande obstinément la fin radicale de toutes les violences faites aux enfants, et en particulier les violences sexuelles dont l’inceste.

 Les violences sexuelles dont l’inceste en tant que tabou sociétal sont un fléau incarnant une société qui se ment à elle-même. La famille est bien un lieu de violence interdite pourtant par la Loi. La société entière entretient le mythe de la famille, lieu de protection, alors que la famille est le premier lieu d’apprentissage des rapports de domination, sous couvert d’éducation. 

Nous (ré)affirmons qu’il est possible de décider que tout type de violence est à proscrire. Il existe aujourd’hui suffisamment de connaissances pour s’éduquer à éviter les rapports de forces et de domination. La coopération et la collaboration sont des manières de se relier aux autres non seulement efficaces tout en préservant le lien entre les personnes mais aussi une alternative tout aussi efficace à la violence pour apprendre à vivre ensemble.

Tout ceci est possible sans même besoin de changer la loi, mais en avons-nous la volonté collectivement ?

Pour que ce changement advienne, il faut d’abord reconnaitre la violence, ses causes et les lieux de son exercice. Il faut ensuite avoir le courage de la nommer, pour pouvoir enfin la traiter, et choisir de faire complètement autrement.

Les travaux lancés par l’Eglise dans le cadre de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE), sur les enfants ainsi que la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIVIISE) sont une grande avancée pour notre humanité. 

Le langage est la seule porte d’entrée pour que les violences soient nommées mais correctement, pour pouvoir être stoppées. La transformation habituelle d’une violence conjugale en conflit conjugal ou parental fait disparaitre de fait l’origine de la violence. C’est un des mécanismes d’invisibilisation de la violence intrafamiliale le plus puissant au sein des institutions en charge de la protection des personnes. 

La loi est d’ailleurs encore la preuve de l’institutionnalisation des rapports de domination hérités depuis des siècles. 

Il suffit de vouloir voir, pour le voir, puis le croire. Il est surtout possible de changer cet état de fait. A nous de voir si on veut changer ce mythe de la famille. 

mythe de la famille comme lieu de protection

I.     Le langage comme outil de représentation et surtout de dissimulation des rapports de domination : l’absence de l’agresseur et l’invisibilisation de la famille comme lieu des violences

Les chiffres des violences faites aux femmes (âgées de 18 à 75 ans) selon le site du gouvernement « arrêtons les violences.gouv.fr » indiquent qu’elles sont largement majoritaires au sein du couple, donc au sein du socle de la Famille. 

  • Sur la période 2011-2018, les femmes âgées de 18 à 75 ans victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint , donc au cœur de la famille, est estimé à 213 000 femmes en moyenne par an. A noter que ce chiffre ne couvre pas l’ensemble des violences au sein du couple car ne rend pas compte des violences verbales, psychologiques, économiques ou administratives mais seulement physiques. Or nous savons que des violences psychologiques peuvent être toutes aussi destructrices et en particulier car invisibles à l’œil nu. Encore une fois, il faut vouloir voir, pour le voir et le croire.
  • En moyenne les femmes âgées de 18 à 75 ans victimes de viols ou tentatives de viols sont estimées à 94 000 femmes, Dans 91% des cas, elles connaissent l’agresseur et dans 43% des situations, l’agresseur est le conjoint ou l’ex conjoint et dans 32% des situations une personne très proche (cf.Enquête Cadre de Vie et sécurité  de 2018 de l’INSEE sur commande du ministère de l’intérieur). 
  • Depuis 2017 jusqu’en novembre 2021, 496 femmes sont mortes en France sous les coups de leur conjoint ou ex conjoint.

Avant de passer à un examen de la loi en ce qu’elle reflète très justement l’état de la volonté politique dominante (au sens de majoritaire), il peut être utile de faire quelques remarques sur la manière de nommer ces nouvelles statistiques par le gouvernement reprises par les institutions dans leur ensemble : 

  • C’est l’expression « violences faites aux femmes » qui a été retenue par les pouvoirs publics pour commencer à reconnaitre le problème. Et il faut saluer cette nouveauté qui consiste en particulier pour les pouvoirs publics à effectuer des enquêtes pour recenser les actes relatifs à ces violences. La première enquête date de 2000 dont les résultats ont été publiés en 2003 .C’était donc hier et c’est une évolution majeure. Grâce à ce travail, au regard des chiffres cités plus haut, maintenant nous savons. Nous savons que la violence existe même si elle est cachée au sein des familles dont la première brique est le couple.

Mais le choix de cette expression interroge : la formulation très neutre liée à l’emploi du verbe faire,  « faites aux femmes», semble aller dans le sens d’une banalisation de la chose en soi  au même titre que l’on fait la cuisine, on fait le ménage, on fait la guerre, on fait l’amour, les violences sont faites aux femmes. Dans le même ordre d’idée, sa formulation sous la forme passive semble donner la priorité à une objectification de la femme. François Héritier a bien mis en évidence que le choix des mots ou concepts attribués dans différentes langues donne une idée des valeurs qui la sous-tendent. Les mots  ou formulations renvoient au féminin ou au masculin en fonction de ce qui est valorisé chez l’un ou l’autre. Le langage est culturel, dit notre société et n’est pas l’émanation d’une simple observation du réel. Il suffit de comparer les cultures pour s’apercevoir qu’en Inde le passif est un attribut masculin car valorisé dans cette partie du monde. La puissance vient de la maitrise de soi-même et sur les choses, tandis qu’en Europe, le passif, est plutôt hiérarchisé du côté du féminin. L’actif étant l’apanage de l’homme.  

Alors qui sont les agresseurs?  Ne pourrait-il pas aussi être utile de parler de violences faites par des hommes sur des femmes (et enfants)?  De la violence des pères sur les mères ? De la violence des époux sur les épouses ? Des compagnons sur les compagnes ? F.Héritier relevait cependant que par cette expression « Violences faites aux femmes », il ne faisait aucun doute dans l’esprit de la population que les agresseurs étaient des hommes. » (Conférence à la Maison des Métallos- Femmes victimes de violences dans la sphère publique, le 25 novembre 2014). 

Aujourd’hui le site vie-publique, au demeurant très utile pour objectiver les violences subies par les femmes, termine son propos avec un grand titre « les réponses sociétales apportées aux femmes ». Ne pourrait-on pas également voir écrit « Les réponses sociétales apportées pour empêcher les hommes d’agresser » ? 

  • Puis il est à noter que l’expression « violence au sein du couple » a aussi été retenue. Mais qu’est-ce que le couple, sinon le noyau de base, le socle de l’institution autour de laquelle notre société s’est construite à savoir « la famille » ? Pourquoi ne parler que du couple et non de la famille ? Pourquoi ne pas parler de famille ? Cela permettrait de mettre en lien directement les relations intrafamilliales dans leur ensemble par rapport aux conséquences qu’elles peuvent avoir en particulier sur les enfants témoins et donc de toute façon victimes. 

La France a clairement choisi dans ses réflexions liées aux politiques en faveur des femmes d’utiliser le vecteur de l’égalité professionnelle en laissant de côté les éléments liés à la sphère familiale, contrairement au Québec par exemple. En effet, le Québec a investi le sujet en lien avec la famille à travers la promotion de l’autonomie économique des femmes comme clé de l’émancipation selon Anne Revillard.

Alors, ne pas parler de ces agressions au sein de la famille interroge, comme ne pas parler des agresseurs interroge également. 

Au regard des statistiques énoncées et en citant simplement Adèle Haenel dans son interview du 3 novembre 2019 à M. Christope Ruggia sur Médiapart, nous savons désormais que les violeurs, les violents et les agresseurs sont bien au cœur de  notre entourage : « Ce ne « sont pas des monstres. Ce sont nos pères, nos frères, nos amis… ». Il est rappelé une fois encore que 91% des femmes les connaissent dont la majorité exercent leur violence au sein de leur propre famille (47% sont les compagnons ou ex compagnons) et donc souvent de manière cachée, protégés par le « secret » obtenu par l’emprise ou la menace.

Alors pourquoi ce choix ? Que ce choix de mots dit-il des idées qui sous-tendent ces choix de présentation et représentation de ces violences ? Que les femmes sont des victimes donc renvoyant à un imaginaire de soumission, de faiblesse, d’incapacité à se défendre ? Que les hommes n’y sont pour rien car ne sont jamais nommés ? 

Alors, oui, nommer les victimes pour visibiliser le phénomène est essentiel pour qu’elles puissent être enfin reconnues, et accompagnées dignement. Mais ne pas nommer les agresseurs et ce qu’ils sont, montre que notre société n’est pas prête à pointer les réels responsables. Ne pas les désigner, cela revient aussi à ne pas s’attaquer sérieusement au traitement de leurs violences et par conséquent à ne pas penser non plus comment il pourrait être mis fin à cette violence, et enfin pouvoir viser son éradication. Cela revient aussi à nier la responsabilité de la famille pour protéger le  socle de notre société.  

II.     Le mythe de la famille comme zone de protection s’effondre pour révéler le lieu de violences graves et/ou ordinaires systémiques, mais encore impossible à reconnaitre par l’ensemble de la société. 

Selon l’Observatoire national de la protection de l’enfant (ONPE), le nombre d’infanticides en France depuis 2016 est systématiquement majoritairement commis au sein des familles : Depuis 2016, chaque année il y a eu 68, puis 67, 80, puis 53 et enfin 49 enfants tuées au sein de leur famille entendue au sens large soit père, mère, beaux-parents, grands-parents, oncle, tante, membres de la fratrie). Il faut également noter que sur chacune de ses années, c’est toujours plus de 60% d’enfants qui ont moins de 5 ans. 

C’est sans parler du fait qu’il est aujourd’hui reconnu, que les violences au sein des familles (physiques et/ou sexuelles) concernent 213 000 de femmes victimes au sein du couple donc de la famille en France (cf.ci-dessus), et qu’il est enfin reconnu depuis le décret du 23 novembre 2021 que les enfants sont des victimes à part entière de cette violence. 

Si l’on prend le chiffre du Haut-Commissariat à l’Egalité (HCE) dans son rapport du 9 juin 2021, ce sont 398 000 enfants co-victimes de violences conjugales.

Concernant les violences sexuelles sur les enfants, ce sont 160 000 enfants agressés sexuellement par an. D’après le rapport intermédiaire de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE)  auprès de plus de 10 000 personnes, l’agresseur est un membre de la famille à 84% pour les femmes et à 64% pour les hommes. Par extrapolation des chiffres de la CIIVISE, l’association « Sous le regard d’Hestia » calcule que sur la totalité de ces violences sexuelles, 44% sont des violences incestueuses soit 70 000 enfants par an dont 22 000 enfants sont incestés (agressés sexuellement) par le père. Il y aurait donc un 1/3 des incestes qui seraient du fait du père. Cela représente donc 31% du total des incestes

Alors pourquoi ces chiffres ne sont pas plus connus, diffusés et/ou suffisants pour considérer qu’il s’agit là d’un vrai fléau, d’un crime de masse ? 

Alice Miller pointe du doigt dans la Connaissance interdite   « l’aveuglement de la société par la peur de mettre en cause ses parents ». Cette peur permet la répétition de la violence des parents sur les enfants. Pourtant, reconnaitre la violence potentielle des parents peut permettre à un enfant d’envisager une possible reconstruction. Ce faisant, cela permettrait que ne soit pas répété ces crimes de génération en génération. 

Il s’agirait donc là de toucher à des mécanismes liés à des croyances très fortement ancrées sur le respect total de l’enfant vis-à-vis du parent, sur l’impossibilité d’un parent de mal faire, sur la nécessité d’une éducation comme il faut etc. Elle complète tout de même cette pensée en pointant les règles de notre société qui indiquent en pratique que « seuls les pédophiles sans enfants sont punis par la société. Les enfants étant considérés comme propriété des parents, à l’intérieur de la famille, le comportement le plus anormal, le plus absurde, le plus pervers peut sans entraves détruire la vie des autres, sans que personne ne le remarque ». (p.71)

Or, à ce stade, l’aveuglement de la société semble très cohérent avec la tolérance mutique des innombrables violences perpétrées impunément dans le cadre familial. Une hypothèse, provocatrice – quoi que…- pourrait  quand même être formulée : moins qu’un aveuglement de la société, n’y aurait-il pas une réelle intention du législateur (de nos députés et sénateurs) de conserver un corpus de règles visant à «faciliter » les violences sexuelles sur les enfants et encore plus au sein du  « huis-clos  des familles » ? 

A.Miller mentionne également les travaux d’Elisabeth Trube-Becket, médecin légiste qui en 1987, affirme que pour un cas de violence sexuelle perpétrée sur un enfant signalé, c’est 50 cas qui seront tus. Un autre fait mis en avant est que des millions de professionnels du soin (médecins, psychiatres, éducateurs…) s’occupent de traiter les conséquences liées à ces violences sexuelles « sans s’en rendre compte, ou sans avoir le droit de dire de quoi il s’agit ».  Nous resterons aujourd’hui sur les chiffres officiels, donc connus des violences faites sur les enfants.

III. La loi, preuve et actrice  dans le temps de l’institutionnalisation des rapports de dominations (et donc de violences) des hommes sur les femmes et les enfants : quand la peur de ses parents vaut consentement au mariage

Alors pour mesurer à la fois le chemin parcouru et celui qu’il reste encore à parcourir, il peut être utile d’illustrer d’où l’on vient en matière du droit de la famille et en particulier par rapport à l’évolution du mariage comme institutionnalisation de la domination de l’homme sur la femme, et plus largement, le symbole de rapport de domination consacrés comme fondement du vivre ensemble dans les familles.

C’est l’article 63 du code civil, chapitre III, des actes de mariage, qui explique les conditions dans lesquelles le mariage peut-être déclaré nul. Il dispose : « …la célébration du mariage est subordonnée à  l’audition commune des futurs époux, sauf en cas d’impossibilité ou s’il apparait, au vue des pièces fournies, que cette audition n’est pas nécessaire au regard des articles 146 et 180 ». Cf.article 63 alinéa 2.

Il faut donc se référer à l’article 146 qui pose sainement le principe suivant : « Il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a point de consentement » selon une loi en date de 1803. Il pourrait d’ailleurs être noté, que dans ce cas, la notion d’explication du consentement n’a pas eu l’air de faire énormément débat, contrairement aux cas de dénonciations de viols que nous vivons depuis le mouvement METOO.

Puis nous découvrons l’article 180 du code civil modifié par une loi de 2006  précise: « Il ne peut pas y avoir de mariage sans consentement libre des deux époux, l’exercice d’une contrainte sur les époux ou l’un d’eux, y compris par crainte révérencielle envers un ascendant constitue un cas de nullité du mariage ».  

La « crainte révérencielle » est un « sentiment d’obéissance, de respect et de crainte inspiré par une personne du fait de l’autorité qui est la sienne. » qui a été pensée comme étant le fait des parents au premier chef, ou tout autre figure d’autorité au sein de la famille. 

Lire cela, peut nous plonger dans ce double mouvement qui pousserait à se dire d’abord : « Mais c’est la moindre des choses, heureusement… ! ». Et en même temps, se dire que cela a dû être écrit dans la Loi et en 2006, il y a donc seulement une 20aine d’année montre de manière très claire qu’il s’agit d’un fait récent. Il s’agit bien d’un choix nouveau que de mettre un terme à l’institutionnalisation d’un rapport de domination évident « d’un ascendant sur son enfant ». Si cela a été possible en 2006, il est heureux de se laisser aller à penser que cela peut aussi l’être en 2022.

Alors la raison de mon optimisme, est à la fois dérisoire mais aussi puissante. Cette disposition de l’article 180, nous indique en quatre dates comment les choses ont changées : 

  • Le mariage forcé a été aboli par la loi de 1803 selon l’article 180.
  • Mais le même code Civil 1804, a maintenu son article 1114 dans le chapitre « Droit des contrats » qui dispose : « La seule crainte révérencielle envers le père, la mère, ou autre ascendant, sans qu’il y ait eu de violence exercée, ne suffit point pour annuler le contrat (Code civil, 1804, art. 1114) »

Pour qui dispose d’un tempérament logique, si au sein d’un même code civil,  un article indique un impossible (en l’espèce l’article 180 en droit du Mariage, qui interdit le mariage forcé en 1804 et donc posé le principe du consentement obligatoire), pourquoi un autre article continue à le permettre en sous-entendant que la « crainte révérentielle » donc la peur de ses parents ne suffit pas à mettre fin à un contrat ? En droit des contrats on apprend donc que la crainte de ses propres parents ne permet pas d’annuler un contrat signé dans ces circonstances, donc que faire dans le cas d’un contrat de mariage ?  

Il semble assez clair que le code civil contient donc des articles pouvant conduire à dire tout et son contraire. On peut se reporter à l’analyse de Mme Rude-Antoine qui indique que l’article 1114 aurait été conçu pour assurer le contournement justement de la règle énoncée en Droit du mariage, même si d’autres juristes s’en défendent. Ceux-ci indiquent que justement, le mariage aurait été exclu de l’article 1114. . Or la seule chose qu’il convient de garder en tête, est que la Loi sur ce point entretient de manière certaine la confusion, et de fait, entretient le doute sur le fait que la Loi « dit vraiment »  ce qu’elle permet, en l’espèce la contrainte des parents sur les enfants en matière de mariage.  

La crainte révérentielle se place donc du côté de la violence légitime « permise par la loi donc la société, donc nos députés, sénateurs, donc les citoyens français », ou autrement dit de la « violence autorisée » donc de fait « encouragée » par tous et chacun. 

Ceci est une bonne introduction à la lecture de la loi comme permettant finalement «tout et son contraire ». 

L’avantage est que cela donne de claires indications à qui veut vraiment les lire, de l’inégalité et de l’injustice entretenues par la loi elle-même dès qu’il s’agit de toucher aux règles régissant la famille, et en particulier lorsque les règles organisent les rapports de domination de manière tout à fait asymétrique. 

  • C’est donc en 1975 (mise en vigueur un an plus tard le 1er juillet 1976) qu’est instituée la possibilité de dénoncer un mariage qui aurait été conclu sans le consentement libre des époux ou de l’un d’entre eux. C’est une énorme avancée qu’il faut donc saluer. Elle ne date donc d’il y a 47 ans.
  • Puis en 2006, le législateur modifie cette disposition par le rajout « y compris par crainte révérencielle envers un ascendant constitue un cas de nullité du mariage ». C’était donc certainement encore nécessaire pour qu’il fût utile de devoir préciser que la pression d’un ascendant ne pourrait désormais plus opérer comme moteur ou raison du mariage, contrairement à la volonté de l’enfant (qu’il soit adulte ou encore enfant). Cette évolution témoigne une fois encore au sein de nos sociétés de rapports de domination persistants malgré des avancées salutaires pour l’égalité. C’était il y a 16 ans. 
  • Et enfin, c’est en 2016, que l’article 1114 du code civil au titre du « Droit des contrats »,  en vigueur depuis 1804, a été réformé soit 10 ans après l’article 180.  En matière de contrat c’est donc une révolution qui est opérée puisque la légitimation de la « crainte révérencielle » a été totalement enlevée et remplacée par la formule suivante : « L’offre, faite à personne déterminée ou indéterminée, comprend les éléments essentiels du contrat envisagé et exprime la volonté de son auteur d’être lié en cas d’acceptation. A défaut, il y a seulement invitation à entrer en négociation. ». Il est aussi à noter, en passant,  que si cette formulation était retenue dans tous les cas d’agressions sexuelles et viols, l’équilibre entre individus serait rétabli d’un trait de plume.  C’était il y 6 ans. 

Pourquoi cette formulation valable en droit des contrats, ne pourrait-elle pas être tout simplement transposée en droit pénal ? Il semblerait que cette piste à explorer pourrait permettre de traiter simplement le problème à la racine : savoir s’il y a eu ou non consentement est forcément déclaratif, et « à défaut de consentement explicite » comme dans un contrat, «  il y a seulement invitation à entrer en négociation ». Si le droit des contrats le permet, pourquoi le droit pénal ne le pourrait-il pas ?

Mais pour en revenir à cette asynchronie  temporelle dans la modification de la loi, que doit-on conclure de ces constats ou tout au moins quelles questions peuvent alors se poser ? 

La crainte et la peur d’un parent étaient encore jusqu’en 2006 en droit de la famille, puis 2016 en droit des contrats, considérées comme légitimes dans l’organisation de la vie de leurs enfants, et le tout consacré dans le même code civil droit donc par notre société. C’était donc hier. 

En effet, alors même que « la crainte révérencielle (d’un enfant vis-à-vis d’un ascendant) » est bannie tardivement en matière de mariage (2006) considérée comme insuffisante pour emporter nullité du mariage, puis finalement encore plus tardivement en 2016 dans le code civil au chapitre « droit des contrats ». On pourrait se demander si le maintien de « la crainte révérencielle comme insuffisante pour faire annuler un contrat » jusqu’en 2016 aurait pu avoir des conséquences indirectes sur l’application de l’article 180 en matière de mariage ? 

En d’autres termes, en matière de droit des contrats et donc en matière économique, « la crainte révérencielle » était légitime jusqu’en 2016  n’emportant donc pas vice du consentement des enfants par rapports à leur parent. Cela a-t-il pu avoir un effet sur l’absence de dénonciation d’abus au civil en matière de mariage, par crainte de représailles économiques dans le cadre de contrats à visées financières conclus par ailleurs entre les personnes qui se sont mariées, et/ou leurs parents respectifs ?  Cette hypothèse ne semble pas pouvoir être écartée d’autorité. Faire le lien entre les deux types de liens, lien du mariage et liens économiques via le droit des contrats, pourrait être révélateur du maintien de la violence par le biais économique. En tous cas, il est permis de se poser la question. 

En tout état de cause, deux possibilités se dégagent : soit le droit est incohérent, soit il y a une cohérence. Mais dans les deux cas, comprendre à qui cela profite donne des clés pour traduire l’état des valeurs de notre société  

Quelque soit le résultat de cette réflexion, il est déjà certain qu’elle n’est pas en faveur de l’enfant, puisque la domination des parents (oui) sur l’enfant (adulte ou enfant) est restée légitime jusqu’en 2016, il y a à peine 6 ans en matière de mariage, donc au cœur du droit de la famille.

IV. L’ambiguïté de la loi comme preuve de l’institutionnalisation des rapports de dominations (donc des violences) sur les enfants et au sein du couple : 

Aujourd’hui, malgré l’instauration d’une majorité à 18 ans, les mineurs peuvent encore se marier. 

Mais que cela veut –il dire des valeurs portées par notre société ?  

Sortir du débat proprement juridique permet de voir l’essentiel des  valeurs que nous portons collectivement par le biais de la loi, expression du vivre ensemble que nous souhaitons. 

1 – Quand la contradiction intrinsèque de la Loi interdit mais permet en même temps aussi le mariage des mineurs

Comme tout le monde le sait, la majorité est à 18 ans. Le code civil consacre dans son article 144 le principe suivant : « Le mariage ne peut être contracté avant dix-huit ans révolus. »

Les discussions qui se sont tenues en 2021 concernant la majorité sexuelle rabaissée à 13 ans, puis heureusement  (et encore) à 15 ans sont l’illustration la plus manifeste d’une culture du viol par précisément ceux qui font la loi, donc nous tous, puisque nous élisons nos députés.  Pourquoi discuter d’un consentement sexuel différent de la majorité de 18 ans? 

De manière surprenante, notre même code civil actuel, quelques articles plus loin, dans son article 148 dispose que : « Les mineurs ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs père et mère ; en cas de dissentiment entre le père et la mère, ce partage emporte consentement. »

Encore une fois, par simple logique : 

  • pourquoi le législateur maintient-il à quelques articles de différence l’opposé du principe de droit général consacré c’est-à-dire qu’un mineur peut se marier ? 
  • Pourquoi, s’il s’agit d’une exception n’est-elle pas regroupée par simple esprit pratique sous le même numéro d’article ? Se pourrait-il que cette simple question pratique puisse nous donner des indices sur le degré de clarté et de transparence des valeurs à l’œuvre maintenues sciemment dans la loi ? 

Admettons maintenant qu’une réponse raisonnable puisse être apportée à ces deux questions  Quand bien même le maintien du « tout et son contraire » aurait sa logique à savoir « seuls peuvent se marier les personnes ayant atteint l’âge de la majorité, soit 18 ans », et «  les mineurs ne peuvent se marier qu’avec le consentement d’au moins un de leurs parents et du Procureur de la République», la question la plus importante à se poser reste : en quoi y aurait-il urgence aujourd’hui à se marier en étant mineur ? 

Avec l’allongement de la durée de vie, le nombre moyen de partenaires par personne qui a augmenté. Dans quel cas, l’urgence d’une union via le mariage justifierait qu’un mineur ne puisse pas tranquillement attendre d’avoir 18 ans ?

Or, si l’on rapporte le nombre d’agresseurs à leur genre, 96% des agresseurs sont des hommes dans les cas de violences sexuelles sur enfants. Faut-il alors regarder aussi la proportion d’hommes qui font nos lois ? 

2 – Quand la domination d’un seul parent emporte consentement de tous.

Il convient également à ce stade de s’arrêter sur le reste des valeurs sous-tendues par l’article 148.

Ce dernier maintient le consentement des parents sur une décision individuelle de leur enfant mineur. Le rapport de « domination » appelé de manière acceptable « responsabilité » est donc clairement la règle alors même que ce qui est en jeu pour le mineur est bien uniquement sa vie propre. Et de manière encore plus étonnante, il est écrit qu’en cas de désaccord entre les parents, cela emporte consentement tout simplement. Il est clair qu’avec cette disposition, l’accord et la prise en compte positive de l’avis de chacun des parents n’est pas ce qui est  cherché. Ce qui semble être le plus important est bien le consentement d’un des deux « parents» sur l’enfant qui l’emporte plutôt qu’un accord entre les parents. 

Autrement dit il s’agit simplement de préférer  le rapport de « domination » d’un parent au moins vis-à-vis de son enfant et non d’encourager un accord entre parents. Il y a ici la preuve que c’est la conservation du rapport de domination dans cette triangulaire père/mère et enfant qui semble être la chose la plus importante pour le législateur (donc nos députés, nos sénateurs, nos représentants). 

Cette domination prime par rapport à la valorisation d’un accord commun entre les parents pour pouvoir faire advenir ce consentement.  Et s’il on veut vraiment voir ce qui est à l’œuvre : au-delà de la preuve que la domination d’un adulte sur l’enfant est préférée, cet article de loi montre clairement également les racines de la domination conjugale : celui qui souhaite donc décider pour son enfant mineur qu’il doit se marier, l’emporte sur le conjoint qui ne le souhaite pas. Il s’agit donc ici d’une double soumission pour le conjoint qui ne le souhaite pas : non seulement il ne souhaite pas voir son enfant mineur marié, mais en plus son propre consentement est également nié, puisque la décision omnipotente d’un consentement unilatéral de l’un l’emporte sur l’autre. Si l’on veut incarner un peu plus le mécanisme : un parent qui souhaite protéger son enfant d’un mariage alors qu’il est mineur, échouera à le protéger de la décision de l’autre qui le souhaite. La violence de la domination est donc institutionnalisée dans notre loi. 

En conclusion, l’absurdité de la loi aujourd’hui, apparait une nouvelle fois en défaveur des mineurs, donc des enfants. La loi apprend la domination des uns par les autres et continue à l’encourage au sein du couple comme vis-à-vis des enfants. 

la loi institutionnalise les violences intrafamiliales

V. La loi comme preuve (très récente) de l’institutionnalisation des rapports de domination sans aucune ambiguïté en matière de violence sexuelle sur mineur : l’exemple de la Loi Billon du 21 avril 2021 

Même, s’il faut saluer certaines avancées de la Loi du 21 avril 2021 visant à « protéger les mineurs des crimes et de l’inceste », il n’en reste pas moins qu’elle continue à conserver les mécanismes de dominations en incluant des exceptions et des différences de traitement des mineurs victimes de violences sexuelles.

1 – L’introduction d’une clause « Roméo et Juliette » permet l’inversion de la charge de la preuve par la domination de fait lié à l’âge des personnes concernées : preuve de l’institutionnalisation de rapports de domination 

L’argument mis en avant par le Ministre de la Justice, M.Dupont-Moretti pour la clause de Roméo et Juliette afin soit-disant de ne pas pénaliser des rapports consentis pour la personne qui passera de 17 à 18 ans avec un enfant qui passera de 13 à 14 ans ou 14 à 15 ans est bien léger.  

Pour rappel, la loi a intégré une exception au principe pourtant enfin protecteur de « non-consentement d’un mineur de moins de 15 ans et de moins de 18 ans en cas d’inceste» en cas de relations sexuelles avec un adulte. Or, un écart maximum de 5 ans entre deux mineurs ou jeunes adultes a été introduit dans la Loi pour que le seuil de non consentement soit aboli, contrairement au principe posé par la même Loi du 21 avril. Cette exception est consacrée dans l’article 222-23-1 du code pénal.

Une fois encore, la loi arrive à dire donc « tout et son contraire » au motif d’exception dont les justifications sont plus que discutables. 

Or une chose ne peut pas être discutable en l’espèce : cette exception dite « Roméo et Juliette » permet d’autoriser un rapport de domination de fait, par la différence d’âge, en inversant la charge de la preuve la faisant peser sur la victime et non plus sur l’agresseur désigné.  Elle profite directement aux jeunes les plus âgés par rapport aux plus jeunes, dans le cadre d’une relation aysmétrique et donc de domination de fait liée la différence d’âge. 

Il est peut-être utile de rappeler ici, que si les rapports sont consentis, il n’y aura pas de problème.  Alors à qui profite cette exception ? De quelle société nous parle-t–elle ? Quel seuil de violences sexuelles considérons-nous comme acceptable pour nos enfants ? 

Trois types questions doivent être posées à ceux qui ont le pouvoir de faire autrement, de penser autrement, à moins que cela ne leur profite peut-être directement ou indirectement. Ces questions s’adressent : 

  • A tous les députés et sénateurs qui représentent aussi les futurs citoyens que sont les enfants ainsi que tous les magistrats qui ont en responsabilité d’assurer la protection de l’enfance et de manière générale la sécurité aussi au sein de notre société : 
  • Au Ministère de la Justice,  
  • A la Première Ministre,
  • Au Président de la République, 
  1. A qui cela profite ? L’article 222-23-1 du code pénal oblige donc les jeunes personnes de 14, 15, 16, 17 ans à prouver leur non-consentement si elles sont violées par des jeunes adultes de 19, 20, 21 et 22 ans. Cela profite donc simplement à des jeunes agresseurs, dont la conscience de leurs actes sera fraîchement légalement reconnue avec l’acquisition de leur majorité à 18 ans. 
  1. Qu’est-ce que cela dit de notre acceptation qu’un jeune adulte puisse en matière sexuelle finalement savoir qu’il peut faire toutes les expériences qu’il souhaite sur des jeunes personnes à partir de 14 ans, puisque la preuve d’un éventuel crime ou délit ne leur incombera pas ? La charge de la preuve donc de la culpabilité reposera sur qui ?  Quel message cela donne aux jeunes adultes vis-à-vis de la responsabilité de leurs actes sur plus petit que soi ? 
  1. Enfin, qui peut donner une raison pour laquelle un jeune adulte de 18 à 22 ans, ne peut pas faire d’expérience de relations sexuelles avec ses pairs en toute légalité mais se tourne plus volontiers vers plus petit que lui ? Et plus encore, pourquoi la Loi (et donc nos députés, nos sénateurs et donc les citoyens français), a-t-elle autorisé cette exception ? 

Sans présumer de la réponse de chacun des responsables de notre Etat français, bien que certains se soient déjà largement exprimés (ce qui facilite la compréhension de leur intérêt personnel ou celui de leurs pairs), une conjoncture sera posée : notre loi institutionnalise à dessein, les rapports de domination par l’abus de pouvoir, par l’emprise que contient en elle-même la différence d’âge au détriment d’un apprentissage sain du consentement. 

Faire de la majorité légale de 18 ans, le seuil commun de déclenchement de tout principe de non consentement pourrait être si simple, si logique, si protecteur, si humain. Cela permettrait simplement de laisser le temps aux enfants mineurs de se construire autour du consentement mutuel, plutôt qu’autour de permissions implicites d’exercer un rapport de domination et de violences sexuelles sur les plus petits

En effet, pour illustrer cette permission implicite, il faut revenir au « chapitre I. Le langage comme outil de représentation et surtout de dissimulation des rapports de domination » et relire l’article de loi concernée , soit l’Article 222-23-1 du Code de procédure pénale : « Hors le cas prévu à l’article 222-23, constitue également un viol tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis par un majeur sur la personne d’un mineur de quinze ans ou commis sur l’auteur par le mineur, lorsque la différence d’âge entre le majeur et le mineur est d’au moins cinq ans ».

La rédaction suivante,  qui revient au même, permet de rendre parfaitement explicite, la permission implicite : 

« Hors le cas prévu à l’article 222-23, constitue également un viol tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis par un majeur sur la personne d’un mineur de quinze ans ou commis sur l’auteur par le mineur mais seulement si la différence d’âge est égale ou supérieure à 5 ans à l’âge du mineur

En effet, tout acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit, ou tout acte bucco-génital commis par un majeur sur la personne d’un mineur de quinze ans et plus ou commis sur l’auteur par le mineur est autorisé lorsque la différence d’âge entre le majeur et le mineur est d’au moins cinq ans. Dans ces cas, tout mineur de 14 à 17 ans ayant été l’objet de violences sexuelles de la part de majeurs de 18 à 22 ans, devront prouver leur non-consentement et donc prouver qu’il a eu viol ou agression sexuelle. Ceci est valable contrairement à tous les autres jeunes de 14 à 17 ans qui seront violés ou agressés sexuellement par une personne ayant 6 ans et plus que la victime, qui n’auront pas à prouver leur non-consentement». 

Voilà donc explicitement ce que la loi Billon telle qu’elle est  écrite veut dire implicitement. Il s’agit ici du même mécanisme décrit ci-dessous : à savoir l’introduction d’une exception à un principe général dans la loi permettant l’apprentissage non seulement de l’inégalité de traitement entre mineurs, mais aussi donc de rapports de domination sous couvert de consentement présupposé. La Loi présume bien du consentement de mineurs à de possibles agressions sexuelles par plus âgés qu’eux dans la limite de 5 ans d’écart d’âge. La loi permet tout simplement l’autorisation légale de la domination des plus âgés sur les plus jeunes. 

La loi continue à dire « tout et son contraire ».

2 – L’introduction dans la loi d’une différence d’âge comme seuil de déclenchement du principe protecteur de « non consentement », jusqu’à 18 ans en cas de violences sexuelles intrafamilliales (inceste), et seulement jusqu’à 15 ans pour les autres violences sexuelles : une inégalité de traitement des agressions sexuelles sur mineur en fonction de leur âge, exemple d’institutionnalisation par la loi de rapports de domination.

Alors, dans le même état d’esprit : à qui sert l’abaissement du seuil présumé de non-consentement à 15 ans, par ailleurs mis en cas d’inceste à 18 ans ? La loi donne un signe positif vis-à-vis des  abus perpétrés au sein de la famille, et c’est tant mieux, mais dans un autre sens donne encore une autorisation plus large aux pédocriminels non incestueux (hors de la famille). 

Cette inégalité de traitement instaurée entre des enfants de 15 et de 16/17 ans selon que leurs agressions sexuelles se passent au sein de la famille ou non, doit également interroger sur le message que cela envoie à nos enfants de manière générale. Il ne faudrait pas que cette « avancée » concernant la reconnaissance de l’inceste s’arrête là.

En guise de conclusion tout à fait provisoire, et pour les députés, sénateurs, pour le gouvernement, pour le Ministre de la Justice, pour le Président de la République, encore deux questions simples :

1. Qui pourrait donner une seule raison pour laquelle, un enfant devrait se marier mineur et ne pourrait pas attendre d’avoir 18 ans ? 

2. Qui pourrait donner une seule raison pour laquelle, une agression sexuelle/viol sur mineur serait moins grave pour un enfant de 15, 16 et 17 ans, en cas d’agressions sexuelles et viol par une personne hors de la famille, que sur un enfant de 15,16, 17 ans au sein de la famille (cas d’inceste)? 

Nous pouvons faire le choix de changer, vers plus de protection des enfants, vers moins de domination, vers plus de respect, donc  vers encore plus d’humanité.


APPEL A ACTIONS DANS LE TEMPS : Pour tous les professionnels (médecins, psychologues, psychiatres, éducateurs, avocats, magistrats etc…) et/ou citoyens qui souhaitent participer activement à ce changement de société, vous pouvez écrire à l’adresse suivante pour plus d’informations : edith@protegerlenfant.fr

Les bracelets anti rapprochement

bracelet anti rapprochement

Le bracelet anti rapprochement (BAR) est un dispositif préventif dans la lutte contre les violences intrafamiliales, comme l’est le téléphone grave danger. Ce système de surveillance électronique permet la géolocalisation d’une victime et de l’auteur réel ou présumé de ces violences.

Le bracelet anti-rapprochement est vu aussi comme une alternative à la prison.

Il est posé à la cheville de l’agresseur. De l’autre côté, un boîtier connecté est donné à la victime qui doit toujours l’avoir sur elle également. Les deux éléments sont géolocalisés de manière coordonnée. Si l’agresseur se rapproche de la victime, celle-ci, ainsi que les forces de l’ordre, sont alertées. En théorie, il ne nécessite aucune intervention de la part de la victime. La police demande d’abord à l’agresseur de sortir de la zone protégée et s’il refuse ou ne répond pas, elle intervient pour mettre la victime à l’abri.

L’arrivée des bracelets anti-rapprochements en France

En septembre 2020, 1000 bracelets sont rendus disponibles. Le nombre de bracelets vraiment délivrés dépend lui des décisions rendues par les juges et des situations de violences conjugales (profil de l’agresseur, dangerosité, configuration des lieux…). Or, en mai 2021, Eric Dupond-Moretti s’agace que seuls 61 bracelets ont été posés.

« Ils n’ont pas vocation à rester au fond des tiroirs », peste-t-il. Six mois plus tard, on est à 509 bracelets activés… Il existe toutefois d’importantes disparités régionales.

A titre de comparaison, 1969 femmes sont équipées d’un téléphone grave danger en début 2021. Et pour rappel, plus de 8000 bracelets ont été utilisés depuis 2009 en Espagne dont 2000 actuellement actifs. « Ils ont permis de freiner les tentatives d’homicide des agresseurs mais ont surtout évité les franchissements« , explique la criminologue Lorea Arenas García dans une étude publiée en 2016, citée par l’AFP.

Quand on parle de BAR, la question du consentement de l’agresseur est souvent évoquée. En effet, depuis septembre 2020, il y a 2 façons d’imposer le port du bracelet. Soit par une procédure pénale, soit via une procédure civile. Et là, il faut que le conjoint violent accepte. S’il refuse, en plus d’apporter du discrédit à son « innocence », l’agresseur peut voir le juge en charge demander l’ouverture d’une enquête pénale pour imposer son port. Néanmoins, de la demande à la mise en action réelle du dispositif, on vous laisse imaginer le temps juridique nécessaire… Et pendant ce temps, les victimes ne sont pas protégées. On est loin de la gestion immédiate de l’urgence vitale.

Une autre problématique est que pour des questions de budget, ces bracelets ne sont pas déployés équitablement sur le territoire comme ils pourraient l’être. On est donc inégalement protégé selon où on habite.

La force du dispositif repose dans sa capacité de dissuasion. Le bracelet est sensé créer autour de la victime une zone de protection verrouillée dans laquelle l’auteur ne peut pénétrer. Ce dernier doit se sentir surveillé pour qu’il respecte l’interdiction de se rapprocher de la victime ainsi que l’interdiction de contact ou de se rendre en certains lieux (domicile, lieu de travail ou de vie de la victime). La façon dont on communique avec lui est primordiale pour s’assurer qu’il comprenne qu’il n’est pas libre de ses mouvements.

Tous les agresseurs ne sont pas de bons candidats au bracelet. La prison est préférable pour les profils psychotiques ou déséquilibrés. Les magistrats privilégient les personnalités plus insérées pour le port du bracelet, ce qui pose vraiment la question du diagnostique de l’agresseur… Or, par manque de formation et de moyens, ce n’est pas la grande force de la Justice que de reconnaitre les manipulateurs.

Qu’en pensent les victimes du bracelet anti rapprochement ?

Cela est contre-intuitif mais souvent le BAR est une source de stress supplémentaire pour les victimes ! Obligées de trimballer elles-aussi le dispositif comme une double peine, en alerte constante, parfois trop souvent bipées car le périmètre est mal adapté, l’anxiété ne diminue pas. Certaines ont l’impression qu’elles sont piégées dans une peur constante, celle qui existait avant (la peur de leur agresseur) et qui ne disparait pas avec l’existence de ce bracelet (la peur est confirmée et le danger observable, surtout quand les agresseurs en jouent, s’approchant aux limites tolérées, juste pour montrer leur présence).

C’est pourquoi certaines refusent d’être géolocalisées, parce qu’elles ont le sentiment douloureux d’être en lien permanent avec leur bourreau. Elles craignent aussi que ce dernier devine ou déduise dans quel foyer elles ont trouvé refuge ou qui les héberge.

Enfin, il existe aussi des femmes qui refusent le bracelet car elles sont encore sous le joug d’un mécanisme d’emprise, ce qui influe sur leur difficulté à dénoncer des violences (apeurées, traquées, harcelées, épuisées, déposer une plainte est très compliqué pour elles).

Néanmoins, le BAR reste une mesure qui va dans le bon sens de la prise en compte des victimes.

« Le bracelet anti-rapprochement a fait ses preuves, il est très efficace même si certains ajustements sont nécessaires », insiste Françoise Brié, qui rappelle que pour d’autres femmes en revanche, c’est le sentiment de soulagement qui domine.

Car cette forme de protection, aussi imparfaite qu’elle soit, les positionne officiellement dans le camp des victimes. C’est la reconnaissance par la Justice de la malfaisance de l’agresseur, de leur besoin d’être protégée. Le bracelet est une preuve sociale que leur parole est entendue et crue. Et cela fait du bien aux victimes autant qu’à leurs enfants / famille.

Le dernier écueil à remonter, ce sont les dysfonctionnements techniques. Le ministère vient de changer de prestataire car le dispositif actuel remontait trop de bugs. Certains bracelets échappaient à la surveillance,

les bips des victimes s’activaient sans cesse, jour et nuit… Bref, une situation peu propice à la sécurité. Pourtant, pour améliorer cet outil des pistes existent.

Incitons les magistrats à se saisir de cet outil, que les personnels intervenants dans la boucle soient bien formés pour aider la victime et avoir une attitude efficace envers l’agresseur.

Dernier sujet, laissons le choix à la victime bien plus qu’à l’agresseur (option d’être alertée de la présence de l’agresseur ou non). En Espagne, les victimes ne sont pas au courant lorsque leur agresseur est dans la zone proscrite. Tout est géré par un organisme extérieur appelé Viogen pour «violences de genres», ce qui est moins anxiogène. Elles sont aussi régulièrement contactées pour savoir si elles vont bien. Voilà une prise en compte des victimes qui fait rêver.

Pour conclure, ne jetons pas cet outil qu’est ce bracelet. Mais améliorons-le rapidement pour qu’il protège mieux les victimes.

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bracelet anti rapprochement

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Repérer, prévenir et agir contre les violences sexuelles faites aux enfants

violences sexuelles faites aux enfants

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Les Chiffres

On estime que 160000 enfants sont victimes d’agressions sexuelles chaque année en France.(i)

8% seulement des jeunes victimes qui ont osé parler sont protégées et l’agresseur n’est éloigné de la victime que dans 6% des cas !(ii)

10% des français déclarent avoir été victime d’inceste (iii)

Moins de 4% des viols sur mineurs font l’objet d’une plainte (iv) . 70% de celles-ci sont classées sans suite (v) selon le ministère de la justice.

En conclusion, la prise en charge des enfants victimes de violences sexuelles est gravement défaillante en France !

Si les enfants méritent sans conditions respect, bienveillance et protection, de nombreuses études pointent aussi le lien entre les violences subies dans l’enfance, les troubles graves de la personnalité et la criminalité. En conséquence, la protection de l’enfance est donc également un impératif pour prétendre vivre dans une société paisible.

Protéger les victimes

D’après la psychologue Evelyne Josse (vi) , dans de nombreux cas, les agressions sexuelles n’entrainent pas de séquelles physiques et dans plus de 30% des cas, les enfants ne manifestent pas de réactions préoccupantes au moment des faits (l’enfant peut même montrer des capacités de développement accrues, en matière de langage, à l’école, dans les relations sociales).

Cependant si des signes préoccupants apparaissent brusquement ou si un enfant se confie à vous au sujet des agressions qu’il subit, la Haute Autorité de Santé (vii) recommande de faire un signalement (viii) auprès du procureur de la République. On peut aussi demander une hospitalisation, avec ou sans l’autorisation des parents, si la situation le nécessite, afin de démarrer la chaine de protection de l’enfant. Si les parents refusent l’hospitalisation, le médecin peut demander une Ordonnance de Placement Provisoire (OPP) au procureur de la République.

Sinon, dans le doute, on peut également appeler la CRIP (Information Préoccupante, moins rapide que le signalement) ou le 119.

Reconnaitre les signes de maltraitances (ix)

Manifestations somatiques

  • Maladies répétées, fatigue, pâleur
  • Énurésie, encoprésie
  • Arrêt du développement physique (courbe de poids) ou intellectuel
  • Contractures musculaires entrainant des douleurs (fibromyalgie, névralgie…)

Comportementaux inadaptés

  • Désordres alimentaires (anorexie, boulimie, vomissements répétés)
  • Manque d’hygiène
  • Marques corporelles (traces de coups, brûlures, fractures, scarifications)
  • Difficulté à gérer les émotions
  • Violence ou agressivité envers les autres 
  • Violence ou agressivité envers eux-mêmes : automutilation.
  • Désocialisation avec ses pairs, dérive anti-sociale
  • Mutisme, inhibition, repli sur soi
  • Mauvaise estime de soi
  • Quête affective systématique
  • Fugues répétitives
  • Peurs inexpliquées
  • Prise de risque (fugue, conduites addictives…)
  • Accidents domestiques à répétition
  • Comportement ou langage sexuel inadaptés à son âge
  • Pensées suicidaires

Difficultés scolaires

  • Absentéisme important
  • Désinvestissement
  • Échec
  • Manque de concentration
  • Problèmes de mémoire
  • Interruptions de la pensée, car l’enfant est littéralement « envahi » psychiquement par son agresseur – cela s’appelle l’identification à l’agresseur ou syndrome de Stockholm)
  • Enfant harcelé (habitude à être dominé, à se dissocier) ou harceleur (identification à l’agresseur).
  • Évitement de certaines situations scolaires ou sportives

Les conséquences des violences sexuelles sont désastreuses sur la santé mentale et physique

Les pathologies somatiques (x)

  • Troubles immunitaires, endocriniens, cardio-vasculaires (hypertension artérielle), digestifs (constipation…), pulmonaires.
  • Diabète, fibromyalgie, cancer…

Les conséquences psycho traumatiques

« Plus les traumatismes dans l’enfance se cumulent, plus les conséquences à l’âge adulte seront graves. » (xi)

TSPT : Trouble de stress post traumatique (xii) , expliqué par Murielle Salmona par la Mémoire Traumatique (xiii)

Ce trouble peut se manifester dès lors d’un traumatisme unique.

A cause des Flashbacks, les victimes peuvent revivre sans cesse l’agression passée comme si elle était en train de se reproduire, les obligeant à adopter des conduites d’évitement ou dissociantes, mettant parfois leur entourage ou elles-mêmes en danger, pour éviter ce nouveau trauma !

Troubles comorbides post-traumatiques

  • Souffrances physiques avec les troubles somatoformes (maux de ventre, nausées, maux de tête, douleurs pelviennes…),
  • Souffrances psychiques avec les troubles anxieux, les dépressions, les tentatives de suicide
  • Comportements addictifs (alcool, drogue…)
  • Troubles alimentaires (boulimie et anorexie)
  • Troubles dissociatifs (anesthésiant pour échapper aux reviviscences anxieuses ; anesthésie émotionnelle permettant le passage à l’acte)

Troubles de la personnalité « personnalité traumatique complexe » 

-Violence envers les autres : Quand une victime est « envahie psychiquement » par son agresseur (identification à l’agresseur ou syndrome de Stockholm), il peut développer les mêmes violences sur les autres.

Cette identification à l’agresseur est également expliquée par Muriel Salmona avec la Mémoire Traumatique. Par exemple la victime peut garder les souvenirs de l’agresseur mélangés avec ses propres souvenirs. Cela peut donner lieu à des situations effrayantes telles que cette femme victime d’agression sexuelle, qui pendant une audience, s’est mise à produire un rire démoniaque, qui était en fait celui de l’agresseur (xiv) .

Certaines mères de l’association Protéger l’Enfant nous rapportent des faits troublants concernant leur enfant devenu jeune adulte. Les accès de violence des jeunes adultes, au prise avec une telle colère de ne pas avoir été protégé et ayant intégré la violence pendant toutes les années de construction psychique, mettent en danger leur parent protecteur.

Séparer la victime de son agresseur est donc important au-delà de mettre fin à la maltraitance.

-Mise en danger, violence envers soi-même (automutilation, tendances suicidaires, hyper sexualisation…)
-Comportements criminels,
-Abus de toxique
-Problèmes émotionnels, relationnels
-Difficultés scolaires ou professionnelles

Trouble de l’attachement (xv)  : conséquences de la séparation mère-bébé sur le psychisme naissant des enfants

Un enfant subissant des conduites incestueuses n’a pas d’autre choix que s’attacher au parent agresseur. Nécessité adaptative comparable à celle d’un otage vis-à-vis de son agresseur (syndrome de Stockholm).

Ces pseudo-attachements alimentent le déni et la théorie de l’inceste heureux.

Les troubles de l’attachement précoces perturbent la structuration de la personnalité des enfants qui les subissent :

  • Age préscolaire : comportement adhésif à la figure d’attachement principale, phobie scolaire et/ou absence d’intérêt pour découvrir de nouvelles expériences infantiles
  • Adulte : troubles anxieux, états dépressifs
  • Certaines pathologies psychiques
  • Troubles limites de la personnalité, troubles dissociatifs

Cela complique les possibilités de reconstruction des survivants de l’inceste. Le thérapeute doit devenir une figure d’attachement suffisamment sécure.

La victime va développer des stratégies pour se protéger ponctuellement, mais qui sont néfastes à long terme si le traumatisme n’est pas traité

Le déni protecteur ou amnésie dissociative

D’après Isabelle Aubry de Face A l’Inceste : la victime va réprimer les faits traumatisants jusqu’à l’oubli total ou non. Effectivement, une victime peut être dans le déni tout en gardant la mémoire. Cette amnésie est parfois renforcée par le silence et le déni de l’entourage de la victime.(xvi)

La dissociation traumatique (xvii)

C’est une sorte d’anesthésie émotionnelle qui se produit pendant l’évènement traumatique ou après l’évènement traumatique. Dans ce deuxième cas, cette stratégie de protection va se développer lorsque la victime va se sentir émotionnellement débordée par une situation rappelant le traumatisme. Pour provoquer cette dissociation, la victime peut développer des conduites à risque (troubles cités précédemment).

Dans le cas des mutilations, pour une personne de plus de 16 ans ou pour un enfant n’ayant pas atteint la puberté, si elle présente plusieurs types de lésions corporelles, rechercher systématiquement la maltraitance.

Le clivage (xviii) : pour Sigmund Freud, il s’agit d’un mécanisme de défense et de l’état du moi qui en résulte. Il consiste dans le maintien de deux attitudes contradictoires et qui s’ignorent à l’égard de la réalité en tant qu’elle contrarie une exigence pulsionnelle. L’une de ces attitudes tient compte de la réalité, l’autre la dénie.

Les conséquences comportementales (xix)

Répétition littérale

Les victimes ont tendance à rejouer leur scénario traumatique,

-soit en tant que victime (les personnes continuellement agressées dans leur couple, au travail, par les institutions ; prostitution),

-soit en tant qu’agresseur (d’où les lignées d’agresseurs avec l’identification à l’agresseur)

Remarque : les femmes violées dans leur enfance ont fréquemment des relations sexuelles avec leur thérapeutes !

Contre attitude de rejet

Les victimes vont provoquer dans leur entourage une « contre-attitude de rejet », que ce soit dans un univers privé, professionnel, médical, social, avec la justice. Il faut reconnaitre ce type de réaction pour ne pas rejouer le scénario traumatique avec une victime et éviter les maltraitances institutionnelles.

Les traumatismes de l’inceste vont provoquer l’exacerbation de certains sentiments néfastes à une vie sereine

– La colère les victimes d’agression sexuelle sont souvent irritables

La culpabilité : retournement de la colère contre soi, ou sentiment d’être acteur et non objet. Ce sentiment est provisoire et protecteur, mais sera destructeur à long terme.

Attention à la culpabilisation qui est une manipulation perverse consistant à reporter la faute sur la victime. Cela encourage la culpabilité ! Le violeur peut transmettre sa culpabilité à sa proie !

-La honte : est liée à la peur du rejet social.

-Le sentiment d’être vulnérable et qu’aucune aide n’est possible pour eux. Ils n’ont aucune confiance en eux

La peur : le monde leur paraît dangereux et les gens peu fiables. Grandir dans un environnement hostile provoque la peur des autres, ce qui est un lourd handicap social, impactant la vie professionnelle et personnelle.

-Difficulté de se projeter dans l’avenir

La grande majorité des toxicomanes, des personnes qui se prostituent, les SDF, les chômeurs longues durées, les délinquants multirécidivistes, ont subi des maltraitances dans l’enfance. Comme précédemment dit, de nombreuses études font le lien entre les violences subies dans l’enfance, les troubles graves de la personnalité et la criminalité.

Conséquences des violences sexuelles sur les survivants de l’inceste versus population générale selon le sondage IPSOS pour l’AIVI (FAI)

Population généraleSurvivants de l’incesteMultiplication
Dépression (passé + présent)56%98%1,75
Addictions :   
>10 cigarettes/jour44%55%1,25
>3 verres d’alcool/jour17%30%1,76
Prise de drogue chaque semaine9%27%3
Troubles compulsifs alimentaires (anorexie, boulimie)9%76%8,44
Suicide :   
Pulsions, idées suicidaires14%86%6,14
Tentatives de suicide8% selon la DREES53%6,6
Tempérament irritable, colérique53%92%1,74
Automutilation (passé + présent) 41% 

Quels recours ont les victimes pour s’en sortir ?

D’après Muriel Salmona, (xx) les troubles psycho traumatiques représentent au moins 70% de la psychiatrie et malheureusement, les psychiatres ne sont pas toujours formés à la traumatologie. Cela limite grandement les chances des victimes de s’en sortir !

Soins psychothérapeutiques et soutien socio-juridique, intimement liés !

Le principal enjeu pour s’en sortir est l’accès aux soins psychothérapeutiques, en plus des soins médicaux concernant les soins du corps. La victime aura besoin d’un thérapeute formé aux psychotraumatismes et à la victimologie. (xxi)

Les soins psychothérapeutiques doivent être accompagnés d’un bon soutien sociojuridique. Effectivement, une victime qui ne serait pas protégée ou pas reconnue comme victime, aura peu de chance de guérir ou soulager ses traumatismes par les soins psychotérapeutiques.

La victime et son parent protecteur doivent donc être crus. Sachant que les fausses allégations d’agression sur enfant sont marginales (cf plus loin, stratégie de l’agresseur, SAP), il faut garder en tête la présomption de crédibilité du parent protecteur.

La protection passe par la séparation de la victime d’avec son agresseur. J’insiste sur ce point car en cas d’inceste, cela ne semble pas évident pour tout le monde. D’ailleurs il est bien précisé par la CIIVISE (xii) qu’il n’est pas envisageable de prodiguer utilement des soins à un enfant victime encore contraint de rencontrer son agresseur. De plus, d’après le juge Durand, il faut interdire d’imposer à l’enfant d’aller voir son parent agresseur. (xiii)

Une victime qui aura subi une agression sexuelle unique (un traumatisme unique) aura besoin de traiter principalement un Trouble du Stress Post Traumatique.

La HAS recommande dans ce cas d’utiliser certaines techniques comme :

-La thérapie médicamenteuse (pharmacologique), qui sera également utile en cas de dépression

-Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) : thérapies psychologiques à court terme basées sur l’observation et la régulation des liens entre les pensées, les émotions et les comportements (xxiv)  ; pratiquées par les psychiatres ou psychologues formés.

-Les thérapies psychodynamique : issue et principalement influencée par la psychanalyse.

-L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) : désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires.

Ce sont des thérapies brèves qui vont traiter les symptômes comme les troubles intrusifs ou les stratégies d’évitement.

Dans le cas d’une victime ayant subi des agressions répétées sur un temps long, il faudra en plus un suivi sur le long terme pour prendre en charge les autres traumatismes complexes. Il faut donc une thérapie « relationnelle ». Et là, la qualité de la relation qui s’installe entre le survivant et son thérapeute sera un facteur déterminent de réussite, plus que le savoir-faire technique du thérapeute. Le thérapeute va négocier un cadre thérapeutique avec son patient. Il va utiliser des techniques de gestion des émotions pour subvenir aux réactions liées à l’évocation du scénario traumatique. « Le traitement par la parole ne sera possible que lorsque le cerveau émotionnel sera suffisamment reconnecté au cortex frontal »

La Résilience (xxv)

La résilience est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir, en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois sévères. Cette résilience n’est jamais acquise définitivement. Il s’agit d’une capacité qui résulte d’un processus dynamique, évolutif, au cours duquel l’importance d’un traumatisme peut dépasser les ressources du sujet.

Les facteurs de protection déterminant la résilience sont :les relations affectives, (…)la possibilité de créer des réponses positives avec son entourage, l’approche active pour mieux résoudre les problèmes, et enfin que la vie a un sens et que ce sens est positif. (xvi) On peut aussi rajouter tout ce qui favorise les liens sociaux (cohésion, groupe, forte idéologie).

D’après Michel Manciaux, le premier (risque d’utiliser ce concept) est un manque de rigueur dans l’interprétation des faits observés, amenant à voir la résilience là où il y a seulement déni d’un traumatisme,…Désormais à la mode, le concept de résilience pourrait souffrir de se voir mis en avant sans assez de capacité de discernement, de finesse clinique. Le risque d’utilisation de ce concept est le désengagement des pouvoirs publics. Puisque certains se « tirent d’affaire » par eux-mêmes, point n’est besoin de les aider. Quant aux autres, ce sont des incapables ou des paresseux 

Il suffit d’assister à une rencontre de victimes d’agressions sexuelle et d’inceste (par exemple avec la CIIVISE) pour se rendre compte que beaucoup de victimes, sous couvert de résilience, n’ont souvent pas été écoutée et donc pas protégée lorsqu’elles ont subi leur traumatisme.

Comme le souligne Isabelle Aubry et Gérard Lopez, le concept de résilience peut être confondu avec la résistance ! Effectivement, une personne traumatisée peut « devenir un sujet dépourvu de sensibilité ou un brillant intellectuel dissocié de ses émotions ». On peut effectivement apprécier la résilience « à la mesure de l’efficacité sociale », celle-ci pouvant se faire au détriment de la vie personnelle.

La parole de l’enfant

D’après le juge pour enfants, coprésident de la CIIVISE, Edouard Durand « Les enfants (victimes) sont des gens sérieux, qui vivent leur vie sérieusement  (xxvii) . Croire l’enfant est un principe de précaution (xxviii) . » « Les enfants sont une source d’information fiable (xxix)  ». Si un enfant ne dit pas toute la vérité, il aura tendance à minimiser les violences qu’il a subies, voire à se taire, pour ne pas dénoncer la figure parentale ou autre, plutôt qu’à les accentuer et les inventer. Par exemple, dans l’affaire d’Outreau, les enfants ont bien été reconnus comme victimes, même si leur version avait des lacunes à cause de l’emprise parentale qu’ils subissaient.

Il existe deux protocoles très efficaces pour aider les enfants à mieux répondre aux interrogatoires pour le premier et à lui donner confiance pour le deuxième :

-NICHD (National Institute of Child Health and Human Development) : l’objectif du protocole NICHD est de diminuer la suggestibilité des intervieweurs et d’adapter leurs questions en fonction des capacités des enfants et d’aider ceux-ci à fournir un récit plus riche et plus détaillé tout en étant exact.

 (cf dans le paragraphe « formation aux violences sexuelles)

-CALLIOPE (xxx)  : Ce projet est soutenu et importé du Canada par le comité Alexis Danan de Bretagne. Calliope est un programme d’accompagnement de la parole de l’enfant, victime ou témoin, dans les procédures judiciaires afin de l’outiller pour lui donner confiance, le rassurer et faciliter son témoignage devant la justice.

Les stratégies de l’agresseurs

D’après le juge Durand, Si on veut lutter contre la violence, il faut la penser. Si on veut lutter contre la stratégie des agresseurs, il faut la connaître, l’identifier. (xxxi)

L’agresseur va effectivement utiliser des ressources qui sont maintenant bien connues :

1 – Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) et Aliénation Parentale

Le SAP utilisée comme stratégie de défense

Le parent incestueux (souvent le père), acculé par une révélation publique, va chercher à décrédibiliser la parole de l’enfant et celle du parent protecteur en se faisant passer pour la victime. Il accusera l’enfant de mentir sous l’influence et la suggestion du parent protecteur. L’exemple le plus courant est celui de la mère accusée par le père d’avoir mis en tête de l’enfant une histoire d’abus sexuel pour obtenir sa garde exclusive.

Cette stratégie de contre-attaque s’avère encore malheureusement très efficace. 

L’idée de la mère menteuse et manipulatrice a été théorisée par un pseudo scientifique sous le terme de « Syndrôme d’Aliénation Parentale » (SAP) et elle a trouvé depuis beaucoup d’écho dans les salles d’audience. Ce procédé de défense de l’agresseur étant, par ailleurs, largement exploité par certains avocats peu scrupuleux ou peu instruits, avec succès.

Le SAP est devenu une parade infernale pour museler la parole de la victime et de son parent protecteur, nier les faits et échapper aux sanctions. Pire, elle va permettre à l’agresseur de retourner la situation. Il y aura inversion de la culpabilité !

Aux yeux de la justice, le parent protecteur (souvent la mère), traumatisé et déstabilisé par la révélation de l’enfant, va paraitre fragile, toxique et malsain alors que le parent agresseur, nullement déstabilisé par les révélations de son enfant, va sembler équilibré, de confiance, de telle sorte qu’on va souvent finir par lui donner la garde exclusive de l’enfant !

L’origine du SAP

On parle d’aliénation parentale lorsqu’un des parents influence l’enfant afin de favoriser chez lui son rejet ou sa désaffection à l’égard de l’autre parent. C’est un phénomène marginal dans les affaires de violences intrafamiliales (xxxii) . Effectivement, selon Mémoire Traumatique et Victimologie (xxxiii) :

« … les fausses allégations de violences sexuelles chez les personnes qui portent plainte sont rares. Une étude conduite aux États-Unis en 2010 les estime à moins de 6 %, une autre de Rumney en 2006, les estime de 3% à 8%, et une étude de Trocmé qui analyse les fausses allégations de violences sexuelles commises sur des enfants les évalue à 6%, ces dernières ne sont pas le fait des enfants mais surtout de proches voisins et de parents qui n’ont pas la garde de l’enfant. »

Il faut donc toujours garder en tête la présomption de crédibilité du parent protecteur dénonçant l’inceste.

Le pseudo « Syndrome d’Aliénation Parentale » ou SAP, a été inventé par Richard Gardner (xxxiv) , un psychologue américain qui soutenait ouvertement la pédocriminalité (xxxv) .

Il gagnait sa vie comme expert psychologue, soutenu par des avocats qui défendaient principalement des pères accusés d’abus sexuels sur leurs enfants. Il était grassement payé à chaque victoire.

Le SAP a longtemps été enseigné à l’Ecole Nationale de la Magistrature (ENM) par des psychologues suiveurs de Gardner, d’où sa large diffusion et son influence dans le monde de la justice et du social.

Le SAP n’est reconnu par aucune instance scientifique sérieuse (ni le DSM5 aux Etats-Unis, ni l’OMS, ni aucun état, ni le monde de la recherche internationale) et n’a jamais été édité dans une revue scientifique sérieuse (uniquement à compte d’auteur).

Le SAP est donc infondé et souvent utilisé pour décrédibiliser les parents protecteurs d’enfants incestés (en général les mères), au même titre que le syndrome de Münchhausen, le syndrome des faux souvenirs, le complexe d’Œdipe, le référentiel « Outreau », parents souvent injustement accusés d’être manipulateur, toxique, menteur et également d’entretenir un conflit parental, alors qu’ils ne sont que sidérés ou traumatisés par ce que subit leur enfant.

Il semble qu’il y ait une corrélation très fréquente entre accusation de SAP et les révélations d’inceste ou de violences en général, car sinon, dans les affaires portées à la connaissance des associations de protection des enfants, cette accusation serait utilisée beaucoup plus tôt dans les procédures notamment en matière de violences conjugales.

D’ailleurs, selon l’action 58 du 5ème plan de mobilisation et de lutte contre toutes les violences faites aux femmes 2017-2019, mis en place par le gouvernement, le syndrome d’aliénation parentale est ainsi critiqué :

 Informer sur le caractère médicalement infondé du « syndrome d’aliénation parentale » Dans les cas de violences conjugales ou de violences faites aux enfants, l’allégation du « syndrome d’aliénation parentale » soulève de réelles difficultés. Elle conduit à décrédibiliser la parole de la mère, exceptionnellement du père ou de l’enfant, et par conséquent à en nier le statut de victime en inversant les responsabilités. Or, aucune autorité scientifique n’a jamais reconnu un tel « syndrome » et le consensus scientifique souligne le manque de fiabilité de cette notion. Il n’est reconnu ni par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM5) ouvrage de référence de l’association américaine de psychiatrie (APA), ni par la classification internationale des maladies publiée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La recherche démontre que les fausses allégations de maltraitance ou de négligences sur les enfants sont marginales (xxxvi).

2 – La Projection

Selon la psychothérapeute et psychanalyste Caroline Bréhat, lorsqu’un homme violent accuse son ex-conjointe « d’aliénation parentale », il importe d’investiguer la situation car les personnalités violentes ont souvent développé des mécanismes de défense archaïques tels que l’identification projective appelée projection. La projection est, selon la psychanalyse, un mécanisme de défense inconscient qui permet de rejeter la faute (craintes ou désirs vécus comme interdits) sur l’autre. Les pères violents, adeptes de ces mécanismes de défense, accusent les femmes d’être fusionnelles et aliénantes parce qu’ils ne peuvent reconnaître consciemment que ce sont eux qui ont un comportement fusionnel et aliénant. Selon   l’American Psychological Association : « Les agresseurs intrafamiliaux projettent très habilement la faute sur leurs victimes. » (xxxvii)

3 – L’emprise

D’après le juge Durand, Ce que cherche l’agresseur (intrafamilial), c’est le pouvoir sur l’autre, c’est créer une emprise. Il ne supporte pas l’autonomie de sa conjointe ou de ses enfants.(xxxviii)

La psychiatre Marie-France Hirigoyen parle de l’emprise en ces termes :

« L’emprise est un phénomène de violences psychologiques qui s’installent dans le temps… Un brouillage s’opère (car) des choses agréables sont dites, suivies par des choses déplaisantes…La personne sous emprise qui reçoit ces dénigrements va les intégrer, se dire « c’est vrai ». Sur le registre cognitif, ces messages contradictoires ont un effet paralysant sur le cerveau. Ce brouillage entraine la perte de l’esprit critique. Les personnes sous emprise ne savent plus à quel moment réagir. Vulnérables, ça les amène à se laisser soumettre. » (xxxix)

4 – Pour empêcher la victime de parler, l’agresseur utilisera facilement le chantage, les menaces, le mensonge

…avec des paroles du type « si tu parles…cela va détruire la famille, je risque d’aller en prison, tous les parents font ça quand on aime ses enfants (confusion entre sexe et amour filial), c’est un secret entre nous, personne ne te croira… »

Une stratégie courante de l’agresseur intrafamilial

D’après le juge Durand : (L’agresseur) recherche sa proie. Il l’isole, il crée un climat de tension et de peur. Il inverse la culpabilité. Il impose le silence. Il recherche des alliés. Et finalement il assure son impunité. (xl)

D’après Faller, Les agresseurs familiaux font généralement preuve d’une grande habileté à impressionner les administrations, ils sont souvent charmants, et difficiles à démasquer.(xli)

Le parent maltraitant présumé est (considéré comme) le plus stable et la mère comme la cause des troubles plutôt que comme une femme qui réagit à la détresse de ses enfants (xlii) .

Le pouvoir de l’agresseur et la possibilité de passage à l’acte criminel sont accentués par la proximité avec l’enfant. (xliii) Ce qui explique, entre autres, le fort taux d’inceste.

5 – Existe-t-il un inceste heureux (xliv) ? NON

D’après Cyrulnik, quand l’attachement ne se fait pas ou mal (séparation durable ou proximité trop grande provoquant une fusion-confusion des sentiments), l’interdit de l’inceste n’empêche pas la réalisation des désirs sexuels. De plus, il estime que les discours sociaux ne sont pas clairs et les interdits ne sont donc pas clairs non plus !

Comme l’expliquent Isabelle Aubry et Gérard Lopez (xlv) , l’inceste heureux est parfois plaidé lors des procès mais cette théorie ne tient pas la route quand on examine les survivants : ils présentent quasiment tous « des troubles de l’attachement et des problèmes psychologiques, somatiques et sociaux, caractéristiques de l’emprise psychologique ». « Il serait criminel d’aider un enfant à s’adapter coûte que coûte à une famille maltraitante. Il faut au contraire l’encourager à trouver des facteurs extra-familiaux favorables » et l’aider à fabriquer du lien social. Un bon accompagnement social et judiciaire constitue un facteur de protection.

Dorothée Dussy (xlvi) , anthropologue et directrice de recherche au CNRS, explique également que « l’argument du bonheur est l’apanage des violeurs ». Effectivement, les témoignages de relations sexuelles vécues dans l’enfance sont toujours exprimés sous forme de plaintes. Il n’y a que les fictions pour mettre en scène un inceste heureux. Elle n’a d’ailleurs jamais rencontré quelqu’un qui ait subi un inceste et qui aille bien (xlvii) .

Même si beaucoup d’agresseur d’enfants aiment s’en vanter, non il n’existe pas d’inceste heureux.

La formation aux violences sexuelles

  • Toute personne réalisant des enquêtes, expertises, entretiens ou auditions d’enfants victimes, peut se former au protocole NICHD (National Institute of Child Health and Human Development) pour aider à la révélation des violences subies. C’est une technique canadienne, expliquée par l’ONPE ou Mireille Cyr, actuellement enseigné dans la police et la gendarmerie pour qu’il soit utilisé dans les salles Mélanie entre autres. D’après la CIIVISE, cette technique permet d’obtenir des témoignages particulièrement fiables et de grande qualité car elle évacue le faible risque de fausses allégations. (xlviii) : http://nichdprotocol.com/french.pdf
  • Il existe aussi le protocole CALLIOPE enseigné par le comité Alexis Danan de Bretagne. (cf la parole de l’enfant)
  • Toute personne désirant mieux connaître les bases de la connaissance en matière de violence sexuelle, peuvent suivre une formation gratuite sur deux jours avec l’association Stop aux Violences Sexuelles (SVS).  Des formations destinées aux professionnels sont également proposées avec cette association : https://www.stopauxviolencessexuelles.com/formations-2/
  • Toute personne désirant approfondir ses connaissances en matière de violence au sein du couple, l’impact sur les enfants et les violences sexuelles, peuvent se procurer gratuitement les 4 kits de formation proposés par le gouvernement et réalisés par la MIPROF (mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains). : https://arretonslesviolences.gouv.fr/je-suis-professionnel/outils-violences-au-sein-du-couple
  • Beaucoup d’associations proposent des formations en lignes :
  1. -Mémoire Traumatique et Victimologie : https://www.memoiretraumatique.org/publications-et-outils/module-de-formation-interactif-sur-les-violences-sexuelles-faites-aux-enfants.html
  2. -Association Une vie : https://1vie.org/formation-web/
  3. -Brochures d’informations de Mémoire traumatique et victimologie : https://www.memoiretraumatique.org/publications-et-outils/brochures-d%E2%80%99information.html

La prévention auprès des enfants grâce à des supports gratuits

-« J’apprends à me protéger des abus sexuels » (association une vie) : https://nonono.help/?lang=fr

-« Quand on te fait du mal » (Mémoire Traumatique et Victimologie) : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/2022-quand-on-te-fait-du-mal_ponti-memoire-traumatique-hdweb.pdf

-« Le loup » de Mai Lan Chapiron : www.leloup.org

La chanson : https://www.youtube.com/watch?v=YpHQppQtzZk

Le livre (en vente, il n’est pas gratuit)

La vidéo de prévention : ton corps est à toi, c’est toi le chef ! https://www.youtube.com/watch?v=NtF4RbquGQo&t=20s

-Mon corps, c’est mon corps :

Film éducatif réalisé en 1986, pour prévenir des agressions sexuelles, diffusé dans les écoles du Québec. https://www.youtube.com/watch?v=Ewr9PtwtJ8w

Guide d’utilisation : https://www.youtube.com/watch?v=Ewr9PtwtJ8w

-Lumni : l’audiovisuel public au service de l’éducation pour les élèves (les enfants de 3 à 20 ans) mais aussi les enseignants et les éducateurs (Arte, France Médias Monde, France Télévisions, INA, Radio France et TV5 Monde)

https://www.lumni.fr/dossier/les-violences-sexuelles-sur-mineurs

L’aide aux victimes de violences

-Numéro d’aide aux victimes 116006

-Violences Femmes Info 3919

-D’autres numéros utiles sur le flyer de Mémoire traumatique (ci-joint) : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/201806-Brochure_victimologie.pdf

-et spécialement pour le cadre d’enfants victimes d’agressions sexuelles intrafamiliale :

Association protéger l’enfant : https://www.protegerlenfant.fr/[xlix] (Contact)

Plusieurs associations de soutien (liste non exhaustive) sont recensées sur le site Sous le Regard d’Hestia : https://sousleregarddhestia.fr/ [l] (Suspicion de Violences Intrafamiliales/ se renseigner)

Le très complet et aidant guide du parent protecteur réalisé par Face à l’Inceste (téléchargeable sur le site pour les adhérents) :

https://facealinceste.fr/upload/media/documents/0001/03/guide-parent-protecteur-2021-60c7099631a65.pdf

Recueil de témoignages

-La CIIVISE : Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Témoignages possibles aux 0 825 802 804 depuis la métropole et 0 800 100 811 depuis l’outre-mer et l’étranger ou par mail temoignages@ciivise.fr ou par courrier à CIIVISE, 14 av Duquesne, 75007 Paris


Brochure écrite par Fleur Delaunay, éditée par « Protéger l’enfant » et « sous le regard d’Hestia »

Relecture attentive de mes merveilleuses complices :

Merci à Caroline Bréhat pour son regard professionnel de psychothérapeute et son aide précieuse.

Merci à Édith, Céline et Aline pour leur soutien sans faille.

Avec le soutien de

Caroline BREHAT, psychothérapeute et psychanalyste

Le collectif pour l’enfance

CDP-Enfance

La dérive 371-4


(i) Conclusions intermédiaires de la CIIVISE de mars 2022 p.4  (retour au texte) :https://www.ciivise.fr/wp-content/uploads/2022/03/CCl-inter_2803_compressed.pdf

(ii) https://www.memoiretraumatique.org/campagnes-et-colloques/2019-enquete-ipsos-2-violences-sexuelles-de-lenfance.html

(iii) https://facealinceste.fr/blog/dossiers/le-nouveau-chiffre-de-l-inceste-en-france

(iv) https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2018_Etat_des_lieux_des_mineurs_victimes_de_violences_sexuelles.pdf, p.7

(v) http://www.justice.gouv.fr/art_pix/stat_infostat_160.pdf

(vi)   https://www.ifemdr.fr/deceler-les-violences-sexuelles-faites-aux-enfants/

(vii) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2012-05/reco2clics_reperage_et_signalement_inceste_par_les_medecins.pdf

(viii) https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2013-03/08r13_form_maltraitance_sexuelles_fiche_signalement.pdf

(ix) http://www.maltraitancesexuelleinfantile.be/index.php?id=478

https://www.ifemdr.fr/deceler-les-violences-sexuelles-faites-aux-enfants/

https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2012-05/reco2clics_reperage_et_signalement_inceste_par_les_medecins.pdf

Murielle Salmona dans le Podcast Ou peut-être une nuit 5/6 de Charlotte Pudlowski

(x) Formation les bases de la connaissance en matière de violences sexuelles de l’association SVS

(xi) Livre l’inceste de Isabelle Aubry et  Gerard Lopez p.77

(xii) Livre l’inceste de Isabelle Aubry et  Gerard Lopez p.101

(xiii) https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Articles-Dr-MSalmona/2018_Etat_des_lieux_des_mineurs_victimes_de_violences_sexuelles.pdf

(xiv) Murielle Salmona dans le Podcast Ou peut-être une nuit 5/6 de Charlotte Pudlowski

(xv) Livre l’inceste de Isabelle Aubry et  Gerard Lopez P127-131

(xvi) Livre l’inceste de Isabelle Aubry et  Gerard Lopez p.60

(xvii) Livre l’inceste de Isabelle Aubry et  Gerard Lopez p.118 à 125

(xviii) https://carnets2psycho.net/dico/sens-de-clivage.html

(xix) Livre L’inceste de Isabelle Aubry et Gérard Lopez, p.86 à 94

(xx) Podcast Ou peut-être une nuit 5/6 de Charlotte Pudlowski

(xxi) Livre L’inceste de Isabelle Aubry et Gérard Lopez, p.163 à 170

(xxii) Conclusions intermédiaires de la CIIVISE de mars 2022, p.59

(xxiii) Livre Défendre les enfants d’Edouard Durand, p.75

(xxiv) http://www.psychomedia.qc.ca/lexique/definition/therapie-cognitivo-comportementale

(xxv) La résilience, Un regard qui fait vivre de Michel Manciaux dans Etudes 2001/10 (Tome395), p.321 à 330

https://www.cairn.info/revue-etudes-2001-10-page-321.htmretournoten05#no1

(xxvi) https://orbi.uliege.be/bitstream/2268/28564/1/La%20r%C3%A9siliene%20hors%20la%20loi.pdf publié par la Fondation pour l’enfance en 2000

(xxvii) Rencontre de la CIIVISE Paris, palais de la femme février 2022

(xxviii) Conclusions intermédiaires de la CIIVISE, mars 2022, p.43

(xxix) maltraitancesexuelleinfantille.be

(xxx) http://www.odpe.finistere.fr/content/download/107319/854901/file/FLYER-CALIOPPE-OK.pdf

(xxxi) Livre Défendre les enfants d’Edouard Durand, p.97

(xxxii) https://sousleregarddhestia.fr/syndrome-dalienation-parentale-sap/

(xxxiii) Enquête Ipsos, 2015 : https://www.ipsos.com/sites/default/files/files-fr-fr/doc_associe/rapport-enquete_ipsos-amtv.pdf  note 13 p.13

(xxxiv) https://fr.wikipedia.org/wiki/Richard_Gardner

(xxxv) https://sousleregarddhestia.fr/syndrome-dalienation-parentale-sap/

(xxxvi) https://www.egalite-femmes-hommes.gouv.fr/wp-content/uploads/2016/11/5e-plan-de-lutte-contre-toutes-les-violences-faites-aux-femmes.pdf

(xxxvii) http://www.lenfantdabord.org/wp-content/uploads/2011/06/SAP-CRISES-AU-TRIBUNAL-DE-LA-FAMILLE-SILBERG-2013.pdf

(xxxviii) Livre Défendre les enfants d’Edouard Durand, p.71

(xxxix) L’Obs 24/11/2017

(xl) Livre Défendre les enfants d’Edouard Durand, p.98

(xli) Faller 1998

(xlii) Phyllis Chesler (2013)

(xliii) Conclusions Intermédiaires de la CIIVISE de mars 2022, p.24

(xliv) Livre L’inceste de Isabelle Aubry et Gérard Lopez, p.135 à 142

(xlv) Livre L’inceste de Isabelle Aubry et Gérard Lopez, p.141 à 142

(xlvi) Livre Le berceau des dominations de Dorothée Dussy p.355

(xlvii) Livre Le berceau des dominations de Dorothée Dussy p.190

(xlviii) Conclusions Intermédiaires de la CIIVISE de mars 2022, p.43

(xlix) https://www.protegerlenfant.fr/contact/

(l) https://sousleregarddhestia.fr/2021/05/13/se-renseigner/


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Violences conjugales, l’omerta chez les représentants de la loi

violences conjugales omerta dans la police

Ces dernières années ont vu fleurir de nombreuses affaires montrant que la police, la gendarmerie, l’armée, bref toutes les autorités de notre pays étouffaient régulièrement des affaires où l’un de leurs membres était impliqué. Le livre « Omerta dans la police » de Sihem Souid, paru en 2010, dénonçait déjà les abus de pouvoir, la corruption, le trafic de statistiques, le racisme, le sexisme, l’homophobie… La journaliste Sophie Boutboul, ex-conjointe d’un gendarme violent, a publié en 2019 un livre/enquête « Silence, on cogne« , documentant la réalité et l’ampleur de ces dysfonctionnements.

L’omerta dans la police, une gangrène de la société

Ce qu’on appelle l’omerta est une loi du silence. qui réduit au néant par diverses pressions ceux qui dénoncent en interne les dérives. De plus, elle contribue à banaliser les violences, le harcèlement, l’emprise pour privilégier la réputation des troupes à la morale et la justice.

En tant qu’association recueillant la parole de victimes, nous ne comptons plus les témoignages de femmes ayant épousé un représentant de la loi ou faisant également partie du sérail qui se retrouvent bafouées dans leur droit, juste parce qu’elles osent accuser un militaire, un gendarme, un policier de violences conjugales, psychologiques ou sexuelles… omerta ?

Myriam, par exemple, raconte l’enfer qu’elle subit depuis sa séparation en 2017 alors qu’ils sont tous les deux gendarmes. Malgré des preuves de la violence, la diffamation et le harcèlement de son ex, celui-ci reçoit un simple rappel à la loi et bénéficie du soutien de sa hiérarchie. Pire encore, malgré la procédure interne à la gendarmerie « d’événement grave » dû au dépôt de plainte, le père est promu au grade supérieur.

Les traces attestées de coups sur leur fils, la dénonciation par l’enfant de violences sexuelles (pistolet introduit dans les fesses), l’intervention de la PMI, rien n’y fait. Myriam est accusée d’instrumentaliser son fils par les éducateurs et la justice soutient les accusations du père d’aliénation parentale par la mère. Elle finit par perdre la garde de son enfant, elle est criblée de dettes à cause de l’emprunt qu’elle a dû faire pour payer la pension alimentaire et les frais de justice.

Les témoignages des femmes que nous recevons indiquent qu’elles ne sont pas soutenues malgré les preuves, malgré la volonté de justice prétendue des autorités. Elles font face à l’omerta.

omerta dans la police

Les dossiers sont ralentis voire disparaissent, les menaces d’abus de pouvoir sont légions, les plaintes peu souvent reçues…

D’une manière générale, un soutien indéfectible fait rage, la hiérarchie protège les hommes incriminés pour préserver la réputation de l’institution. Ces représentants de la loi sont rarement remis en cause. Le costume semble laver leurs crimes. Et quand les preuves sont trop importantes, quelques sanctions tombent, sans faire illusion : simple blâme, mutation… Des condamnations bien trop faibles face à l’ampleur des accusations de harcèlement et de violences.

La police, la gendarmerie, l’armée… qui devraient être des modèles de justice et de citoyenneté ne sont pas au niveau exigé par une société digne de ce nom. Or ces violences corporatistes internes ont des répercutions puissantes.

Stop à l’impunité. Stop à l’omerta.

Il faut que toutes ces institutions fassent le ménage et évoluent pour rendre effective la tolérance ZÉRO nécessaire à une société protégeant réellement les humains maltraités, par un représentant de la loi inclus. Une pétition lancée par Abandon de famille et signée par 26000 personnes demande à ce que les gendarmes et policiers violents soient recensés.

Pour que cela change, la volonté des institutions et de l’état doit changer.

Il faut que ces derniers s’impliquent et fassent un grand ménage parmi les membres accusés de violence. Des moyens supplémentaires devraient être engagés dans ce sens pour lutter contre la misogynie, le sexisme, le racisme, etc.

Il est également important que tous les personnels actifs dans la prise en charge des victimes et le recueil de parole soient correctement formés sur des sujets comme l’emprise, les psycho-traumas, l’accueil des victimes mineures, la manipulation…

Enfin, il serait souhaitable qu’ils travaillent de concert avec d’autres professionnels pour mettre réellement en sécurité ceux qui viennent chercher du secours. Sans cela, comment les institutions peuvent-elles actuellement intervenir dans des dossiers de violences intrafamiliales alors qu’elles ne savent pas sanctionner les coupables en interne ni bien accompagner les victimes qui demandent de l’aide ?

Des solutions contre l’omerta ?

Si on dézoome, on peut réfléchir à d’autres solutions. Parce qu’imaginons que toutes les victimes de France se rendent dans ces institutions pour être protégées. Bien ou mal reçues, le traitement des dossiers ne serait pas gérable au vu de leur nombre immense. On le voit déjà, les plaintes classées sans suite pullulent faute de moyens et de volonté. Le système carcéral n’est pas en mesure de gérer le flux nécessaire. De plus, si la seule sanction est la prison, elle n’apporte pas de solution. La prison ne transforme pas un humain violent en humain non violent. C’est le cercle vicieux.

Pour résumer, le système judiciaire et policier actuel n’est pas adapté, à aucun niveau, à la gestion des violences intrafamiliales. Il faut donc proposer d’autres sanctions, plus efficaces.

Une piste intéressante serait que la France crée une nouvelle institution qui serait vraiment spécialisée dans les violences de genre, dans la lutte contre l’inceste, les harcèlements sexuels, psychologiques, dans la protection des enfants victimes ou témoins. Une institution apte à reconnaitre les agresseurs, les dominants qui écrabouillent. Une institution qui ne serait pas la police et qui traiterait en direct avec une autre nouvelle institution, judiciaire celle-ci : un tribunal des familles, entité formée également aux violences intra-familiales, qui ne serait dédiée qu’à celles-ci…

Avec un personnel compétent et éclairé, on se surprend alors à rêver d’un monde où les victimes seraient véritablement entendues et secourues. Plus d’omerta.

Sources : https://www.binge.audio/podcast/les-couilles-sur-la-table/virginie-despentes-meuf-king-kong

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violences conjuagles, omerta dans la police

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Violences sexuelles et troubles alimentaires, un lien intime

troubles alimentaires et violence sexuelle

En janvier 2022, des chercheurs français ont établi un lien entre les désordres du comportement alimentaire et les violences sexuelles ayant eu lieu dans l’enfance.

Aurore Malet-Karas, Delphine Bernard et Eric Bertin ont analysé 12600 témoignages de personnes agressées sexuellement, recueillis par le Collectif Féministe Contre le Viol. Un nombre important de personnes parmi ces victimes évoquait spontanément des troubles alimentaires, plus exactement 4.3% des témoignages (soit 538 femmes et 8 hommes), pourcentage largement sous-estimé du fait de la spontanéité des témoignages, non orientés sur cette problématique.

Un profil type de la victime a pu être établi suite à ces analyses. Les personnes déclarant des troubles alimentaires liés à des violences avaient souvent :

  • subi des violences sexuelles très jeunes (13 ans en moyenne),
  • été agressées par une personne du cercle familial (inceste).
  • accumulé des troubles supplémentaires : anxiété, TOC, dépressions, tentatives de suicide, mutilations, auto médications, chocs post-traumatiques, alcoolisme…

Violences sexuelles et troubles alimentaires

Cette étude apporte un regard déterminant dans la prise en compte des violences sexuelles et notamment des violences sexuelles faites aux enfants.

En effet, s’il est diffusé et entériné par les professionnels, ce rapport établissant les troubles alimentaires comme conséquence d’un traumatisme sexuel dans l’enfance, peut aider à plusieurs niveaux :

  • Mieux prendre en charge les personnes en proie à ces dysfonctionnements en ayant un angle supplémentaire pour les soigner. Les approches thérapeutiques pourront être adaptées aux besoins des traumatismes.
  • Permettre aux victimes de violences sexuelles d’être davantage dépistées, plus vite et plus tôt.
  • Éviter les erreurs de diagnostiques : dépressif, bipolaire, borderline ? Non, plus probablement victime d’inceste…

Pourquoi ce lien entre les troubles du comportement alimentaire et les violences sexuelles ?

La relation entre les deux est complexe. Néanmoins, les victimes partagent plusieurs schémas psycho-émotionnels :

  • L’apaisement que provoque la nourriture est très puissant. Se sentir « plein » apporte un bien-être immédiat (même si temporaire)
  • Technique d’évitement, la déformation (en plus ou en moins) est une tentative de ne plus attirer le regard de l’agresseur, pour se protéger
  • Se remplir permet de lui boucher symboliquement l’accès, pour qu’il ne puisse plus « rentrer ».
  • Le contrôle alimentaire redonne du pouvoir (= je contrôle ce qui rentre en moi). L’association anorexie et violences sexuelles est très minimisée parce que l’anorexie est socialement mieux acceptée que les autres troubles.
  • Enfin, ces troubles alimentaires entrent dans la grande famille des addictions comportementales telles que l’alcoolisme, la prise de drogues, l’automédication… Même si c’est nocif, le cerveau, grand créateur d’habitudes, préfère rester sur sa route habituelle plutôt que de sortir de ce qu’il connait. Cela explique en partie la totale normalisation des violences intra-familiales et des compulsions alimentaires

Les femmes sont les premières touchées par la corrélation des violences sexuelles et l’existence de troubles alimentaires.

« Les troubles alimentaires concernent l’image corporelle et le rapport à soi. Et il y a beaucoup plus de pression sur l’apparence physique des femmes que sur celle des hommes. Cela va amener chez les femmes plus de volonté de faire des régimes, des dérégulations qui vont entrainer des désordres hormonaux et déclencher des troubles alimentaires. »

Aurore Malet-Karas, doctoresse en neurosciences

La recherche sur la question des violences sexuelles est encore à ses balbutiements en France, alors qu’elle est bien plus avancée dans d’autres pays. Pourtant, l’impact de ces recherches récentes permettrait de mettre à jour les formations des intervenants : médecins, psychologues, diététiciens, magistrats…

Actuellement, les victimes françaises ont rarement la chance d’être suivies par des professionnels formés aux traumatismes polymorphes des violences sexuelles. Pourtant, l’ampleur des besoins est monstrueux.

En France, 9 enfants toutes les 30 minutes sont victimes d’inceste !

Pour faire bouger la société, n’hésitez pas à partager cette publication. Il est urgent que tout le monde change de regard et s’informe, les citoyens comme les professionnels. Car c’est seulement en diffusant largement la diversité des traumatismes générés par les violences sexuelles que l’information infusera la société. Demandons aux politiques de faire leur part, faisons changer les lois, les cursus… Et en tant que particulier, partageons les savoirs récents pour faire bouger les croyances !

*******

Si vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à consulter les ressources en ligne du site de Delphine Bernard, Le regard du miroir, où vous trouverez un accompagnement bienveillant et éclairé sur les troubles du comportement alimentaire.

Sources :

Instagram : https://www.instagram.com/auroremaletkaras_phd/?hl=fr. et  https://www.instagram.com/d.bernard51/?hl=fr

Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100009730025943
https://www.facebook.com/auroremaletkaras https://www.facebook.com/RegardDuMiroir/

Twitter : https://twitter.com/KarasMalet

Liens : le regard du miroir
https://cfcv.asso.fr/
www.auroremaletkaras.com

Publications : https://www.madmoizelle.com/les-troubles-du-comportement-alimentaire-sont-une-consequence-meconnue-des-violences-sexuelles-ces-chercheurs-tirent-lalarme-1284511
https://www.leparisien.fr/sentinelles/en-maigrissant-je-disparaissais-un-peu-troubles-alimentaires-lautre-consequence-meconnue-des-violences-sexuelles-02-04-2022-LXX5RGSNMNCN5KMHN5CXOKB4YI.php

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Pourquoi les Centres médiatisés ne sont pas des espaces protecteurs

La problématique des centres médiatisés, dans un cadre de violences intrafamiliales est méconnue. Pourtant il faut la comprendre pour protéger les victimes.

La problématique des centres médiatisés, dans un cadre de violences intrafamiliales est méconnue. Pourtant il faut la comprendre pour protéger les victimes.

Qu’est-ce que les centres médiatisés ?

Dans un cadre de relations familiales conflictuelles, les centres médiatisés sont des lieux de rencontres instaurés par la justice où tous les membres d’une famille peuvent se retrouver de manière encadrée. (On les confond avec les lieux neutres mais ce sont 2 procédures différentes). Les objectifs des centres sont de développer les actions de prévention, soutenir la coparentalité, renforcer les coopérations entre les différents acteurs et limiter leurs impacts sur les liens parents-enfants.

Sauf que si ces rencontres sont probablement bénéfiques dans le cadre de conflits simples, elles deviennent très problématiques dans un contexte de violences conjugales. Quand on force des enfants qui dénoncent des faits de violences à revoir régulièrement le parent accusé ou condamné, la justice ne fait que rajouter de la violence dans leur vie.

La problématique des centres médiatisés en cas de violences intrafamiliales

Pourquoi imposer à des enfants qui dénoncent un parent violent (parfois reconnu coupable et condamné) de le revoir ? L’argument de maintenir à tout prix le lien parent-enfant n’est plus recevable quand l’adulte est malveillant. Un parent maltraitant n’est pas un bon parent. Le revoir, c’est perpétuer la torture. Comment peuvent-elles guérir de leurs traumatismes si on oblige les victimes à revoir leur bourreau tous les mois ?

Le droit de l’enfant doit absolument primer sur le droit à l’enfant. Or actuellement, pour les juges français, le droit du parent accusé prime tandis que le témoignage des parents protecteurs est systématiquement remis en question. Il est grand temps de privilégier le principe de précaution à la présomption d’innocence, qui permet au parent violent de perpétrer son emprise. Cela fait donc partie de la problématique des centres médiatisés.

Quelle neutralité ?

Quand il s’agit de protéger les enfants victimes de violence psychologiques, sexuelles, etc, la neutralité n’existe pas. La justice ne doit pas maintenir des liens néfastes mais prendre partie pour les victimes et les éloigner à tout prix de leurs bourreaux. Les centres médiatisés ne sont pas des espaces protecteurs actuellement, ils ne font qu’alimenter des traumatismes.

Pire. De par leur mission, ils doivent signaler à la justice les incidents et transmettre une note de fin de mesure. Sauf que le jeu est faussé. Le personnel est rarement formé et se laisse facilement influencer par les parents violents, habitués à faire illusion. Notre association ne compte plus le nombre de rapports remis à la justice inexacts et ne reflétant pas la réalité des victimes. Ce n’est pas cela veiller à la sécurité des enfants et du parent protecteur.

La problématique des centres médiatisés est que cette neutralité affichée incongrue aboutit à de la complicité. Si les intervenants étaient plus présents et formés, ils entendraient les dénigrements, les interrogatoires, les critiques systématiques sur l’autre parent.

Le parent dysfonctionnel l’a bien compris. Si le centre médiatisé ne fait pas de rapport au juge, alors c’est la preuve que tout se passe bien. Et cela amène le juge à lui accorder un droit de visite où la violence pourra se reproduire à nouveau. Les enfants perdent confiance dans les intervenants, ils les sentent alliés de leur bourreau. Ils ne se confient plus. Et ils ne sont pas protégés.

Lutter contre les silences est capital. Il faudrait travailler étroitement avec le parent qui a dénoncé les violences et mieux prendre en compte la parole des enfants, même ceux sous emprise. Et si la parole advient, venir en aide, pour ne pas être complice.

Propositions d’amélioration :

On l’a vu la problématique des centres médiatisés englobe de nombreux domaines. Voici quelques points essentiels à améliorer.

Aucun droit de visite en centre médiatisé pour les parents violents. Les juges doivent prendre en compte tout incident connu de violence et donner la priorité à la sécurité des victimes. Au moindre soupçon, les visites sont stoppées.

Faire des centres médiatisés un lieu de bienveillance pour les victimes. Un lieu sans menace, pour stopper le cycle des violences. Ne pas laisser seuls les enfants avec les parents.

Mieux former les éducateurs sur les mécanismes d’emprise, de manipulation, sur le contrôle coercitif mais également sur les psycho-traumatismes et la variété des comportements possibles chez les victimes. Parfois il suffit d’un regard d’un parent pour réduire au silence un enfant.

Améliorer la circulation des infos vitales. Les centres médiatisés doivent être notifiés des poursuites pour violences et y porter une attention particulière. Inversement, ils doivent remonter les attitudes toxiques des adultes, les craintes des enfants et leurs refus d’interactions avec le parent accusé. Mettre à disposition du juge les vidéos des rencontres au besoin.

Respecter la volonté de l’enfant. Si ce dernier refuse de voir un de ses parents, ne pas accuser l’autre adulte de manipulation. Trop souvent, un enfant qui a envie de voir un de ses parents = bon signe relationnel, alors qu’un refus = enfant manipulé… Soutenons la parole des mineurs, redonnons-lui sa valeur. C’est hyper important dans cette problématique des centres médiatisés mais c’est valable partout !

Lutter contre la loi du silence. Souvent, au nom de la neutralité, la notion de violence n’est pas abordée, renforçant les mécanismes du déni, de la loi du silence et la souffrance.

Interdire l’accusation d’aliénation parentale. La théorie du SAP ne permet pas de protéger la mère et ses enfants contre la violence car son vrai objectif est de permettre à l’agresseur de maintenir le contact avec ses victimes, mère et enfants. Tout espace rencontre qui n’est pas clair sur cette réalité ne peut pas continuer à exercer son activité.

S’alerter des critiques systématiques du parent accusé envers le parent protecteur. Il faut s’interroger si il ne cesse de se victimiser ou de parler avec les intervenants au lieu de se concentrer sur les moments avec les enfants.

Obliger l’embauche d’un psy formé aux violences intrafamiliales et aux abus sexuels sur les enfants. Ses rapports doivent rendre compte de l’état psychique de l’enfant, de celui de ses parents, sans déformations, interprétation ou omission d’informations essentielles.

Respecter la décision des juges. Si ils n’écrivent pas que les sorties en extérieur sont autorisées, cela vaut pour les centres médiatisés. Les enfants restent sous surveillance. Les intervenants n’ont pas à s’allier au parent violent pour convaincre les enfants de suivre les demandes de celui-ci.

Sortir de l’illusion de la repentance sans long suivi psychologique avéré : un parent violent ne va pas frapper ses enfants dans un centre médiatisé, cela va de soi. Le centre n’apporte donc aucune garantie.

– En parallèle à une réforme en profondeur pour que les centres médiatisés deviennent ENFIN des endroits protecteurs, il faut interdire les Lieux neutres où les rencontres décidées par le JAF se font sans surveillance !!!

Les centres médiatisés savent peut-être régler des conflits mais ne sont pas adaptés en cas de violences intrafamiliales. Car la problématique est différente : les victimes ne recherchent pas la construction d’une coparentalité mais la protection. Pour trop d’intervenants, les violences sont du passé et il faut construire la suite. Or l’avenir n’est pas le « vivre ensemble » mais bien le soin des victimes.

Ce soin ne pourra advenir que par la conscience et la reconnaissance des violences à l’œuvre par tous (centre médiatisé inclus). Un problème non nommé ne peut jamais être traité. Les violences intrafamiliales, inceste inclus, ne s’arrêtent pas avec la fin du couple, elles continuent de s’exercer dans le lien forcé maintenu par la justice. Il faut en finir avec la neutralité et s’engager contre, requestionner les postures idéologiques sur la parentalité dans l’intérêt des enfants et de la société entière.

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Impacts des violences sexuelles sur la ménopause precoce

violences sexuelles et menopause précoce

Selon une récente étude américaine, il y aurait un lien entre violences sexuelles et ménopause précoce, les violences sexuelles vécues dans l’enfance ayant une forte incidence sur l’arrivée précoce de la ménopause.

C’est même assez précis. Une étude de l’Université d’Otago a révélé que les femmes victimes d’abus sexuels graves dans l’enfance courent deux fois plus de risques d’une ménopause précoce (à l’âge de 40 ans) que les femmes sans antécédents d’abus signalés.

La docteure Geri McLeod, responsable de l’étude, déclare : « Ces résultats inquiétants sont également significatifs. Ils sont cohérents avec les recherches internationales sur les impacts à long terme sur la santé et le développement des personnes abusées sexuellement pendant l’enfance ».

Ce problème de santé des femmes n’avait jusqu’alors pas fait l’objet de recherches approfondies dans le passé.

Violences sexuelles et ménopause précoce : le lien est établi

L’étude a examiné les données de 630 femmes nées en 1977 à Christchurch, en Nouvelle Zélande. 468 d’entre elles ont déclaré avoir des antécédents de violences physiques ou sexuelles.

Or, plus de la moitié des femmes exposées à des abus sexuels dans l’enfance étaient entrées dans la transition ménopausique à 40 ans, soit 11 ans plus tôt que la moyenne de la population.

« Les résultats montrent que celles qui ont déclaré avoir subi des abus sexuels dans l’enfance avaient un risque accru d’entrer dans la transition de la ménopause à l’âge de 40 ans » explique la Docteure McLeod.

Une relation statistiquement significative a été trouvée entre la sévérité des violences sexuelles subies pendant l’enfance et l’avancée de la ménopause (39,0 % contre 18,8 %).

« En particulier, les femmes qui avaient signalé des abus sexuels graves, impliquant une tentative ou une pénétration sexuelle, ont été 2 fois plus nombreuses à vivre une ménopause précoce que celles qui n’avaient pas signalé de tels abus.« 

En revanche, pas de lien établi avec l’arrivée prématurée de la ménopause pour les femmes victimes de violences non sexuelles, même si des études précédentes avaient également montré que les abus physiques tels que des « châtiments corporels » avaient aussi un impact sur la transition vers la ménopause.

Il semblerait donc que la terrible expérience des violences sexuelles avant l’âge adulte aurait bien un impact sur la vie hormonale des femmes. Un impact de plus dans la longue liste des dégâts physiques et psychologiques subis par les victimes.

Le coût financier de ces violences se répercute sur tous. Mais le coût d’une humanité maltraitée n’est payé que par la victime et c’est une violence supplémentaire intolérable.

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violences sexuelles et ménopause

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AEMO, les failles de ce service éducatif sensé protéger les victimes de violences

les failles de l'aemo

L’Action Éducative en Milieu Ouvert (AEMO) est une mesure de Protection de l’Enfant vivant dans son milieu familial. Elle concerne les enfants mineurs et les jeunes majeurs. Chaque mesure est ordonnée par une autorité judiciaire lorsque ces derniers sont en situation d’un grave danger. Ces enfants sont alors placés sous observation des professionnels des services éducatifs, soit à domicile soit dans un lieu tiers agréé ou validé.

Comment fonctionne l’AEMO ?

Depuis 1983, les mesure d’AEMO, qu’elles soient administratives ou judiciaires, sont financées par les Départements qui fixent annuellement le prix de la journée par enfant. L’argent est ensuite versé à des associations privées qui vivent de ces subventions.

Plus elles gèrent d’enfants, plus elles reçoivent de subventions (comme dans les foyers d’accueil). Ce financement, mal accompagné, est la porte ouverte à de la maltraitance institutionnelle, qui est l’écart entre la mission de l’établissement et sa réalisation. Les AEMO ont-elles assez de temps et de personnels pour tous les dossiers acceptés ?

Les entretiens d’AEMO se déroulent le plus souvent dans le cadre de visite à domicile. Les missions des intervenants sont multiples :

  • Prévention des situations de danger ou de carences, qu’elles soient matérielles, éducatives, physiques ou psychiques.
  • Accompagnement éducatif auprès des enfants en situation de danger ou de risque de danger.
  • Soutien aux fonctions parentales. Aide au développement des capacités d’un ou des parents à reconnaitre ses fragilités et à accepter des espaces de socialisation pour son enfant.

Les visites à domicile, annoncées ou surprises, sont la base des interventions des éducateurs des structures d’AEMO. Quand le maintien des enfants au domicile représente une prise de risque trop importante, le service doit informer le juge des enfants, ce qui suppose une excellente capacité à évaluer le danger et l’urgence. Or les éducateurs interviennent un temps très court (1 h par semaine max) et souvent seuls, ce qui peut les empêcher d’avoir un regard complet et juste sur la famille.

Ce biais potentiel est d’autant plus marqué que leur parole tend à devenir la parole principale, pas ou peu remise en cause. L’hypothèse de départ sur la situation familiale n’est pas réinterrogée, elle est simplement confirmée par des éducateurs qui n’ont bien souvent pas le temps de creuser, enchainant les « dossiers ».

Si les éducateurs intervenaient à plusieurs, de nouvelles modalités d’actions se mettraient en place qui favoriseraient le croisement des regards et la qualité des mesures quant à la protection de l’enfant. En soutien aux interventions en binôme, les éducateurs devraient mettre leurs connaissances à jour et ouvrir la palette des expertises et des outils pour lutter efficacement contre les violences rencontrées.

Problématiques et dysfonctionnements de l’AEMO :

  • Des financements non homogènes

Le fait que les tarifications soient déterminées par chaque département induit une disparité des moyens selon où l’on habite. Cette responsabilité devrait être donnée à l’État afin que tous les citoyens soient traités équitablement.

  • Absence de contrôle et impunité

Une fois les centres d’AEMO habilités, qui surveille leurs actions ? Le personnel surpris en faute est-il sanctionné ? La demande d’évaluation des mesures est fortement critiquée par certains professionnels. En résulte un manque général de lisibilité des pratiques des intervenants.

  • Personnel insuffisamment qualifié

L’éducateur devrait être obligatoirement formé à l’écoute des enfants (voire des adultes) y compris de façon infra-verbale. Savoir être vigilants aux signaux que peuvent envoyer les victimes, tous ces indicateurs d’états psychiques malmenés. Malgré ses sourires, un enfant peut envoyer des signes de détresse et de contraintes.

Il est également important que le personnel parvienne à se décaler de ses représentations culturelles personnelles au profit de vraies compétences, en psycho-traumas, en contrôle coercitif, en gestion de l’emprise par exemple…

De plus, les éducateurs pratiquent actuellement beaucoup l’observation mais ils interviennent peu.

Pascale Breugnot et Paul Durning ont analysé différents rapports envoyés aux magistrats au début des années 2000 :

« Près de 80 % des informations de la toute première réunion traduisent un positionnement d’observateur. […] À six mois d’intervention, la place de l’intervention concrète est aussi minime que lors de la première réunion de synthèse ».

Pascale Breugnot et Paul Durning

En résumé, les actions de protection des éducateurs sont difficilement saisissables.

De plus, on l’a vu, le travail individuel des intervenant est encore le socle des rapports des AEMO. Il serait souhaitable qu’il soit remplacé par de nouveaux modes d’action, collectifs et variés, pour un meilleur accompagnement des familles.

  • Des actions insuffisantes, trop tardives, trop peu intensives, mal pilotées et coordonnées

L’absence d’obligation de résultat associée à de nombreux dysfonctionnements dûs à des structures protéiformes, non centralisées conduit à une remise en question de l’efficacité des AEMO.

  • Rapports

Le rapport écrit remis en fin de mesure établit un bilan de l’intervention. Son poids est énorme dans le jugement car le juge s’en remet énormément à sa conclusion. Or, on l’a vu, les éducateurs interviennent peu de temps, ne sont pas formés correctement. De nouvelles exigences de motivation des décisions et de comptes rendus des interventions devraient leur être imposées.

Les ambiguïtés de l’AEMO

Plusieurs questions relatives à l’AEMO peuvent être soulevées.

  • S’agit-il d’une mesure d’aide éducative au sens strict ou contribue-t-elle surtout à l’évaluation juridique des situations ?
  • Comment se positionne-t-elle face à l’accueil des enfants ? Souhaite-elle éviter le placement en proposant une alternative ? Ou cherche-t-elle à préparer le placement ?
  • Est-elle une mesure d’aide ou une mesure de contrôle ? Est-elle réellement active dans le développement physique, psychologique, affectif, intellectuel et social de l’enfant ?

Plein de questions sans réponse…

Pour aller plus loin :

https://www.igas.gouv.fr/IMG/pdf/2018-047R-TOME_1.pdf

https://www.onpe.gouv.fr/system/files/publication/2013_aemo.pdf

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Les failles de l'AEMO

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Les victimes ne veulent pas parler, elles veulent être écoutées

ecouter les victimes de violence

La libération de la parole, c’est important.

Ce 21ème siècle l’aura démontré, les victimes parlent et de plus en plus. Elles témoignent pour que d’autres victimes les entendent et se sentent moins seules. Elles brisent le silence sur les violences sexistes, les incestes, les rapports de domination et d’écrabouillement.

Chaque parole compte.

Néanmoins, pour recueillir ici de nombreux témoignages de victimes de violences, on s’interroge sur la pertinence du mot « libération ».

Parler ne fait pas toujours du bien.

Il faut se raconter et revivre un traumatisme, répondre à des questions, faire face aux jugements potentiels et à la culpabilité toujours.

Quand les victimes libèrent leur parole, elles effectuent un acte psychologique et émotionnel très coûteux. Il s’agit d’un processus qui arrive à la fin d’un parcours humain éprouvant et tout le monde n’y parviendra pas.

Alors pourquoi les victimes parlent ?

Les raisons ne manquent pas. Les plus évidentes est qu’elles parlent pour :

  • Pour demander de l’aide essentiellement,
  • pour faire cesser leurs souffrances.
  • Elles parlent pour être crues.
  • Elles parlent pour être entendues.

Écouter les victimes, c’est indispensable !

Quand on écoute une victime, elle ne dit pas « Merci de m’avoir laissée parler« . Elle dit « Merci de m’avoir écoutée« . C’est là toute la différence. Se raconter a été difficile. Mais avoir un interlocuteur bienveillant en face, qui accueille sa parole comme digne de foi et qui fait preuve d’empathie, c’est cela qui lui fait du bien. Actuellement, la société ne sait pas accompagner les victimes qui dénoncent. Or, l’enjeu réside sur la manière de réceptionner cette parole et de l’analyser par la suite.

Comment mieux écouter les victimes ?

Il existe des tas de façons pour aider à changer ce manque d’écoute dans la société.

  • Partir du principe que la victime dit la vérité (des études américaines ont montré que le taux de fausses dénonciations est particulièrement faible : de 0.2 à 6%).
  • Amplifier la formation de tous les professionnels (forces de l’ordre, juges, éducateurs…) à recueillir la parole des victimes, celle des enfants inclue (via la méthode Calliope ou le protocole NICHD).
  • Être attentif au langage non verbal. Donner des signes qu’on écoute. Reformuler. Offrir des commentaires propices qui encouragent à parler. Respecter les silences.
  • Proposer des temps de parole à l’école et faire intervenir des gens qualifiés qui, en écoutant et en observant, sauront détecter des victimes potentielles. Si on ne le fait pas, on laisse les victimes à leur sort.
  • Apporter aux enfants, même jeunes, l’information que ce qu’ils vivent n’est pas normal. C’est ainsi qu’ils pourront partager leurs secrets tragiques avec un sentiment de confiance dans l’écoute des adultes.
  • Faire circuler le numéro d’appel 119, « Allo enfance en danger » ou le site arretonslesviolences.gouv. Des gens rompus à l’écoute recevront la parole des victimes ou des témoins de façon anonyme et les guideront vers les services adaptés.
  • Prendre position contre la violence. Redire qu’elle est interdite par la loi et inexcusable. Être neutre, c’est soutenir le mauvais camp.
  • Allonger le délai de prescription pour que la victime puisse être écoutée même très tard.
  • Respecter les décisions de la victime, qui fait de son mieux pour survivre dans un environnement hostile. Ne pas interférer, encore moins lui dire ce qu’elle doit faire. Ne pas entreprendre des démarches à sa place, sauf si on appartient aux forces de l’ordre et de la Justice et qu’on est habilité à protéger les victimes.
  • D’une manière générale, tenter de comprendre sans blâmer pour renforcer son sentiment que sa vie lui appartient.
  • Enfin, SURTOUT, ne pas juger. Quand on recueille la parole d’une victime, son histoire et ses émotions jaillissent comme elles peuvent. La personne peut être très émotive, troublée ou au contraire sembler ne rien ressentir et se comporter de manière très surprenante. La situation qu’elle a vécue engendre des psycho-traumatismes qu’on n’est rarement à même d’appréhender correctement. Alors le plus simple est de prendre votre interlocuteur au sérieux, de le croire, pour ne pas rajouter à sa souffrance.

Le déni, la banalisation ou le doute causent trop de dégâts.

Les victimes parlent ! A nous de les entendre et de prendre soin d’elles autant que de leur témoignage. Une personne victime de violence vit une situation difficile et douloureuse. Si celle-ci s’est installée depuis longtemps, la victime a mis en place des stratégies d’évitement. Elle a peur, honte et se sent seule. Elle ne pourra sortir du silence que si elle sent crue et écoutée sans jugement, en confiance.

Développons l’écoute, qui protège mais aussi prend en compte l’expression de la victime et sa participation éclairée aux décisions qui la concernent

« Il faut que l’on écoute mieux les femmes en justice. Il faut des professionnels de l’écoute pour les violences conjugales, qui puissent analyser et recouper ce qu’ils entendent. Quelqu’un qui a l’expérience peut repérer les éléments récurrents dans les récits de violence conjugale.

La description des syndromes de stress post-traumatique, la lune de miel, sont par exemple des éléments caractéristiques. Quand j’entends une femme victime, j’ai besoin d’environ 5 rendez-vous pour savoir ce qu’il en est. Ce sont des dossiers qui nécessitent du temps, pour que la parole se libère, pour constater que le scénario décrit ne change pas. On a un espace énorme à investiguer, pour trancher dans un sens ou dans l’autre. Aujourd’hui, cet espace n’est pas utilisé. »

Isabelle Steyer avocate spécialisée sur les violences conjugales

Sources : https://www.actu-juridique.fr/civil/personnes-famille/la-justice-doit-mieux-ecouter-les-femmes/

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Les psycho-traumas des victimes de violences

psycho-traumatismes des victimes de violence

Les psycho-traumatismes regroupent les conséquences psychologiques subies suite à des agressions, des menaces pour sa vie ou celle d’autrui, des violences en général… Ces troubles correspondent à des souffrances psychiques majeures, potentiellement invalidantes, bien réelles même si pas toujours perceptibles par l’entourage.

Les psycho-traumatismes, des symptômes invisibles

Les victimes de psychotraumatismes sont bien plus nombreuses qu’on ne l’imagine (entre 6 et 10% de la population).

Les psycho-traumatismes sont pourtant encore très méconnus. Même si on sait l’importance de la précocité de la prise en charge, les médecins ne sont pas suffisamment formés à les reconnaître, ce qui occasionne une souffrance qui pourrait être circoncise.

En France, on reconnait plus facilement les psychotraumas des victimes d’attentats ou de catastrophes naturelles mais ceux issus d’autres types de violences, quotidiennes et moins visibles, ne sont pas ou peu pris en charge et font d’immenses dégâts.

Les conséquences des violences faites aux femmes et aux enfants sont invisibilisées. Pourtant les viols, les incestes, les violences psychologiques laissent des séquelles indéniables sur le développement psycho-affectif des victimes. Ces processus silencieux de dégradation, d’absence d’amour, de déshumanisation forment une multitude d’enfants puis d’adultes brisés.

Pour l’inceste on parle de crime sans cadavre.

Point sur les Psycho-traumatismes des victimes de violence

La souffrances des psychotraumatismes est réelle et multidimensionnelle. Elle irradie dans le mental, dans le corps, dans tout ce qui a trait à l’âme et à l’être. Chaque personne va vivre la maltraitance à sa manière.

Certaines souffrances, certains dégâts peuvent être communs à toutes les victimes, comme un mal de vivre, des terreurs, des angoisses, etc… Mais les manifestations des pycho-traumatismes sont pour beaucoup personnelles et uniques. Chacun développe des mécanismes mentaux, une gestion de la mémoire ou des émotions différentes. C’est le travail des psychologues que de les analyser pour permettre aux victimes de les verbaliser et d’entamer un processus de réparation, autant que possible.

Un enfant victime d’inceste peut avoir des raisonnements traumatiques différents.

1 – Mon parent me fait souffrir –> mon parent ne m’aime pas –> c’est forcément de ma faute car je ne suis pas « aimable » –> personne ne peut m’aimer.

2 – Mon parent me fait souffrir –> je me déprécie et me déshumanise –> je suis un objet qu’on peut utiliser –> je n’ai pas de respect pour moi.

3 – Mon parent me fait souffrir –> cette souffrance est intolérable –> je suis déjà morte.

4 – Mon parent me fait souffrir –> mon esprit ne peut pas comprendre ce qu’il m’arrive –> j’efface tout de ma mémoire

Les psycho-traumatismes sont polymorphes et parmi les réactions possibles, il y a celles du corps qui réagit à son tour aux insupportables violences subies.

Chaque victime connait un lot de douleurs importantes, chroniques ou diffuses, des malaises, des migraines, des brûlures d’estomac, des pertes ou prises de poids, de l’instabilité du sommeil et de l’humeur, du stress qui entraine exémas, dermatites, mycoses…

Des maladies liées à des troubles intestinaux comme la colopathie ou liées à une hypersensibilité douloureuse comme la fibromyalgie sont aussi fréquentes et vraisemblablement connectées aux conséquences des violences sexuelles.

Les troubles psychotraumatiques chroniques peuvent durer longtemps, potentiellement toute une vie en l’absence de prise en charge et de traitement.

Les victimes cohabiteront difficilement avec des syndromes de reviviscence (des souvenirs intrusifs angoissants suscités par tout ce qui peut y être associé), des syndromes d’évitement (la victime évite les lieux, les personnes mais également les pensées qui réactivent ses peurs, jusqu’à s’isoler totalement), des syndromes d’hyperréactivité (état d’alerte quasi-permanent entrainant irritabilité, hypersensibilité, troubles de l’attention, de la concentration, une profonde fatigue physique et psychique)… Mais ces troubles ne se voient pas…

Pourtant, sur du long terme, ces psycho-traumatismes peuvent entraîner de véritables modifications de la personnalité, de la solitude, une perte de repère et d’espoir, un sentiment d’insécurité permanent… Sans parler des pathologies associées. Les dépressions sont très fréquentes (50%), les addictions (alcool, drogues) vont concerner 30 à 50% des patients. Viendront également les troubles anxieux, alimentaires, sexuels, du comportement, du sommeil, les conduites suicidaires…

La liste est longue, presque infinie, des conséquences des violences faites principalement aux femmes et aux enfants.

Ce qui peut aider les victimes de psycho-traumatismes ?

Si vous connaissez une personne victime de violence, ayez conscience qu’elle subit quotidiennement les conséquences de ce qu’elle a douloureusement expérimenté. Si vous souhaitez l’aider à votre mesure, voici des comportements adaptés à sa souffrance :

  • Avoir de la compassion,
  • Être réellement à l’écoute, sans jugement.
  • Proposer son amour inconditionnel
  • Respecter sa façon de réagir
  • Accueillez sa souffrance (pas besoin de la ressentir, juste de l’accueillir)

Du soutien et de la bienveillance, plus globalement, aideront cette personne à mobiliser ses propres ressources et à se réhumaniser.

Point sur les Psycho-traumatismes des victimes de violence

Sources :

https://www.lareponsedupsy.info/Psychotraumatisme

https://www.memoiretraumatique.org/

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