Les victimes ne veulent pas parler, elles veulent être écoutées

Les victimes ne veulent pas parler, elles veulent être écoutées

ecouter les victimes de violence

La libération de la parole, c’est important.

Ce 21ème siècle l’aura démontré, les victimes parlent et de plus en plus. Elles témoignent pour que d’autres victimes les entendent et se sentent moins seules. Elles brisent le silence sur les violences sexistes, les incestes, les rapports de domination et d’écrabouillement.

Chaque parole compte.

Néanmoins, pour recueillir ici de nombreux témoignages de victimes de violences, on s’interroge sur la pertinence du mot « libération ».

Parler ne fait pas toujours du bien.

Il faut se raconter et revivre un traumatisme, répondre à des questions, faire face aux jugements potentiels et à la culpabilité toujours.

Quand les victimes libèrent leur parole, elles effectuent un acte psychologique et émotionnel très coûteux. Il s’agit d’un processus qui arrive à la fin d’un parcours humain éprouvant et tout le monde n’y parviendra pas.

Alors pourquoi les victimes parlent ?

Les raisons ne manquent pas. Les plus évidentes est qu’elles parlent pour :

  • Pour demander de l’aide essentiellement,
  • pour faire cesser leurs souffrances.
  • Elles parlent pour être crues.
  • Elles parlent pour être entendues.

Écouter les victimes, c’est indispensable !

Quand on écoute une victime, elle ne dit pas « Merci de m’avoir laissée parler« . Elle dit « Merci de m’avoir écoutée« . C’est là toute la différence. Se raconter a été difficile. Mais avoir un interlocuteur bienveillant en face, qui accueille sa parole comme digne de foi et qui fait preuve d’empathie, c’est cela qui lui fait du bien. Actuellement, la société ne sait pas accompagner les victimes qui dénoncent. Or, l’enjeu réside sur la manière de réceptionner cette parole et de l’analyser par la suite.

Comment mieux écouter les victimes ?

Il existe des tas de façons pour aider à changer ce manque d’écoute dans la société.

  • Partir du principe que la victime dit la vérité (des études américaines ont montré que le taux de fausses dénonciations est particulièrement faible : de 0.2 à 6%).
  • Amplifier la formation de tous les professionnels (forces de l’ordre, juges, éducateurs…) à recueillir la parole des victimes, celle des enfants inclue (via la méthode Calliope ou le protocole NICHD).
  • Être attentif au langage non verbal. Donner des signes qu’on écoute. Reformuler. Offrir des commentaires propices qui encouragent à parler. Respecter les silences.
  • Proposer des temps de parole à l’école et faire intervenir des gens qualifiés qui, en écoutant et en observant, sauront détecter des victimes potentielles. Si on ne le fait pas, on laisse les victimes à leur sort.
  • Apporter aux enfants, même jeunes, l’information que ce qu’ils vivent n’est pas normal. C’est ainsi qu’ils pourront partager leurs secrets tragiques avec un sentiment de confiance dans l’écoute des adultes.
  • Faire circuler le numéro d’appel 119, « Allo enfance en danger » ou le site arretonslesviolences.gouv. Des gens rompus à l’écoute recevront la parole des victimes ou des témoins de façon anonyme et les guideront vers les services adaptés.
  • Prendre position contre la violence. Redire qu’elle est interdite par la loi et inexcusable. Être neutre, c’est soutenir le mauvais camp.
  • Allonger le délai de prescription pour que la victime puisse être écoutée même très tard.
  • Respecter les décisions de la victime, qui fait de son mieux pour survivre dans un environnement hostile. Ne pas interférer, encore moins lui dire ce qu’elle doit faire. Ne pas entreprendre des démarches à sa place, sauf si on appartient aux forces de l’ordre et de la Justice et qu’on est habilité à protéger les victimes.
  • D’une manière générale, tenter de comprendre sans blâmer pour renforcer son sentiment que sa vie lui appartient.
  • Enfin, SURTOUT, ne pas juger. Quand on recueille la parole d’une victime, son histoire et ses émotions jaillissent comme elles peuvent. La personne peut être très émotive, troublée ou au contraire sembler ne rien ressentir et se comporter de manière très surprenante. La situation qu’elle a vécue engendre des psycho-traumatismes qu’on n’est rarement à même d’appréhender correctement. Alors le plus simple est de prendre votre interlocuteur au sérieux, de le croire, pour ne pas rajouter à sa souffrance.

Le déni, la banalisation ou le doute causent trop de dégâts.

Les victimes parlent ! A nous de les entendre et de prendre soin d’elles autant que de leur témoignage. Une personne victime de violence vit une situation difficile et douloureuse. Si celle-ci s’est installée depuis longtemps, la victime a mis en place des stratégies d’évitement. Elle a peur, honte et se sent seule. Elle ne pourra sortir du silence que si elle sent crue et écoutée sans jugement, en confiance.

Développons l’écoute, qui protège mais aussi prend en compte l’expression de la victime et sa participation éclairée aux décisions qui la concernent

« Il faut que l’on écoute mieux les femmes en justice. Il faut des professionnels de l’écoute pour les violences conjugales, qui puissent analyser et recouper ce qu’ils entendent. Quelqu’un qui a l’expérience peut repérer les éléments récurrents dans les récits de violence conjugale.

La description des syndromes de stress post-traumatique, la lune de miel, sont par exemple des éléments caractéristiques. Quand j’entends une femme victime, j’ai besoin d’environ 5 rendez-vous pour savoir ce qu’il en est. Ce sont des dossiers qui nécessitent du temps, pour que la parole se libère, pour constater que le scénario décrit ne change pas. On a un espace énorme à investiguer, pour trancher dans un sens ou dans l’autre. Aujourd’hui, cet espace n’est pas utilisé. »

Isabelle Steyer avocate spécialisée sur les violences conjugales

Sources : https://www.actu-juridique.fr/civil/personnes-famille/la-justice-doit-mieux-ecouter-les-femmes/

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