Depuis des années, nous alertons sur une injustice : des parents (le plus souvent des mères) sont poursuivis pour non représentation d’enfant alors même qu’ils cherchent à protéger leur enfant de violences.
Ce délit, conçu pour sanctionner les refus abusifs, est trop souvent devenu une arme entre les mains du parent mis en cause.
Le texte adopté aujourd’hui à l’assemblée nationale apporte une réponse concrète : désormais, un parent ne pourra plus être poursuivi pour non représentation d’enfant entre le dépôt d’une demande d’ordonnance de sûreté et la notification de la décision du juge.
Ce texte permet de mieux protéger les parents qui agissent dans l’intérêt de leur enfant, et nous l’accueillons avec beaucoup d’espoir.
Merci aux parlementaires qui ont porté ce sujet, et en particulier à Philippe Fait, Virginie Duby-Muller et Maud Petit pour leur engagement constant sur ce thème.
Il faut bien souligner que le texte devra ensuite passer au Sénat – ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !
Nous poursuivrons notre mobilisation afin qu’aucun parent protecteur ne soit contraint de choisir entre protéger son enfant et risquer des poursuites pénales.
Pour en savoir plus sur le projet de loi adopté par l’assemblée nationale, vos pouvez lire nos articles :
Concrètement, lorsqu’un enfant est susceptible d’être victime d’inceste ou de violence, le juge pourra désormais prendre rapidement des mesures de protection, sans attendre l’issue, souvent très longue, de l’enquête pénale :
Interdiction de contact avec le parent mis en cause
Suspension des droits de visite et d’hébergement
Attribution provisoire du logement
Autres mesures indispensables à la sécurité de l’enfant
Cette mesure reprend un combat porté depuis 2021 par le Collectif pour l’enfance, qui rassemble près de 50 associations (dont la nôtre) et qui n’a cessé d’alerter sur le temps judiciaire trop long face à l’urgence de protéger un enfant.
Nous saluons le travail de la présidente et des rapporteures de la commission spéciale, Perrine Goulet, Nathalie Colin-Oesterlé et Marianne Maximi, ainsi que de tous les députés qui ont soutenu cette avancée, en particulier Monsieur Philippe Fait, Madame Virginie Duby-Muller et Madame Maud Petit dont les amendements nécessaires, ont amélioré le dispositif.
Cette victoire est importante.
Mais elle devra maintenant être concrétisée.
Le texte poursuit désormais son parcours parlementaire. Il devra passer au Sénat cet automne. Ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive.
Nous resterons vigilants sur les conditions concrètes de mise en œuvre (rôle du procureur, critère de vraisemblance des violences, délais de décision) afin que cette ordonnance protège réellement les enfants, et pas seulement en théorie.
Né des graves dysfonctionnements révélés dans l’Aide Sociale à l’Enfance et considérablement renforcé après l’affaire Lyhanna et le scandale des violences en milieu périscolaire, ce texte comporte plusieurs avancées majeures pour la protection des enfants :
Création d’une ordonnance de sûreté de l’enfant
Imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs
Meilleur encadrement des placements
Renforcement du contrôle des structures accueillant des mineurs
Ces avancées sont le fruit de plusieurs années de mobilisation des associations, des familles, des professionnels et de nombreux parlementaires engagés.
Nous saluons l’ensemble des députés qui, au-delà des clivages politiques, ont permis ces progrès.
Mais ce vote n’est pas l’aboutissement de notre combat.
Le texte doit désormais être examiné par le Sénat, ce n’est donc qu’une première lecture, pas une adoption définitive !
Nous demeurons pleinement mobilisé.es pour que l’intérêt supérieur de l’enfant reste au cœur des débats et que ces avancées soient préservées, voire renforcées.
Les violences s’accompagnent fréquemment de manifestations cliniques spécifiques : dissociation traumatique, mémoire fragmentée ou non linéaire, révélations tardives, silences prolongés, régression, anorexie, cauchemars, rétractations partielles ou totales, ambivalence affective envers l’auteur des faits, etc.
Or ces éléments continuent d’être interprétés comme un manque de crédibilité de la parole de l’enfant, un conflit de loyauté banal, une influence du parent protecteur ou encore une instrumentalisation de l’enfant dans le conflit familial.
Une disqualification très fréquente du parent protecteur
Le parent protecteur – majoritairement la mère – est fréquemment évalué à travers des grilles d’analyse inadaptées aux situations de violence.
Le signalement des faits peut être interprété comme une hostilité envers l’autre parent, une relation dite fusionnelle avec l’enfant ou encore un facteur de déséquilibre parental plutôt que comme un acte de protection.
Il résulte un renversement des responsabilités dans lequel l’enfant est considéré comme influencé, le parent protecteur est fragilisé ou pathologisé et le parent mis en cause est repositionné dans une logique de conflit conjugal.
Des méthodologies d’expertise insuffisamment encadrées
des entretiens de très courte durée, insuffisamment documentés – voire pas d’entretien du tout ;
des rapports se bornant à retranscrire les paroles de la personne reçue, sans l’analyser. Cette retranscription est aussi parfois déformée ;
des conclusions peu étayées ou formulées sans démonstration méthodologique ;
l’absence de distinction claire entre conflit parental et situation de violence intra familiale.
Dans ces conditions, l’expertise peut reposer sur l’appréciation clinique personnelle de l’expert, sur son intime conviction, parfois sur des notions psychanalytiques inadéquates, sans que les fondements méthodologiques soient explicités.
Or, dans des dossiers impliquant des risques très graves pour l’enfant, où les conséquences judiciaires sont vitales pour la sécurité de l’enfant, cette subjectivité n’a pas sa place et l’exigence méthodologique devrait être particulièrement renforcée.
La difficulté de contestation des expertises judiciaires
Plusieurs difficultés sont régulièrement observées :
L’absence d’enregistrement des entretiens : ce qui limite considérablement la possibilité de contester la fiabilité du rapport. L’enregistrement des expertises nous semble donc crucial, tout comme les auditions de mineurs.
L’absence de traçabilité précise des conditions de réalisation de l’expertise : (la durée et le nombre d’entretiens réalisés devraient être systématiquement mentionnés ;
Des divergences importantes entre les propos tenus par les personnes examinées et la restitution qui en est faite dans le rapport d’expertise ;
L’absence de pré-rapport : le code de procédure civile impose la remise d’un pré-rapport, qui peut être commenté par les parties avant la remise du rapport final. Un tel rapport n’est quasiment jamais remis aux parties, alors que celui-ci est pourtant obligatoire sous peine de nullité du rapport final.
Dans ces conditions, lorsqu’une partie estime que ses propos ont été mal retranscrits ou interprétés, les possibilités de vérification et de contestation sont extrêmement limitées.
L’expertise judiciaire ne constitue pas un simple outil d’éclairage de la décision, mais tend, en pratique, à en devenir un élément quasi-déterminant. Dès lors, lorsqu’elle est insuffisamment spécialisée, encadrée ou méthodologiquement fragile, elle peut conduire à une requalification de la violence sexuelle en simple conflit familial, avec des conséquences directes sur la sécurité des mineurs et sur la situation des parents protecteurs.
Dans ce contexte, renforcer la spécialisation, la rigueur méthodologique, la transparence et les garanties du contradictoire dans les expertises judiciaires constitue un enjeu majeur.
Vous pouvez retrouver notre autre article sur les expertises :
Chaque mois de janvier revient la même injonction, la même rêverie, le même espoir : souhaiter le meilleur aux humains qui nous entourent.
Mais quels vœux envoie-t-on à celles et ceux qui ont subi des violences intrafamiliales ? Que peut-on souhaiter à des victimes, quand on sait ce qu’elles ont traversé, tout ce qu’elles endurent encore et ce que la société continue de leur imposer ?
Nous croyons que le premier vœu à formuler est simple, fondamental, et pourtant encore trop rarement exaucé : dire aux victimes « on vous croit ».
Être cru·e. Sans condition. Sans soupçon. Sans mise à l’épreuve. Être cru·e quand on parle. Quand on dénonce. Quand on alerte. Être cru·e par la Justice, par les institutions, par les professionnel·les, par l’entourage, par la société toute entière.
Il est important de prononcer ces mots « je te crois »….
Mais croire ne suffit pas.
Une fois la parole reconnue, il faut une prise en charge à 360 degrés. Une protection réelle. Un traitement juridique sérieux, rapide, cohérent. Un accompagnement psychologique à la hauteur des traumatismes subis. Une attention portée aux enfants, aux parents protecteurs, aux liens brisés, aux corps ET aux esprits abîmés, aux vies mises entre parenthèses.
Il faut aussi cesser d’invisibiliser les violences. Cesser de minimiser. Cesser de déplacer la responsabilité. Et surtout : nommer les agresseurs, les incriminer en premier, plutôt que de continuer à scruter, juger, soupçonner celles et ceux qui survivent.
Car une société qui maltraite les victimes de violences intrafamiliales est une société malade.
Ce qui se joue derrière les portes closes, ce que l’on subit dans l’intimité des foyers façonne le lien social, la confiance collective, la manière dont on traite l’humain partout ailleurs.
Lutter contre les violences intrafamiliales, protéger les victimes, réparer les traumatismes, ce n’est pas un combat marginal. C’est un projet de société, un enjeu de santé publique. C’est une condition indispensable pour construire un monde plus juste, plus sain, plus humain.
Alors pour cette nouvelle année, nos vœux sont clairs : que les victimes soient crues, protégées, accompagnées, respectées. Et que la société fasse enfin le choix de se soigner et réparer, en cessant de détourner le regard.
Nous serons là, encore et toujours, pour porter cette exigence.
on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit, on vous croit !
L’objectif affiché par ses auteurs et soutenu par le gouvernement est double :
d’une part, mieux protéger les victimes et mieux reconnaître leurs situations de vulnérabilité, notamment dans les contextes intrafamiliaux, conjugaux ou d’emprise, en donnant à la justice un outil plus clair
d’autre part, faire évoluer la culture judiciaire et sociale vers une logique de respect du consentement plutôt que de seul « refus ou violences visibles »
Inspirée par les législations de pays comme la Suède, l’Espagne ou le Royaume-Uni, cette proposition de loi (PPL) entend placer le consentement au cœur de la définition pénale du viol et des agressions sexuelles, afin d’affirmer que l’absence de consentement suffit à caractériser le crime, sans qu’il soit nécessaire de prouver la violence.
Contenu de la proposition de loi
La PPL, déposée à l’Assemblée nationale le 21 janvier 2025 par les députés Véronique Riotton et Marie-Charlotte Garin, modifie plusieurs articles du Code pénal, principalement les articles 222-22 et 222-23. En première lecture, en commission des lois, les deux députées ont été désignées comme co-rapporteurs. Au Sénat, les rapporteures sont Elsa Schalck et Dominique Vérien.
Principales modifications législatives proposées
Le texte propose de modifier les articles 222-22 (agressions sexuelles) et 222-23 (viol) du Code pénal pour y introduire la formulation-clé : « tout acte sexuel non consenti » commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur.
Il définit le consentement « libre, éclairé, spécifique, préalable et révocable » et précise que le silence ou l’absence de réaction ne peuvent valoir consentement.
Il conserve les quatre critères actuels (violence, contrainte, menace, surprise) en les maintenant comme modalités dans lesquelles il n’y a pas consentement.
Il élargit explicitement la définition du viol en y incluent les actes bucco-anaux.
NB : La PPL ne modifie pas les règles spécifiques applicables aux mineurs, déjà renforcées par la loi du 21 avril 2021 qui a établi un seuil d’âge de non-consentement à 15 ans (et 18 ans en cas d’inceste).
La redéfinition vise donc à clarifier le droit pénal et son application, harmoniser la législation française avec les standards internationaux et réaffirmer le rôle symbolique du droit comme un outil de transformation sociale.
Arguments clés et tendances des débats
Arguments favorables :
Le texte est présenté comme une avancée majeure pour les victimes, en comblant une lacune législative
Il s’inscrit dans les engagements internationaux de la France (ex. Convention d’Istanbul) qui recommandent la notion de non-consentement
Il permet une meilleure cohérence entre réalité vécue des violences sexuelles et qualification pénale
Arguments opposés ou critiques :
Certains juristes craignent que l’inscription du « non-consentement » entraîne une charge accrue sur la victime pour prouver l’absence de consentement.
D’autres estiment que sans moyens supplémentaires (formation, enquête, prise en charge), la réforme resterait symbolique.
Le débat a aussi porté sur la formule « appréciée au regard des circonstances environnantes » vs « contexte » selon la chambre.
Tendance politique : Le texte bénéficie d’un large consensus, notamment majoritaire gauche/droite-centre, ce qui traduit une convergence transpartisane sur ce sujet. Les oppositions se sont cantonnées essentiellement aux rangs de l’extrême droite ou de certains élus très critiques.
Parcours législatif et étapes à venir
21 janvier 2025 : dépôt de la proposition de loi à l’Assemblée nationale
26 mars 2025 : adoption en commission des lois de l’Assemblée nationale
28 mars 2025 : le Gouvernement engage la procédure accélérée, réduisant le nombre de lectures
1er avril 2025 : adoption en première lecture à l’Assemblée nationale, par 161 voix pour, 56 contre
18 juin 2025 : le Sénat adopte le texte en première lecture à l’unanimité (323 voix pour) sur le fond (avec modifications)
21 octobre 2025 : accord en commission mixte paritaire (CMP) entre les sénateurs et les députés
23 octobre 2025 : l’Assemblée nationale adopte le texte de compromis issu de la commission mixte paritaire, par 155 voix pour, 31 contre, 5 abstentions
Étape suivante : vote définitif du Sénat (prévu 29 octobre 2025) avant promulgation et décrets d’application.
Impacts attendus et enjeux
La question du consentement dans les infractions sexuelles constitue un enjeu juridique et sociétal majeur, qui s’est retrouvé au cœur du débat public à plusieurs reprises ses derniers mois.
Un impact juridique majeur : L’inscription explicite du consentement dans la loi permettra aux magistrats et enquêteurs de mieux qualifier les faits lorsque la victime n’a pas pu résister ou exprimer son refus, notamment en cas de sidération, d’empressé psychologique ou d’abus de vulnérabilité. Elle devrait aussi encourager les victimes à porter plainte, en réduisant le sentiment d’injustice ressenti lorsque la violence physique est absente. Cela permettra de contribuer à une meilleure prise en compte des violences, en particulier les violences intrafamiliales et conjugales où la contrainte n’est pas nécessairement visible.
Toutefois, certains juristes et députés soulignent que la réforme devra être accompagnée d’une formation renforcée des magistrats, pour éviter une incertitude jurisprudentielle sur l’interprétation du « non-consentement ».
Un impact social et symbolique fort : En inscrivant le consentement comme condition essentielle, le texte envoie un signal fort : « aucun acte sexuel sans consentement ne peut être toléré ». La ministre déléguée à l’Égalité femmes-hommes a qualité ce texte de « pas décisif vers une véritable culture du consentement ». Il s’agit d’un tournant symbolique pour la société, le viol n’est plus seulement une question de violence physique, mais avant tout une atteinte à l’autonomie sexuelle de la personne.
Cette évolution s’inscrit dans la prolongement des mobilisations sociales des dernières années (#MeToo, #NousToutes, campagnes sur le consentement) et renforce la cohérence du cadre législatif français avec les politiques de prévention et d’éducation à la sexualité.
Conséquences pratiques. Plusieurs défis demeurent tels que :
La formation des professionnels de la justice, des forces de l’ordre (adaptation des formations initiales et continues).
La garantie de l’effectivité de cette réforme, en raison des voix critiques qui estiment que cette réforme pourrait, sans accompagnement, faire peser la charge de la preuve sur la victime ou ne pas suffire à changer les pratiques judiciaires.
Un travail de sensibilisation auprès du grand public et des jeunes.
Une meilleure articulation entre la justice, les services sociaux et les associations d’aide aux victimes.
Conclusion
En intégrant explicitement la notion de non-consentement dans la définition du viol et des agressions sexuelles, elle aligne la France sur les standards européens et affirme un principe fondamental : aucun acte sexuel ne peut être imposé sans un consentement libre, éclairé et réversible. Son impact sera donc à la fois juridique, en clarifiant la qualification des faits ; symbolique, en réaffirmant la dignité et l’autonomie des personnes ; et social, en renforçant la lutte contre les violences sexuelles et intrafamiliales.
En voie d’adoption définitive, cette proposition de loi constitue une évolution majeure du droit pénal français. Hautement symbolique, le texte marque un changement d’époque. L’enjeu dépasse la seule modification du Code pénal : il s’agit d’une transformation culturelle, vers une société fondée sur le respect du consentement et de l’intégrité de chacun.
Sa réussite dépendra toutefois de la formation des professionnels, de la mise en œuvre concrète dans les tribunaux et de la coordination avec les associations de terrain. Il est donc très important que cette réforme ne reste pas lettre morte et il faudra veiller à ce que les modalités d’application soient bien définies.
Avec la participation de Aurore Malet-Karas, Docteure en neuroscience et sexologue
Des expertises psychologiques défaillantes
Les expertises psychologiques mandatées par la justice jouent un rôle crucial dans les affaires de violences intrafamiliales. Elles éclairent les magistrats sur leur prise de décision (classement sans suite ou poursuite pénale, droit de garde, placement…) et sur le retentissement personnel des situations qu’ils doivent étudier.
Ces expertises sont les pierres angulaires des procédures et sont cruciales pour la protection des personnes et la prévention de la récidive. Hélas, elles nous sont fréquemment signalées comme ne reflétant pas la réalité des situations.
Cela aboutit à des conclusions mal ou non motivées et biaisées grandement préjudiciables.
Qu’est-ce qu’une expertise psychologique ?
La personne à expertiser est reçue par un psychologue afin de réaliser un ou plusieurs entretiens comprenant :
Un entretien généraliste (vie personnelle, professionnelle, affective…)
Un entretien clinique qui permettra de questionner la psychopathologie de la personne (émotions, anxiétés, phobies, sociabilité, affectivité, empathie, notion du bien et du mal, discernement, troubles dépressifs…).
Ces entretiens peuvent être complétés par des tests de personnalité, QI…
Ces entretiens permettent de définir un profil psychologique de la personne.
Si la personne est une victime de violence sexuelle, l’expertise pourra montrer d’éventuels troubles psycho traumatiques ou de stress post traumatiques sur le long terme (dissociation, troubles de la mémoire, du sommeil, anxiété…).
Quels sont les points à repérer pour contester une expertise psychologique?
L’expert psy doit être sur la liste des experts agréés près la Cour d’appel.
L’expert doit répondre (uniquement) à la question posée par le juge. Par exemple, l’honnêteté du récit, les séquelles des violences subies, les capacités parentales…
Le psychologue doit être neutre, impartial, il ne doit pas donner des jugements de valeur. Ex : « personnalité manipulatrice, elle exagère, elle n’est pas normale… », qui sont des valeurs morales, ou sociétales. Il doit se limiter à son champ de compétence. Nous ne devrions pas y lire « je conseille un placement chez le père… ». Auquel cas l’expert risque d’influencer le magistrat de manière injustifiée.
L’évaluation de la personne devrait se faire sur des bases scientifiques solides, avec des méthodes fiables, des tests standardisés et des échelles de mesures concrètes. Un entretien clinique n’est souvent pas suffisant. Il existe par exemple des tests cognitifs, des échelles de stress, des échelles de personnalité, comme les tests BDI-II (état émotionnel) et PCL-5 (pour les signes de stress post traumatique). L’expert devrait, quand il le peut, citer des sources scientifiques, articles médicaux ou autre pour appuyer ses propos.
Les psychologues cliniciens uniquement psychanalystes vont utiliser des méthodes de compréhensions de l’individu plus subjectives et cela donnera une expertise moins structurée.
L’expert ne doit pas confondre personnalité dysfonctionnelle, fragile et symptôme de stress post traumatique (comme la sidération, la dissociation…).
Il ne doit pas perdre de vue que l’origine d’un trouble peut être la violence (comme l’hypervigilance…).
Il est donc préférable que les expertises soient basées sur des approches TCC (Thérapie Cognitivo Comportementale) ou psychométriques.
Attention également à certains tests psychologiques décriés par les scientifiques comme le test de Rorschach.
Le test de Rorschach… présente une fidélité inter-juges variable selon les études (entre 0.40 et 0.85), ce qui signifie que différents psychologues peuvent interpréter très différemment les mêmes réponses.
« L’expertise psychologique contredite : enjeux et défis dans le système judiciaire français » du site de avocats-emergence
Comment repérer les biais cognitifs ?
Un expert défaillant est aussi un être humain et aura à souffrir des mêmes biais cognitifs que tout un chacun.
Voici certains biais que la Psychologue Aurore Malet-Karas explique très bien dans son livre « cerveau, sexe et amour » :
–Les biais de stéréotype : par exemple, les femmes devraient être douces, les hommes conquérants…Une femme qui s’occupe bien de ses enfants ne sera pas remarquée alors qu’un homme qui s’occupe bien de ses enfants sera encensé.
–Les biais de surestimation : les experts peuvent avoir tendance à surévaluer leurs compétences en victimologie même s’ils n’ont suivi aucune formation. Il convient donc de vérifier leur cursus.
– Les biais de confirmation : c’est la tendance à ne prendre en compte que les éléments qui soutiennent notre opinion de départ et à minimiser ou nier les autres. Cela fait écho au raisonnement panglossien que l’on voit régulièrement dans les conclusions d’audiences qui se passent mal. Seules les preuves qui soutiennent les idées préconçues de départ sont prises en compte. (Ex : La mère est instable, ment, est sur-protectrice…). Il est ainsi très facile de prendre pour certain une hypothèse de départ non démontrée par des moyens scientifiques. Autre exemple courant : « la mère souffre peut-être d’un syndrome de Münchhausen par procuration ». Ce syndrome est une pathologie extrêmement rare et difficile à diagnostiquer : si un.e magistrat.e pense en avoir vu beaucoup chez les mères qu’il.elle rencontre en audience, c’est qu’il.elle se trompe.
–Les biais des coûts irrécupérables : lorsque l’on prend une décision qui finalement ne nous convient pas, on va avoir tendance à continuer dans la même direction pour ne pas perdre le temps ou l’argent qu’on a déjà mis en jeu. Un expert aura rarement la possibilité cognitive de remettre en question son expertise.
Le site de avocats-emergence nous renseigne sur d’autres biais :
–l’effet de halo : étendre une impression générale à l’ensemble des caractéristiques évaluées. Par exemple : La personne est belle ou diplômée, alors elle doit être honnête et morale.
–le biais d’ancrage : il concerne l’influence excessive des premières informations reçues.
Par exemple si une mère victime ou protectrice arrive épuisée, on aura tendance à retenir cette image première plutôt que d’aller chercher les faits.
–l’effet Barnum : très utilisé en pseudo-sciences, par exemple un profil astrologique est assez vague pour que cela convienne autant aux taureaux qu’aux gémeaux. On le retrouve fréquemment chez les experts qui font trop de copier collés, où la formulation des conclusions est assez vague pour être adaptable au plus grand nombre.
D’où l’importance des protocoles standardisés, avec des mesures concrètes et validées par la science actuelle.
Comment contester une expertise ?
1-Le commentaire d’expertise et la contre-expertise : vous pouvez faire relire l’expertise par un expert compétent qui pourra rédiger des conclusions que vous pourrez utiliser devant un magistrat pour prouver le manque de professionnalisme de la première expertise et éventuellement demander une nouvelle expertise, une contre-expertise avec un autre expert plus approprié.
2-L’expertise privée : vous pouvez réaliser une autre expertise chez un psychologue compétent. La comparaison des méthodes de travail et des conclusions pourront éventuellement vous aider à discriminer la première expertise, si le magistrat est enclin à prendre en compte cette nouvelle pièce.
3- Soulever les nullités en cas de non-respect du contradictoire ou de partialité manifeste.
Les expertises psychologiques ont un impact déterminant sur les décisions de justice. Leur fiabilité doit être garantie par des pratiques fondées sur la science, la neutralité et la rigueur méthodologique. Des contrôles accrus et des recours facilités sont indispensables pour éviter les erreurs judiciaires et mieux protéger les victimes.
Sources :
Le livre « cerveau, sexe et amour » de la psychologue Aurore Malet-Karas (pour les biais cognitifs)
Le film On vous croit, de Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys montre la difficulté pour une mère de protéger ses enfants en Justice.
On vous croit met en scène Alice qui se retrouve devant un juge. Elle doit défendre ses enfants, dont la garde est remise en cause. Pourra-t-elle les protéger de leur père avant qu’il ne soit trop tard ?
Pour nous, il était crucial de montrer à quel point la longueur, la répétition et la multiplication des procédures judiciaires peuvent amplifier les traumatismes. Dans notre histoire, comme souvent dans la réalité, les enfants qui sont contraints de revivre sans cesse ce qu’ils ont subi, tout en voyant leur parole mise en doute, finissent par se dire qu’on ne les protège pas.
Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
On vous croit met en lumière les conséquences des violences sexuelles sur les enfants :
Conséquences psycho traumatiques
Violence envers soi
Mauvaise estime de soi
Problème de santé physique et mentale…
Et les conséquences sur leurs parents protecteurs (ici la mère, comme dans la majorité des cas de violences intrafamiliales).
Nous voulions rendre compte qu’en plus d’être traumatisées par les agressions sexuelles, de nombreuses victimes le sont aussi par le fait de ne pas être crue ou protégée lors des procédures judiciaires.
Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
La Justice n’est pas adaptée aux problématiques des victimes :
Les enfants et leur mère sont obligés de croiser le père agresseur dans la salle d’attente.
Les enfants doivent encore et encore raconter leur histoire devant la juge aux affaires familiales.
Et une épée de Damoclès pèse sur ces enfants qui vont peut-être devoir aller chez le père qu’ils dénoncent, si la justice le décide, alors qu’ils vivent dans un état de peur et de stress intense à son contact et qu’ils subissent encore les conséquences psycho traumatiques des violences paternelles antérieurement subies.
La séduction. Alice raconte avec le sourire le temps où elle était amoureuse et fière de cet homme charmant et plein d’affection. D’ailleurs il est plutôt sympathique, il présente bien.
Le père se victimise. Il ne comprend pas pourquoi il en est là. Il ne comprend pas pourquoi ses enfants ne veulent plus le voir. On a presque envie de le croire.
Avec l’appui de son conseil, le père isole la victime en essayant de la dénigrer auprès des professionnels. Il la dévalorise : madame est fragile, souvent malade. Il y a même une allusion au syndrome de Munchhausen par procuration, sans citer le nom. Ce syndrome est un jackpot assez efficace avec le syndrome d’aliénation parentale pour décrédibiliser le parent protecteur auprès de la justice.
La mère protectrice est souvent la première à faire face à la violence du système, tout en portant la souffrance de l’enfant.
Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
On pense que les mères mentent, manipulent. Mais on perd de vue que d’abord, elles doivent recevoir la parole des enfants, révélation qui peut être extrêmement violente. Ensuite, elles doivent l’expliquer, et elles ont tellement envie d’être crues, qu’elles ont un discours fort et engagé qui peut les faire passer pour folles. Et puis on peut devenir folle, à penser qu’on ne nous croit pas. L’agresseur utilise ça en justice.
Charlotte Devillers et Arnaud Dufeys
Ce qui est frappant dans la scène majeure de ce film, ce sont les qualités humaine et professionnelle de la juge qui mène l’audition des parents et de leurs conseils. On vous croit nous montre une juge très respectueuse des parties, qui n’est jamais dans le jugement, toujours à l’écoute, qui laisse la place pour s’exprimer de manière bienveillante. Cela est suffisamment rare pour être souligné.
On vous croit mériterait d’être visionné dans toutes les écoles de formation des professionnels voués à traiter d’affaires familiales (magistrats, avocats, travailleurs sociaux, policiers, gendarmes, psys,…).
Ce cas présenté n’est malheureusement pas un cas à part. Ce que vit cette femme et ses enfants, des milliers de familles le vivent encore aujourd’hui. Des milliers d’enfants ne sont pas protégés.
Que cette juge inspire tous les professionnels de l’enfance qui pourront ainsi (ré)apprendre que le premier pas pour protéger des enfants est de les croire.
Familia, c’est l’histoire de deux enfants qui ont vécu leur enfance dans la peur de leur père qui frappait leur mère et les rabaissait.
Familia, c’est l’histoire d’une maman qui a voulu dire stop aux violences, qui a les a dénoncés mais qui a perdu la garde de ses enfants.
Familia, c’est l’histoire d’un papa violent qui voulait tout contrôler et dominer femme et enfants en les insultant et en les rabaissant.
Familia est inspiré de faits réels, basé sur le témoignage écrit de Luigi Celeste, l’un des fils victimes de son père violent.
Récit de la violence, en particulier de la violence psychologique, il montre les blessures les plus profondes qui marquent à jamais une enfance. Par exemple, comment s’instaure une routine du « faire semblant » pour ne pas énerver le père violent…
Le film Familia dénonce également les violences post-séparation auxquelles les victimes peuvent être confrontées et qui sont souvent invisibilisées.
« Le film Familiaest aussi un réquisitoire, un appel à l’écoute et à l’action au moindre signe, à chaque demande d’aide ; car les plaintes et les dénonciations finissent souvent sur les étagères de la bureaucratie.
Et l’histoire de la famille Celeste ne fait pas défaut à ce phénomène : une famille abandonnée par les institutions, qui finit par imploser sur elle-même avec les conséquences les plus tragiques. »
Francesco Costabile
Les violences domestiques ne s’arrêtent pas à la séparation. Les victimes vivent souvent dans la peur, leur parole reste minimisée quand elles dénoncent des faits de violences après la séparation.
« Après la sortie du livre puis du film Familia, j’ai été submergé par un nombre incalculable de femmes désespérées qui m’ont contacté via les réseaux sociaux, cherchant de l’aide. Et ce qui m’a le plus choqué, c’est l’incapacité flagrante des institutions à agir, encore aujourd’hui, alors que ce sujet commence enfin à être considéré. La sensibilisation ne suffit pas. Parler ne suffit pas.Nous avons besoin d’actions concrètes. »
Luigi Celeste
Comment pourrait-on protéger les victimes de ces violences post-séparation ?
En cessant de considérer que les violences font partie du passé.
Elles font partie de l’histoire de la famille et souvent inhérentes à son fonctionnement. Elles permettent de comprendre le présent. Chercher à les occulter ne permet pas une réelle protection des victimes.
« Il existe encore une stigmatisation sociale très forte qui empêche tant de personnes de dénoncer les abus dont elles ont été victimes. »
« C’est la raison pour laquelle Licia (une femme qui tente de réagir à la violence qu’elle a subie) finit par retomber dans la même spirale, accablée par la culpabilité, trahie par l’État et les institutions vers lesquelles elle s’est tournée pour obtenir de l’aide. Il existe une violence institutionnelle spécifique qui abandonne ces femmes à leur sort, jusqu’aux conséquences les plus tragiques. »
Francesco Costabile
En permettant aux mères de dire à leurs enfants que le comportement des pères violents n’est pas acceptable. Elles doivent être soutenues dans cette démarche.
Actuellement si un enfant dit que sa maman lui a expliqué que ce n’est pas bien de faire ce que son papa a fait, c’est encore considéré comme du dénigrement par bon nombre de professionnels. Il est primordial de laisser les mères victimes mettre des mots sur ces violences pour réduire le risque de violences transgénérationnelles.
Les enfants ont souvent une image très négative des femmes, à cause de leurs pères (dont la parole est impunie), il faut que les enfants comprennent que leurs mères doivent être respectées.
Licia, la mère de Luigi, se voit retirer la garde de ses enfants après avoir révélé les violences. Ce n’est plus acceptable. Il faut cesser de considérer les mères coupables des violences des pères alors que les mesures de protection sont minimes.
« Le cœur du problème réside dans l’éducation et les valeurs.Nous devons éduquer des hommes meilleurs, des hommes qui apprennent dès leur plus jeune âge à respecter les femmes comme leurs égales, comme la source de la vie, comme ils respecteraient leur propre mère. »
Luigi Celeste
En assurant un vrai suivi psychologique des victimes.
Les violences domestiques ont des répercussions sur l’état psychologique des victimes. Il est donc primordial qu’elles aient un suivi psychologique.
Actuellement les enfants sont contraints de fréquenter leur père agresseur comme si les violences n’avaient jamais existé. Ces rencontres se font généralement dans des espaces de rencontre ou centres médiatisés sans présence constante d’un professionnel. Cela ne permet pas aux enfants d’être protégés et sécurisés, d’autant plus quand leur parole est discréditée. Et cela ravive les traumatismes, sans permettre de cicatriser.
Ils ont donc besoin a minima d’un soutien psychologique par des professionnels formés.
L’Etat finance des espaces de rencontre qui amènent souvent plus de problèmes psychologiques pour les enfants. Cette capacité de financement devrait être attribuée en priorité au financement de suivi psychologique. Ce n’est pas normal que ces frais soient assurés principalement par les mères. Il est urgent de remettre le monde à l’endroit.
« Dans ma propre expérience, les institutions ont ignoré nos innombrables appels à l’aide, y compris quelques jours seulement avant que l’irréparable ne se produise. La plupart du temps, nos supplications ont été balayées d’un revers de main. »
Luigi Celeste
En remettant en question le système de suivi des auteurs de violences, qui reste très hétérogène en France. Certains auteurs en ressortent persuadés qu’ils sont en fait victimes de leurs victimes…
Lorsque les auteurs ont une obligation de soin, les professionnels n’ont pas connaissance de tout le passif et donc peuvent être facilement manipulés sans qu’un vrai travail soit effectué.
Ce suivi ne doit plus permettre de fonctionner comme un permis de repartir à zéro.
« Certains programmes se limitent à une approche plus médicalisée et d’autres peuvent même représenter un espace de socialisation masculine renforçant les stéréotypes de genre. »
Laissons une chance à ces enfants d’aller mieux en arrêtant de croire que pour bien grandir, ils ont besoin de voir leur père violent.
Laissons les professionnels mettre des mots sur les violences que les enfant ont subies, et poser clairement des interdits sur les violences.
Les contraindre, c’est normaliser les violences.
Les contraindre, c’est culpabiliser les enfants qui finissent par penser qu’ils sont méchants s’ils ne laissent pas une énième chance à leur père (alors que les violences perdurent).
Les contraindre, c’est les forcer à s’adapter à la situation au lieu de les en protéger.
Et si un enfant insiste pour voir son père violent, voire le défend, il faut en discuter avec lui pour qu’il ne grandisse pas en normalisant les violences. Il doit aussi être protégé.
En clair, c’est un des mécanismes qui expliquent pourquoi certaines personnes se permettent, en ligne, des comportements qu’elles n’auraient pas dans la “vraie vie” : insultes, harcèlement, confidences très intimes, propos violents ou au contraire très vulnérables.
Derrière un pseudo ou un avatar, on ne se perçoit plus comme une personne entière.
On devient une voix détachée, sans nom, sans visage. Et cela change notre rapport aux autres… et à nous-mêmes.
Les six facteurs de désinhibition de Suler :
Anonymat dissociatif
Invisibilité (on ne se voit pas)
Asynchronie (on répond plus tard)
Introjection solipsiste (on se fait une image mentale de l’autre)
Imagination dissociative (Internet comme un jeu)
Minimisation de l’autorité sociale (pas de profs, pas de parents, pas de police visibles)
D’autres effets aggravants existent : désengagement moral (on se sent moins responsable), effet de groupe (dilution de la responsabilité), normalisation de la violence, surenchère, contagion émotionnelle (la haine circule vite…)
Concrètement :
On peut s’autoriser à dire des choses qu’on n’oserait pas exprimer en face.
L’absence de lien direct avec sa véritable identité civile fait croire que les actes ou paroles en ligne ne “rejailliront pas” sur la vraie vie.
Des chercheurs parlent d’ensauvagement du web(The Conversation, 2018).
Un espace où la civilité recule et où la brutalité gagne du terrain.
Mais attention : “ensauvagement” ne signifie pas que tout est mauvais. La désinhibition peut aussi être un moteur de solidarité et de libération.
Internet permet à des victimes ou à des personnes isolées de parler, souvent pour la première fois.
L’anonymat peut protéger des stigmates et ouvrir un espace d’expression salutaire. Un ado qui n’oserait pas parler à ses parents peut demander de l’aide et recevoir parfois des réponses salvatrices.
L’anonymat devient alors un outil de survie.
À l’inverse, et c’est hélas bien plus fréquent, un internaute peut insulter ou menacer sans scrupule, en toute impunité souvent.
Persuadé que son pseudo le protège, il se croit hors de portée de toute conséquence.
L’anonymat devient alors un bouclier pour la violence.
Comme dans les violences intrafamiliales, l’agresseur profite du secret, du silence, du manque de réactivité de la Justice voire de l’absence de témoins.
En ligne, l’anonymat dissociatif masque, protège, encourage la répétition des violences.
En 2023, Lindsay, une jeune adolescente de 13 ans, s’est suicidée après des mois de harcèlement en ligne. Ce geste tragique aurait pu être la fin de son calvaire.
Hélas, même après sa mort, les attaques ont continué. De nombreux internautes ont craché leur venin, commentant son geste de manière malaisante et déplacée.
De la violence supplémentaire rendue possible par la dissociation et l’absence d’empathie.
Ce cas illustre un phénomène bien connu par les victimes : les violences vécues dans la sphère privée (moqueries, isolement, brimades) ne s’arrêtent pas avec Internet. Elles s’y prolongent, s’y amplifient, et deviennent insoutenables.
Protéger les enfants et les victimes de violences, c’est aussi repenser nos usages numériques.
Comment préserver l’espace d’expression des victime tout en reconnaissant et régulant les agressions, les harcèlements et les discours haineux ?
Comment garder l’équilibre entre la dangerosité de l’anonymat dissociatif dans le cyberharcèlement (et son lien avec les violences intrafamiliales), tout en rappelant qu’il reste une porte de sortie précieuse pour les victimes ?
Quelques pistes :
En renforçant la modération et la responsabilité des plateformes.
En éduquant les jeunes (et les adultes) à un usage respectueux du numérique.
En offrant des espaces d’anonymat protégés pour les victimes, encadrés par des professionnels.
En soutenant les parents protecteurs et les associations qui agissent sur ces terrains.
L’anonymat dissociatif ne doit pas être un permis de nuire, mais un outil de protection.
Vous pouvez lire également notre article sur le grooming qui aborde les problématiques de cybercriminalité.