Violences contre les mères : l’ONU publie un rapport essentiel

Violences contre les mères : l'ONU publie un rapport essentiel

Ce texte pourrait faire évoluer la protection des mères

De quoi parle-t-on ?

Reem Alsalem, rapporteuse spéciale sur la violence à l’égard des femmes et des filles, vient de présenter un rapport au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Les Rapporteurs spéciaux sont des experts indépendants mandatés par l’ONU. Ils ne représentent ni un État, ni un gouvernement.

Leur mission est d’analyser une problématique mondiale, d’entendre les différents acteurs concernés et de formuler des recommandations fondées sur le droit international des droits humains.

Un phénomène mondial

Reem Alsalem et ses équipes, ont été chargées d’examiner la violence exercée contre les mères.

Ce rapport met en évidence les discriminations et les violences subies par les femmes et filles en raison de leur statut de mères.

Le rapport suggère de définir les mères comme une catégorie distincte de titulaires de droits et élaborer des politiques ciblées qui reflètent leurs besoins spécifiques et leurs contributions à la société.

Ces contributions démontrent que les difficultés des mères ne relèvent pas de situations isolées mais d’un phénomène mondial.

Ce que dit le rapport

1. Il y a des formes spécifiques de violences subies par les mères

  • Violences économiques

Devant les tribunaux aux affaires familiales, les enfants sont souvent utilisés par les pères comme moyen de pression dans les négociations, les mères devant renoncer à leurs droits financiers pour obtenir la garde ou assurer la sécurité de leurs enfants.

  • Violence physique et sexuelle

Les partenaires intimes commettent également des violences sexuelles contre les mères qui refusent d’avoir des relations sexuelles avant ou après l’accouchement.

  • Violences psychologique

La violence contre les mères s’exerce souvent par de la violence infligée à leurs enfants.

La conscience de la souffrance de leurs enfants, la séparation prolongée ou le fait d’être privées d’informations sur leur sort font subir aux mères une souffrance qui peut s’apparenter à de la torture et à des traitements inhumains et dégradants.

  • Lien entre la violence contre les mères et la violence contre les enfants

Les violences sur enfants ou les attaques délibérées contre le lien mère-enfant, s’inscrivent souvent dans le prolongement du contrôle coercitif exercé par un partenaire intime.

Les tribunaux aux affaires familiales peuvent également exercer une forme de violence en minimisant ou en écartant les allégations de violence conjugale, et en imposant aux enfants des contacts avec des partenaires violents.

2. Pour lutter contre ces violences, il faut les rendre visibles.

La Rapporteuse suggère de définir les mères comme une catégorie distincte ayant droit à une protection spécifique.

Elle recommande de prendre les mesures suivantes :

Traiter la violence contre les mères dans les cadres juridiques et politiques comme une forme distincte de violence à l’égard des femmes et des filles nécessitant des mesures ciblées ;

Veiller à ce que les tribunaux aux affaires familiales donnent la priorité à la sécurité et à la stabilité économique des mères, en tenant compte des responsabilités de soins et des expériences de maltraitance lors de l’adoption des décisions relatives à la garde et aux droits de visite ;

Le contrôle coercitif est la clé de compréhension

Le contrôle coercitif correspond à une stratégie globale destinée à dominer la victime, limiter son autonomie, contrôler ses choix… Intimidation, menace, isolement, contrôle économique, harcèlement judiciaire… les méthodes oppressives ne manquent pas.

Après la séparation, ce contrôle passe également par les enfants.

Le rapport estime qu’il faut reconnaitre cette dimension de contrôle coercitif. Cette notion reste largement méconnue des systèmes judiciaires.

  • Le rapport propose de reconnaître l’instrumentalisation du lien mère-enfant comme un mécanisme central de contrôle coercitif et de violence post-séparation constituant une forme de violence à l’égard des mères et de leurs enfants.
  • Il suggère de reconnaître également les abus de procédure et la précarisation économique induite par les procédures judiciaires comme des formes de violence économique à l’égard des mères .

Quelle influence peut avoir ce rapport ?

Cela va dépendre de sa réception. L’impact d’un tel rapport dépend de plusieurs facteurs :

  • sa diffusion auprès des professionnels,
  • la manière dont il sera cité par les juridictions et les chercheurs,
  • les prises de position du gouvernement français,
  • les futures recommandations d’autres organes internationaux.

Tous les rapports de Rapporteurs spéciaux n’ont pas la même influence.

Certains restent relativement confidentiels, tandis que d’autres deviennent des références durables.

Et en France ?

Si ce rapport est largement repris, on pourrait espérer définir les mères dans le droit national comme une catégorie distincte ayant droit à une protection spécifique ; et par là même instaurer un statut spécifique pour les mères.

Ce rapport représente l’espoir d’un changement de regard, accompagné d’une meilleure compréhension des violences subies par les mères.

Son influence dépendra de la manière dont les États, les juridictions et les professionnels s’en saisiront.

A nous de le faire rayonner.


Vous pouvez consulter ici nos articles sur les textes législatifs ici.

L’ONU dénonce la silenciation des victimes en France

Violences intrafamiliales, Doit-on parler de victimes ou de proies ?

Violences intrafamiliales, Doit-on parler de victimes ou de proies ?

Quand on parle des personnes qui ont subi de l’emprise et des violences psychologiques, sexuelles, financière, etc… on les désigne comme « victimes« . Ce terme reconnait la gravité des préjudices. Il indique qu’une personne a été maltraitée (et dans le cadre de violences intrafamiliales, par un membre de sa propre famille). Il met aussi en évidence l’injustice de la situation et l’importance de soutenir la personne touchée. Cela permet une communication efficace et facilite la compréhension du problème.

Cependant, il est important de noter que le choix des mots peut varier en fonction du contexte et de la perspective.

Certaines personnes peuvent préférer utiliser le terme « proie » au lieu de “victime” pour mettre en lumière la vulnérabilité de la personne concernée.

Certains soutiennent que le terme « victime » peut être stigmatisant et accroitre les difficultés à demander de l’aide. On entend souvent l’expression « faire la victime« , pour reprocher à quelqu’un de se comporter de manière exagérée en mettant en avant sa souffrance. Et si la victime se “victimise”, ce qu’elle fait par essence, elle devient donc partie du problème, voire responsable aux yeux des observateurs.

Dès lors, ses difficultés ou ses problèmes passent en arrière-plan et l’interlocuteur pense qu’il ne s’agit que d’attirer l’attention, de susciter de la compassion ou d’éviter la responsabilité de ses actions. Et il intime d’arrêter de jouer un rôle de « victime » pour « faire face aux situations de manière mature et responsable ».

Comme si c’était le problème…

Comme si c’était la solution…

Au-delà du souci sociétal, c’est un point pour les partisans de l’utilisation du terme « proie » qui estiment qu’hélas « victime » peut renforcer un statut de passivité et de faiblesse, tandis que « proie » met davantage l’accent sur la non-responsabilité de la personne.

Opter pour le mot proie pourrait alors favoriser une meilleure compréhension de la situation en renforçant le fait que cette personne a été repérée, ciblée, qu’elle n’est pas responsable des agressions subies. L’agresseur l’a choisie pour son utilité et son intérêt unilatéral, il l’a harcelée, acculée. Se rendre compte de cela aide à mieux protéger les personnes qui souffrent de ces prédateurs. Le choix des mots influe sur la réception, l’écoute des situations et sur l’accompagnement qui en découle.

Autre argument : en utilisant le terme « proie », on met davantage l’accent sur l’agresseur en soulignant son rôle actif dans le fait de cibler une personne vulnérable au sein de la famille. On déplace la responsabilité /culpabilité vers le responsable/coupable de la nature abusive de du comportement.

Le terme « proie », perçu comme plus fort, plus accusatoire que le terme « victime », contribue à la condamnation sociale des auteurs de violences intrafamiliales.

Est-ce que si la victime se voit comme une proie, si la société aussi la voit en tant que telle, alors tout le monde admettra enfin davantage l’urgence de la situation, ce qui déclencherait, (on en rêve), des mesures de protection à la hauteur du problème ?

Car ces personnes ne sont pas faibles mais affaiblies !

Le choix entre « proie » et « victime » dépend souvent de la perspective de chacun, de la culture et des objectifs de communication. Mais ce débat nourrit une réflexion plus approfondie sur les motivations de l’agresseur et les facteurs qui le poussent à commettre des violences intrafamiliales. Cela contribue à une meilleure compréhension des causes sous-jacentes de ces comportements.

En changeant de langage et donc d’angle, on peut espérer changer la perspective de tous sur les violences intrafamiliales.

Dans tous les cas, l’essentiel est de mettre en lumière les violences intrafamiliales, de les condamner et de promouvoir des mesures pour les prévenir et soutenir les personnes touchées, quels que soient les termes utilisés.


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Formons les magistrats aux différents contrôles coercitifs

contrôle coercitif

Les magistrats sont insuffisamment formés aux mécanismes de contrôle coercitif. Le contrôle coercitif s’étend bien au-delà de la violence physique et sexuelle, il peut comprendre des intimidations, l’isolement, le harcèlement, le dénigrement systématique, etc. Il existe hélas une palette très variée des violences (psychologiques, économiques, domination…).

Ces mécanismes sont très présents lors des séparations où l’un des conjoints exerce une emprise sur l’autre. Pourtant, la justice ne les prend pas en compte, ne les voit pas ou est à sous tour instrumentalisée. Elle devient un outil entre les mains du parent agresseur, pour maintenir l’emprise.

C’est le parent toxique qui va prendre le pouvoir par des procédures et continuer ainsi son emprise sur ses victimes.

contrôle coercitif



🔸 Des groupes de recherche comme le Réseau International des Mères en Lutte travaillent sur le sujet du contrôle coercitif post séparation, mais ces concepts ne sont pas encore bien maitrisés par la justice. Les magistrats devraient pouvoir bénéficier d’une formation sur ces sujets.

🔸 Une piste intéressante : pourquoi ne pas créer des tribunaux de la famille qui regrouperaient, civile et pénal, Juge aux affaires Familiales, Juge des Enfants et Juge d’instruction pour une même famille ? Ils pourraient ainsi travailler ensemble, qu’ils partagent les informations et se coordonnent afin d’être moins manipulés. Actuellement il n’y a pas de véritable coordination entre les juridictions et leurs intervenants.

🔸 On pourrait imaginer la création de tribunaux spécifiques dédiés aux violences intra-familiales, avec une formation spécifique au recueil de la parole de l’enfant et aux mécanismes des violences conjugales et familiales.

Pour en savoir plus sur le contrôle coercitif

Voici quelques articles à lire pour creuser le sujet.

👉 Qu’est-ce que le contrôle coercitif ?

👉 Le huis-clos se referme sur les victimes